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L’affaire Bouachrine, dame rumeur, quand tu nous tiens

Abdellatif Mansour

Quelle que soit l’issue judiciaire de cette affaire, la fonction journalistique n’en sortira pas grandie.

Ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’affaire Bouachrine révèle des comportements sociaux et des attitudes mentales qui méritent d’être relevés. En fait, cette affaire judicaire les a hypertrophiés et grossis à la limite du caricatural, pour les rendre plus visibles.

La pierre angulaire de ces penchants socialement maladifs n’est rien d’autre que la rumeur. L’affaire Bouachrine aidant, la rumeur s’est elle-même dévoilée dans toute son étendue multiforme. Nous n’en avons pas l’exclusivité. Elle est planétaire. Chez nous, elle s’est si bien adaptée qu’elle semble avoir surmultiplié sa capacité de nuisance.

Dès l’annonce officielle de l’affaire Bouachrine, les rumeurs les plus insolites ont couru les rues de la médina. Que la nature de cette affaire, tout autant que l’énormité des chefs d’accusation retenus par le Parquet, soient eux-mêmes d’une gravité extrême, soit. Encore faut-il raison garder en faisant confiance à la Justice; en contribuant à sa sérénité. De toute façon, Bouachrine aura été happé par son propre modèle de presse.

En général, la rumeur est le propre du café de commerce, pour les hommes, et des paliers d’habitations pour les femmes au foyer. Elle a toujours été, par définition, orale. Jusqu’à ces derniers temps où elle a épousé les contours des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Elle est devenue écrite. Tout comme elle s’est installée dans une autre catégorie sociale. Des lettrés apparentés à une sorte de classe moyenne.

Les têtes baissées sur les smartphones ou le nez dans les tablettes ne surprennent plus. Une fois mémorisée, la rumeur est prise en charge par radio arabe. Personnalité morale ou physique, que l’on soit ou pas partie prenante de la chose politique, on peut se retrouver dans les sites web; à l’insu de son plein gré, comme dirait l’autre. La vie professionnelle tout autant que la vie privée des gens, est mise en ligne à la surprise des concernés.

Au final, on découvre avec effarement qu’on est devenus une société totalement branchée sur la rumeur et le commérage. C’est à qui rapportera la toute dernière rumeur. Un scoop totalement inédit. À croire que les NTIC, ainsi mises à contribution, peuvent être parfaitement compatibles avec un environnement où sévit le sous-développement. Mieux, elles ont un effet amplificateur et apportent un supplément fabuleux de liberté et de libre circulation de l’information, quasiment de l’instantané. À l’évidence, toutes ces facultés révolutionnaires ont été détournées de leur vocation première et dévoyées, pour être mises au service de la rumeur.

L’affaire Bouachrine n’y a pas échappé. Quelle que soit l’issue judiciaire de cette affaire qui défraye la chronique, la fonction journalistique n’en sortira pas grandie. Il paraît lointain le temps où il fallait avoir quelques valeurs fondamentales et un brin de militance en tête, pour exercer ce métier. Ces conditions premières ont été littéralement balayées par l’arrivée de la presse électronique et autres réseaux sociaux. Ce n’est pas la technologie qui est en question mais son utilisation.
Autrement, ce serait un retour au 19ème siècle où les travailleurs cassaient les machines accusées de leur prendre leur travail.

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