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L’afrique, à bras ouverts

L’accueil enthousiaste et spontané réservé à S.M. le Roi dans la capitale ivoirienne est une reconnaissance de la place de choix que le Maroc occupe désormais sur le Continent.

À Abidjan S.M. Mohammed VI a été accueilli en grande pompe, ce dimanche 26 novembre 2017. Pour une visite de travail et d’amitié en Côte d’Ivoire. Cette visite a été suivie par la participation du Souverain au 5ème Sommet UA- UE tenu dans la capitale ivoirienne les 29 et 30 novembre, en présence de 83 chefs d’État et de gouvernement d’Afrique et d’Europe.

«Le président Ouattara oeuvre avec SM le roi Mohammed VI pour que les relations entre les deux pays soient portées au pinacle, » a déclaré le vice-président ivoirien, Daniel Kablan Duncan. Certainement que bien d’autres responsables africains auraient pu en dire autant si c’était dans leur pays que Mohammed VI se rendait.

Le Roi, en s’adressant le 31 janvier 2017 à ses pairs chefs d’État et chefs de gouvernement africains à Addis-Abeba à l’occasion de l’adhésion du Maroc à l’Union africaine (UA), ne disait-il pas se sentir dans les autres pays africains comme «chez [lui]», dans «[sa] maison»? Et sans doute devait-il le ressentir en son for intérieur, au vu du ton ému avec lequel il avait prononcé son discours. «Il est beau, le jour où l’on porte son coeur vers le foyer aimé,» avait-il confessé.

C’est peu dire que quand il s’agit de l’Afrique, Mohammed VI avance en terrain connu. D’Addis- Abeba à Abidjan, en passant par Dakar, Conakry ou encore Libreville, il a, à chaque fois droit, à des accueils qui disent par leur ferveur et leur spontanéité leur caractère sincère.

Synergies africaines
C’est d’ailleurs la raison qui doit pousser Mohammed VI à prolonger, souvent, ses séjours dans les pays qu’il visite. Sur les médias sociaux fuitent ainsi de temps à autre des photos de lui où on le voit goûtant visiblement d’être mêlé aux populations du continent. Il lui arrive même d’arborer, autour du cou, un pendentif ayant la forme de l’Afrique. Mais par-delà ces aspects somme toute anecdotiques, il y a, force est de le constater, une réelle admiration pour la personne de Mohammed VI qui se ressent, au Cap tout aussi bien qu’au Caire. Lors du Forum international Afrique développement dont la cinquième édition s’était tenue en mars 2017 à Casablanca, plusieurs hommes d’affaires du continent nous avaient ainsi fait part du respect qu’ils vouaient au Roi et à son oeuvre africaine. «Si seulement tous nos chefs d’Etat étaient comme lui,» s’était lamenté un PDG d’une société burkinabè qui avait fait le déplacement au Maroc. Mais comment Mohammed VI est-il parvenu en 18 ans seulement de règne à faire tant l’unanimité? Car même dans des pays traditionnellement catalogués hostiles comme le Nigeria et l’Éthiopie, voire le Ghana, la Zambie et le Soudan du Sud, le Roi compte une flopée d’admirateurs. L’année écoulée, c’est-à-dire l’exercice 2016/2017, a à cet égard été particulièrement éloquente, puisque ces pays ont apporté un soutien de taille au Maroc à l’heure d’adhérer à l’UA. En attendant vraisemblablement dès ce mois de décembre également la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO), dont le prochain sommet est prévu le 16 décembre à Abuja (en comptant apparemment la présence royale aux dires de la presse nigériane).

