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L’affaire de la Marocaine Mouna, emprisonnée en Arabie saoudite

Nezha El Ouafi

Nezha El Ouafi

Entretien. Mouna, 30 ans, est une travailleuse domestique en Arabie saoudite. Jetée dans la prison de Korayat par son employé, elle y croupit depuis plus de 6 mois «sans avoir été jugée». La députée parlementaire Nezha El Ouafi se saisit de son cas et s’adresse aux ministres compétents.

Maroc Hebdo: Comment avez-vous pris connaissance de l’affaire de la jeune Marocaine  Mouna, emprisonnée en Arabie saoudite pendant plus de 6 mois mois «sans raison  valable», comme elle le proclame dans un enregistrement?
Nezha El Ouafi :
J’ai eu écho du drame de Mouna à travers un article de presse paru sur un  site d’information marocain. J’ai eu également l’occasion d’écouter l’enregistrement vocal  où la jeune femme raconte son calvaire et comment elle a passé 6 mois en prison sans  recevoir aucune aide juridique de la part du consulat ou de l’ambassade marocaine à  Riyad, en Arabie saoudite. Elle est en détention sans avoir eu droit à un procès équitable  et sans accusation claire.

Comment avez-vous réagi face à ce cas?
Nezha El Ouafi :
Ma première réaction a été d’adresser une question écrite au ministre  des Affaires étrangères et de la coopération, Salaheddine Mezouar, et au ministre chargé  des Marocains résidant à l’étranger, Anis Birou, leur demandant d’intervenir pour  rendre justice à cette femme, dans les limites de ce que leur permet la loi.  Je les ai également appelés à créer des mécanismes d’aide juridique  dans les consulats et les ambassades dans les pays du Golfee pour  accompagner les femmes marocaines et défendre leurs droits  sociaux et civils conformément aux dispositions de l’article 16  de la Constitution.

Comment comptez-vous faire le suivi de cette affaire?
Nezha El Ouafi :
Vu la situation préoccupante des Marocaines  qui travaillent dans les pays du Golfe, nous allons  procéder à travers d’autres mécanismes de contrôle pour  garantir la protection de leurs droits. Il faut savoir que  l’émigration marocaine a connu d’importantes mutations  démographiques et socioculturelles. La féminisation  croissante de cette émigration, orientée vers les pays du  Golfe, constitue l’un de ces principaux changements. Je  voudrais, à ce propos, rappeler quelques indicateurs qui  ont été confirmés dans les statistiques annoncées en  2012 par la Fondation Hassan II des MRE et qui précisent  que 51% de l’ensemble des Marocains du monde sont  des femmes.
Ce chiffre conforte ma demande de protection des  Marocaines des pays du Golfe.

Durant vos voyages dans les  pays du Golfe, vous rencontrez  des Marocaines qui se plaignent  des conditions lamentables dans  lesquelles elles travaillent. De quoi  souffrent-elles au juste?
Nezha El Ouafi :
Je voudrais, à ce  propos, tirer la sonnette d’alarme sur  la situation des femmes victimes de  la traite des êtres humains. Problème  que nous avons constaté lors de nos  rencontres avec les Marocaines  résidant dans les pays du Golfe. Nous  avons, en effet, reçu des plaintes de  la part de beaucoup de travailleuses  domestiques dans ces pays. Le  rapport mondial sur la traite des  personnes affirme que sur l’ensemble  des femmes qui travaillent dans les  pays du Golfe, 2.500 ont immigré à  travers des réseaux mafieux (depuis  2002) et que leur sort est méconnu  dans leurs pays d’accueil.

Comment le Maroc peut-il aider ces  femmes?
Nezha El Ouafi :
Les rapports  privilégiés du Maroc avec les pays  du Golfe, en général, et avec l’Arabie  saoudite, en particulier, qu’il s’agisse  de partenariats stratégiques ou  des liens historiques, politiques et  économiques qui nous lient, sont  susceptibles de faciliter la mise  en oeuvre des mécanismes et des  approches que nous avons proposés  pour protéger nos ressortissants et  les femmes en particulier.

Mouna dit que le consulat du Maroc  en Arabie saoudite ne répond pas  à ses appels et que les autorités  saoudiennes attendent justement  que le consulat leur réponde pour qu’elle soit libérée. Comment jugezvous  cette absence des représentations  diplomatiques dans les pays du Golfe  et qu’est-ce qu’elle engendre comme  conséquence pour les ressortissantes  marocaines?
Nezha El Ouafi :
Je voudrais tout d’abord  souligner la mauvaise gestion de ce  dossier qui traîne depuis longtemps  ainsi que le retard enregistré dans  l’instauration de mécanismes clairs  susceptibles d’assurer la protection  des Marocains du monde. En dépit  de tous les efforts fournis durant les  10 dernières années, les institutions  étatiques n’ont pas pu rattraper le  retard accusé. Je pense que la meilleure  façon de protéger les ressortissantes  marocaines dans les pays du Golfe  serait de mettre en place une stratégie  nationale dotée d’une vision claire. Il  faudrait également élargir et réviser  les conventions bilatérales avec les  pays d’accueil, en ce qui concerne les  domaines des droits fondamentaux et  les acquis et il faut, en parallèle, créer  des partenariats stratégiques avec  les acteurs marocains à l’étranger. Il  reste beaucoup à faire en matière de  renforcement des services sociaux dans  les centres consulaires marocains.

Concrètement…
Nezha El Ouafi :
Je crois qu’il faut  commencer par revoir le nombre  d’intervenants et éviter que leurs  rôles ne s’enchevêtrent. Dans ce  sens, il faudrait mettre en pratique  la convention du 21 novembre 2012,  entre le ministère chargé des affaires  des MRE et la Fondation Hassan II pour  les MRE, en créant une commission  permanente de coordination et de suivi  entre les deux institutions.
Les données  dont nous disposons appellent à une  mise en application urgente des  engagements du gouvernement  pour l’amélioration des services  administratifs dans les organismes  consulaires.

Et ce en vu de garantir  les droits de nos ressortissants et de  sauvegarder leurs intérêts à travers  la généralisation des consultations  juridiques et administratives, la  simplification du traitement des  plaintes et la mise en place de  programmes de communication pour  l’orientation et le conseil.

Quelle tournure peut prendre l’affaire  de Mouna?
Nezha El Ouafi :
Nous allons suivre  de près l’affaire de Mouna. Mais le  problème, c’est qu’il y a beaucoup  d’autres femmes qui sont dans la même  situation. Ce qu’a révélé le rapport de  2012 nous incite à nous pencher sur la  problématique de la vulnérabilité des  Marocaines résidant dans les pays du  Golfe et dans le monde.

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