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La voyoute citoyenne

Driss Fahli

Driss Fahli

Il y a des mots et des  concepts qui font leur  mode, trois petits tours  et puis s’en vont comme  de grandes marionnettes.  Parmi les concepts en  vogue aujourd’hui, on peut  citer la sécurité, par exemple.  Vous allez dans n’importe quel  environnement de travail, on  vous dira avec fierté que la  sécurité est le souci et l’objectif  premier de tout un chacun. On  n’hésitera pas à vous montrer  des manuels et des cartographies  qui jurent, sur papier, que  la sécurité est le souci N°1 des  managers du lieu. Pourtant, dès  le premier grattage, ou même à  l’oeil nu, vous allez vous apercevoir  de suite que c’est plus  un voeu pieux qu’une réalité de  terrain.

Autres sérénades à la mode: la  responsabilité sociale et environnementale  et ce truc qu’on  mêle à toutes les sauces qu’est  le développement durable. Ces  derniers machins-choses vont  habiller plein “d’entreprises  citoyennes” et vertueuses. Un  organisme qui se coltine de  tels concepts mise théoriquement  sur plus d’éthique et une  notion théoriquement très  honorable de “citoyenneté”.  Derrière ce clinquant bidule,  une entreprise citoyenne est  le contraire d’un organisme  voyou. La première prend en compte, dans ses activités,  la dimension sociale et ses  relations avec ses clients et ses  partenaires. Le second prendra  en compte sa seul dimension  économique et l’enrichissement  de ses actionnaires, quitte  à arnaquer les employés, les  clients, les partenaires et les  Impôts réunis. C’est une entreprise  voyoute ou voyouse, pour  donner au genre féminin de  voyou son droit de cité dans la  gouaillerie.
Pour m’amuser, j’ai cherché une entreprise citoyenne marocaine  sur le net. Voilà que je tombe  sur les valeurs de Poste Maroc.  Je ne vous dis pas! À la lecture  de l’engagement citoyen de  Barid al Maghrib, j’ai failli avoir  les larmes aux yeux: c’est beau  comme du Verlaine. En plus  des habituels boniments sur la  citoyenneté, Barid al Maghrib,  mieux que Google, rapproche les  hommes à travers les échanges  de courrier, désenclave les  régions et veille à ne pas arnaquer  socio-économiquement  les pauvres bougres que nous sommes. Sur le papier, c’est un  vrai concerto Mozartien interprété  avec noblesse et majesté.  Dans la réalité des choses, c’est  du Franz Kafka dans les pages  les plus cauchemardesques  de “La Métamorphose”, où la  bureaucratie a de plus en plus  de prise sur l’individu.
Trouver un simple imprimé  d’envoi postal par recommandé  avec accusé de réception dans  les bureaux de poste de Casablanca  relève de l’hyper-performance.  Les agents et les responsables  de ces bureaux vous  jurent par tous les dieux qu’ils  n’ont pas arrêté de demander,  en vain, à la Direction Générale  de les fournir en imprimés. En  attendant, ils vous proposent  d’envoyer votre courrier par  “Amana”, un produit logistique  Barid al Maghrib qui coûte 45  dh, soit deux fois et demi le  prix d’une lettre recommandée.  A ce stade, Barid al Maghrib est  tellement proche du citoyen  qu’il commence à lui faire les  poches.
L’idée marketing-diabolique  d’en dessous est donc d’organiser  la rareté de l’imprimé d’un  produit bon marché pour arnaquer  le citoyen avec un produit  nettement plus cher. Normal  après tout, le grand manie-tout  est un ex-banquier… tout est  alors dit.

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