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La paix des braves

Abdellatif Mansour

Pour un dénouement gagnant-gagnant où le Rif trouve son compte, sans que l’aura de l’État ne soit écornée.

Le mouvement de solidarité avec les protestataires d’Al Hoceima se poursuit. Le dernier en date a eu lieu à Rabat, le dimanche 11 juin 2017. Une marche d’envergure nationale à laquelle ont participé des manifestants venus des différentes régions du pays. Les tendances pas vraiment politiquement proches telles Al Adl Wal Ihsane, le Parti socialiste unifié, les activistes du 20 Février et les associations des droits de l’Homme, entre autres, y ont également pris part, avec une forte représentation et une grande véhémence pour scander en masse des slogans favorables aux exigences des populations d’Al Hoceima, dont l’appel à la libération des détenus contestataires de cette ville.

Par son ampleur, environ 50 mille participants, et par la diversité des accointances politiques de ces derniers, la manif de Rabat ressemblait à une apothéose du mouvement conduit par nos compatriotes du Nord-Est marocain.

Ce n’est donc pas faute de troupes que ce combat socio-économique, qui se revendique d’une certaine identité régionale, aurait cessé ou se serait essoufflé. Mais parce que, désormais, la cause est entendue. Mieux, elle est devenue une affaire nationale. Aussi, faut-il raison garder pour le meilleur des dénouements possibles.

Plus que jamais auparavant, la balle est dans le camp des pouvoirs publics. Il faut la jouer là où elle est, et surtout, autrement. Les plus grands athlètes de l’histoire ont raccroché lorsqu’ils étaient au sommet de leur art.

De même que les syndicalistes chevronnés vous diront qu’une grève est plus facile à déclencher qu’à arrêter ou, pour le moins à suspendre; comme gage de disponibilité pour négocier la meilleure sortie possible. Il faut donc savoir le faire; avant que le mouvement, arrivé à son apogée, ne s’effiloche ou dérape vers des chemins de traverse à l’aboutissement inconnu.

L’appel à la rue a, jusqu’ici, donné ce qu’il pouvait, y compris des effets indésirables sur les hommes comme sur les biens publics et privés. Voici donc venu le temps de donner du temps au temps, comme dirait l’autre; tout comme il est parfois urgent de s’accorder une trêve. Selon toute vraisemblance, les serviteurs de l’État, et de l’État seulement, en ont grand besoin. À tel point que les officiels font, paraît-il, des heures supplémentaires non payées, pour fournir la démonstration d’une bonne volonté subitement retrouvée.

Il n’y a jamais eu autant de ministres et d’élus affairés sur des dossiers préparés par leur cabinards obligés. Généralement, on s’arrêtait au recensement de besoins, que l’on transformait en projets sans obligation de délai de réalisation. Voilà, qu’une fois n’est pas coutume, on évalue le temps qui passe et le temps qui reste.

Une révolution qui a valeur de précédent généralisable pour une régionalisation qui a du mal à prendre son élan. Pourquoi ne pas y croire, quitte à admettre que l’État n’aime pas s’exécuter sous une quelconque pression aux allures de menace. Une paix des braves, genre gagnant- gagnant où la ville, ses habitants et ses détenus trouveront leur compte, sans que l’aura de l’État ne soit écornée. C’est possible si chaque partie y met du sien, en attendant d’engranger des acquis bien mérités; à la régulière.

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