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Lahnech, dernier film de Driss Mrini, toujours dans les salles

Un amour de flic

Lahnech, ou le flic, est un film comique qui revisite moyennant le rire les travers de la société marocaine. Il tourne le mal en dérision, et le bien en finalité.

Si tant est que le rire soit une décontraction de l’intelligence… Le film, Lahnech, en est une. Un rire mesuré. Un rire de son temps. Car suffit-il que le titre fasse renvoi au flic, et non pas littéralement, au serpent, pour qu’on se retrouve pieds joints dans la vanne du temps. Un rire sociologue, qui traque dans les recoins infatigables de l’âme marocaine le mouvement d’humeur qui s’y fait. N’aurait été le rire comme matière première, ce film aurait, à l’impression, tourné au drame, au plus, à l’ordinaire. L’intelligence a vu ailleurs.

Là où elle l’a fait serré et gaillard. Et comme ce même rire lui tarde de s’enduire d’une histoire. Il s’en est trouvé une. Celle d’un faux flic, mais d’un vrai roublard, joué avec brio par Aziz Dadas chez qui le rire est la seule vérité. Une vérité contagieuse qui trouve public. La machine du rire comme orchestre du tout ne grince guère. Il s’en est fallu d’un tour ou deux pour que l’engrenage prenne. C’est dire que les pignons étaient bien taillés. Ce faux flic qui serpente les nids à corruption pour faire fric, finit par trouver le vrai. Un amour défait de toute triche pour une flic, une vraie. Bouchra, jouée par Majdouline Idrissi, chargée par son supérieur de le tomber, puis de le coffrer.

Un rire essentiel
L’intrigue n’est pas mauvaise, car, étonnamment, bien que le nœud d’un métrage soit plus le propre d’un genre plutôt sobre que comique, il ne manque, ici, de ramasser autour de lui plus d’une curiosité. Le dénouement, lui, n’est pas inattendu, mais il se garde d’une prévisibilité sur toute la ligne. D’ailleurs le prévisible n’est pas plus de ce film que la pureté n’est de ce monde. Il est écarté avec vitesse pour convier la surprise.

Cette consœur du rire. Bien qu’il soit parsemé çà et là de débris sensibles qui peuvent au besoin écorcher quelques âmes émotives, le film garde une balance correcte pour n’être tiède. Il ne fatigue pas d’un mielleux qu’on retrouverait aisément ailleurs. Un film moderne et gai qui fait un usage rapide des circonstances pour n’en laisser qu’un rire essentiel. Mais derrière le rire se divertit tout un malentendu, tout un malheur. Un malheur, toutefois pudique, qui supporte mal l’indécence. Ce complexe d’infériorité, qui, sans verser dans un Freud du comptoir, fait de Farid, orphelin de père, de mère qui crie son pain à vendre, un frauduleux, un prêt-à-tout qui veut en découdre avec le sort, gagner son pain et celui de sa génitrice à coups de billets soutirés aux automobilistes.

Ou de ce constat à jamais refait d’inégalités qui traquent riches et pauvres jusqu’aux cellules d’une prison. Oui, pour un riche, c’est un chez-lui. Pour un pauvre c’est une pauvreté de plus. La fermeture fut idyllique, comme pour ne pas effrayer l’enfant en nous, le bon fut régalé et le méchant démuni. De ces choses qu’on ose…du moins, au cinéma.

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