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La saga africaine

La présence du Maroc dans le continent s’est renforcée

De plus en plus, l’Afrique se présente comme un choix incontournable pour le Maroc. Le roi Mohammed VI fait désormais du continent une priorité.

“L’Afrique, le retour”, pourrait-on dire, pour pasticher les titres des grosses productions hollywoodiennes, pour rendre compte de l’activisme diplomatique du Maroc dans le continent depuis l’accession au trône en 1999 de Mohammed VI, tant il est vrai que le Royaume semblait davantage privilégier auparavant ses versants arabo- musulman et européen, spécialement français et espagnol. On ne peut bien sûr négliger les efforts faits à cet égard par le roi Mohammed V, qui sera à l’initiative en 1961 du premier sommet africain et peut à ce titre être considéré comme un des pionniers de l’unité africaine, et par son successeur Hassan II, dont la préoccupation par les problèmes de l’Afrique avait été rappelée par l’actuel souverain dans l’allocution qu’il avait faite en 2000 au premier sommet Afrique-Europe dans la capitale de l’Égypte, Le Caire; toujours est-il que le présent stade n’avait, chiffres à l’appui, jamais été atteint.

Changement de cap
Ainsi, ce sont pas moins de 1.000 accords de coopération bilatéraux qui, sous le règne de Mohammed VI, ont été signés, soit plus du double par rapport aux précédentes séquences. Le rythme des conventions s’est même accéléré depuis 2013 après que le Maroc ait décidé d’opérer un changement de cap diplomatique en raison de l’ambiguïté de certains partenaires classiques, notamment les États- Unis, dans leur soutien à la cause de la région du Sahara: l’Afrique était naturellement, ou pour être plus précis par la force de la géographie, le terrain le plus indiqué pour sceller de nouvelles alliances.

S’y ajoute l’indéniable intérêt économique d’une politique panafricaine puisque, depuis la crise financière internationale de 2008, le continent est l’un des seuls endroits de la planète à connaître une croissance plus ou moins soutenue, au point où l’on en parle comme du marché de demain: autant prendre dès maintenant ses options.

C’est ainsi que le Maroc est actuellement le deuxième investisseur africain dans le continent, et même le premier dans sa partie Ouest. Il fallait ceci dit institutionnaliser, si l’on ose dire, la nouvelle politique, puisque le Maroc était absent depuis 1984 des instances africaines après s’être retiré de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) suite à l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), qui revendique le Sahara marocain. Ainsi, en juillet 2016, Mohammed VI formulait officiellement à l’occasion du 27ème sommet de l’Union africaine (UA), héritière depuis 2002 de l’OUA, la demande du Maroc de recouvrer sa place au sein de sa famille continentale. Le frère ennemi algérien, premier et éternel adversaire du Royaume dès lors qu’il s’agit de diplomatie, ainsi que l’Afrique du Sud, qu’inquiète la percée économique marocaine dans le continent surtout que sa sphère d’influence n’y échappe également pas, ne voyaient forcément pas cela d’un bon oeil.

Retour fatidique
Ils travaillaient ainsi de concert, comme on pouvait s’y attendre, pour empêcher, si ce n’est du moins retarder, le retour fatidique du Maroc. La présidente de la commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, qui se trouve comme par hasard être sud-africaine et même l’ex-femme du président Jacob Zuma, “oubliait” à cet égard de transmettre aux représentants permanents des pays membres de l’organisation la demande d’adhésion que lui avait remise en main propre en septembre 2016 dans la ville de New York, aux États-Unis, le conseiller de Mohammed VI, Taïb Fassi Fihri, en marge de l’assemblée générale de l’ONU. Il fallait un appel royal un mois plus tard au président tchadien Idriss Déby, président en exercice alors de l’UA, pour qu’elle s’attelle enfin à la tâche.

Mohammed VI a, à cet égard, été tout au long des mois qui ont précédé l’adhésion, finalement actée au 28ème sommet de l’UA en janvier 2017 dans la capitale de l’Éthiopie Addis-Abeba, le principal atout diplomatique du Maroc, puisqu’il sillonnera le continent de longs mois durant pour rencontrer directement les chefs d’État et de gouvernement africains et profitera également de la 22ème Conférence des parties de la Convention-cadre de l’ONU (COP22) organisée en novembre 2016 dans la ville de Marrakech pour se réunir en conclave avec nombre d’autres -39 apporteront au final au Royaume leur soutien.

Symboliquement, le Roi choisira aussi de prononcer en novembre 2016 son discours annuel de la Marche verte, qui commémore la récupération du Sahara, depuis la capitale du Sénégal, Dakar.

“Par la grande porte”
Aussi, des projets sont lancés ici et là: on peut notamment retenir les chantiers de méga-usines de production d’engrais en Éthiopie et au Nigéria et qui profitent des synergies en matière de ressources naturelles entre le Maroc et les autres pays africains (phosphate d’une part, potasse et gaz de l’autre), ou encore le gazoduc qui devrait bientôt traverser les pays d’Afrique de l’Ouest pour contribuer au développement de l’ensemble de la région. À côté, les dessous de table algériens, qui ne profitent au final qu’aux potentats locaux, et les pressions économiques de l’Afrique du Sud ne pèseront pas grand-chose.
“Le Maroc ne rentre pas dans l’Union africaine par la petite, mais par la grande porte, fera ainsi remarquer Mohammed VI dans son discours d’adhésion à l’UA. L’accueil chaleureux que nos frères africains nous réservent aujourd’hui en témoigne.”

Accord de principe
A l’avenir, le Maroc devrait également rejoindre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO), après en avoir fait la demande en février 2017: à l’occasion du 51ème sommet de l’organisation, tenu début juin 2017 dans la capitale du Libéria, Monrovia, les chefs d’État et de gouvernement des pays membres y ont en tout, cas donné leur accord de principe. Au passage, cette éventuelle adhésion devrait pour un bon bout de temps enterrer l’Union du Maghreb arabe (UMA), que l’entêtement de l’Algérie à garder ses frontières fermées a fini par tuer.

Politique intégrée
Le football également n’échappe pas à l’offensive du Maroc, puisque la Confédération africaine du jeu (CAF), au sein de laquelle l’absence de dirigeants nationaux a longtemps été patente, se retrouve désormais investie par un lot de Marocains, à commencer par le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaâ, qui en est depuis mai 2017 le nouveau-vice-président pour le compte de l’Afrique du Nord.

Reste maintenant à savoir si toutes ces initiatives seront suivies d’effet, non en termes de retour sur investissement, pour utiliser le jargon économique, mais d’action et de mise en oeuvre. Des problèmes avaient à cet égard été relevés en 2013, d’où l’institution pour ce faire d’une commission ad hoc, et Mohammed VI avait par ailleurs appelé à Dakar le gouvernement, qui n’avait alors pas encore été constitué, à avoir une politique globale et intégrée vis-à-vis de l’Afrique. C’est à partir de là sans doute qu’on pourra parler de retour pleinement réussi.

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