Développement du continent
Est-ce en raison de la politique agissante du Royaume en Afrique que Mohammed VI recueille autant de suffrages? Car il faut dire qu’alors que beaucoup de dirigeants du continent se contentent uniquement de paroles sans les faire nécessairement suivre par des actes, le Maroc lui se pose dans une configuration à part. Çà et là, il lance à tout-va des projets qui profitent des synergies entre les pays, notamment au plan des ressources naturelles. Ainsi, on peut citer à titre d’exemple les usines de production d’engrais fin 2016 en Éthiopie et au Nigeria pour respectivement 3,7 et 2,5 milliards de dollars, ou le gazoduc ouest-africain, dont les négociations devraient incessamment aboutir (le principal blocage se retrouve pour l’instant au niveau de la Mauritanie, dont le président Mohamed Ould Abdel Aziz semble décidé à assurer jusqu’au bout son rôle d’empêcheur de tourner en rond).

Ailleurs, au Soudan du Sud, le Maroc finance même à titre bénévole -5 millions de dollars- la réhabilitation de la capitale, Juba (Mohammed VI y avait aussi fait installer un hôpital de campagne en janvier dernier). Spécificité de ces projets? Ils profitent d’abord aux populations, contrairement à certains pays du voisinage, pour ne pas citer l’Algérie, qui eux soudoient pour avoir gain de cause. Dans son dernier discours du Roi et du peuple, le 20 août, Mohammed VI avait parfaitement synthétisé sa pensée: «Le Maroc n’a jamais cherché à faire valoir l’argent comme monnaie de change dans ses rapports avec ses frères africains». Ce que le Royaume propose plus concrètement, c’est de contribuer à attirer vers les autres pays des investissements en provenance des pays riches, dans le cadre de ce que l’on appelle la «coopération triangulaire». D’ailleurs, au moment où Mohammed VI se trouvait à Abidjan se tenait à Marrakech un forum d’investissement destiné aux entreprises chinoises voulant mettre leurs billes en Afrique.

Dans cette optique, le Maroc propose notamment aux investisseurs intéressés d’accéder au statut Casablanca Finance City (CFC), qui leur accorde une foule d’avantages. Le Royaume est, soit dit en passant, lui-même un des premiers investisseurs dans le continent, et carrément le premier investisseur africain en Afrique de l’Ouest. Preuve de sa croyance profonde en la coopération interafricaine. «L’Afrique doit faire confiance à l’Afrique,» tonnait d’ailleurs Mohammed VI à Abidjan en février 2014, dans un discours resté célèbre. Contribuer au développement du continent n’est cependant pas seulement voir en lui une terre d’opportunité. C’est aussi donner du sien pour faire face aux nombreux défis qui se posent à lui, notamment au plan sécuritaire. C’est ainsi un secret de polichinelle que le Maroc joue un rôle de premier plan en Afrique à ce niveau. Le directeur général des études et de la documentation (DGED), Mohamed Yassine Mansouri, avait, à ce propos, été très disert en octobre 2014 au Comité contre le terrorisme (CTC), qui relève du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Il avait notamment fait état du démantèlement au Sahel, depuis 2005, de plusieurs organisations terroristes à l’instar de Fath Al-Andalous (en 2008), Al-Mourabitoune Al-Joudoud (2009) et la structure d’Amgala (2011). «Les services de sécurité marocains ont fourni à leurs homologues occidentaux des renseignements extrêmement importants au sujet de la spectaculaire prise d’otages perpétrée, en janvier 2013, sur le site gazier In-Amenas, au sud de l’Algérie, par le groupe du terroriste Belmokhtar, Les Signataires par le sang», avait-il révélé.

Début 2016, le Maroc avait par ailleurs participé à l’enquête sur l’attaque terroriste de la station balnéaire de Grand-Bassam en Côte d’Ivoire, après avoir vraisemblablement transmis quelques semaines plus tôt aux autorités ivoiriennes des informations susceptibles de les prévenir (dixit CNN). Mohammed VI avait, dans ce sens, dépêché à Abidjan le ministre de l’Intérieur, Mohamed Hassad, et le directeur général de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), Abdellatif Hammouchi. En outre, les éléments des Forces armées royales (FAR) sont tout au long de l’année stationnés dans diverses missions de paix en République centrafricaine, en Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo.

Missions de paix
Le Maroc, joue, enfin, un rôle clé dans le domaine de la lutte contre l’extrémisme religieux. En déplacement ce 28 novembre à Ouagadougou dans le cadre d’une tournée en Afrique de l’Ouest, le président français Emmanuel Macron a d’ailleurs tiré son chapeau à Mohammed VI à cet égard. «Je veux ici rendre hommage au Roi du Maroc pour avoir toujours su trouver les mots qu’il faut, compte tenu du rôle éminent qui est le sien,» a-t-il déclaré en substance. Il faut dire que Mohammed VI jouit d’un statut religieux, en l’occurrence Commandeur des croyants -«de tous les croyants», précisait-il en novembre 2016 à la presse malgache-, qui accorde une grande légitimité à ses démarches en la matière, surtout dans le continent, largement islamisé à travers l’histoire à partir du Maroc (grâce notamment aux missions d’Ahmed Tijani, pour ne citer que le plus connu des prêcheurs soufis). Mohammed VI s’était d’ailleurs appuyé en 2015 sur cet état de fait pour fonder une association à son nom réunissant des oulémas de toute l’Afrique et promouvant un islam tolérant et du juste milieu, tel que pratiqué de tout temps au Royaume. Par ailleurs, depuis mars 2015, des centaines d’imams, de morchidines et de morchidates africains ont été formés à l’Institut Mohammed-VI de Rabat.

Grande légitimité
Après qu’il ait adhéré à l’UA, beaucoup avaient cru que le Maroc allait baisser d’intensité dans sa coopération avec les autres pays africains et qu’il allait se reposer sur ses lauriers. Mais bien au contraire, les efforts ont repris de plus belle, à telle enseigne que beaucoup de projets lancés pourraient aboutir bien avant les temps impartis. Pour assurer le succès de sa politique en Afrique, le Maroc va même lancer un ministère entièrement dédié au continent, comme Mohammed VI l’avait annoncé dans son discours d’ouverture du parlement le 13 octobre dernier. «Il importe d’assurer un suivi rigoureux et continu de l’état d’avancement des programmes sociaux et développementaux, et d’accompagner les travaux engagés en les soumettant à une évaluation régulière et intègre,» avait expliqué le Roi à cette occasion.

Les ennemis du Maroc, à commencer par l’Algérie, s’en mordent d’ores et déjà les doigts. C’est dans ce contexte qu’il faut d’ailleurs comprendre les déclarations du ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, qui avait accusé le Royaume le 20 octobre dernier de financer sa politique dans le continent par le biais du haschisch. Il faut dire que la voisine de l’Est s’affole de plus en plus à la perspective -déjà réelle- de voir le nombre de pays reconnaissant la pseudo-RASD se réduire comme peau de chagrin, et surtout voir les thèses du Maroc l’emporter. Ainsi, en plus de la perte de sa capacité financière du fait de la baisse constante des prix du gaz et du pétrole (97% de ses exportations), ses tentatives de contrecarrer le mouvement marocain échouent lamentablement les unes après les autres: dernier en date, le forum africain d’investissement d’Alger de décembre 2016, qui sans la moindre exagération a été un fiasco.

Du côté de l’Afrique du Sud, autre ennemi de l’intégrité territoriale du Royaume, on ne trouve rien de mieux par les temps qui courent pour avaler la couleuvre que de saisir des cargaisons de phosphate marocain de passage dans le pays sous prétexte qu’il aurait été «pillé» au Sahara (alors même que l’ONU l’autorise tant que son exploitation bénéficie aux populations locales).

C’est dire où on est pour accorder à un État fantoche voix au chapitre… Mohammed VI a, de fait, agi en connaissance de cause en se rendant au sommet UA-UE quand bien même les représentants du Polisario y seraient présents, sachant qu’ils ne pourraient, au mieux, que gesticuler. À l’évidence, où qu’il aille, il est dans sa maison.

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