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La mouvance populaire en jachère

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

L’histoire du MP, créé en  1958 par Abdelkrim El  Khatib et Mahjoubi Aherdan,  est un condensé de  la division d’une formation  depuis près de six décennies. Ce  phénomène pratiquement biologique  de scissiparité –comme l’amibe…– n’a  pas épargné d’ailleurs les autres partis,  de l’UNFP/USFP au PCM/PLS/PPS et  même le RNI avec le PND en 1981.  Pourquoi un tel processus paraissant  comme inévitable? En partie pour des  raisons d’option, bien sûr –telle la scission  du PI en 1959 avec l’UNFP– mais  surtout pour deux raisons cumulatives:  l’absence de démocratie interne et l’égo  des scissionnistes.

Ce qui se passe depuis longtemps au  sein de la formation harakie témoigne  bien de la difficulté à mettre sur pied,  durablement, une structure partisane  avec des instances qui fonctionnent  de manière conséquente. Au départ, le  MP a été parrainé et encouragé par le  Méchouar pour faire pièce à un parti istiqlalien  dominant sinon hégémonique.  L’opération a porté ses fruits dans des  conditions historiques connues de tous.
Par la suite, après un déclin, le MP a été  réactivé en 1975-76 et il a été l’une des  composantes des majorités et des gouvernements  qui se sont succédé durant  les décennies suivantes. Mais par suite  d’un “clash” d’Aherdan en avril 1986 –  une liste de ministres lui a été imposée –  ce parti connaît une grave crise. Un  congrès extraordinaire est convoqué en  octobre 1986, à Rabat, qui le démet et  le fait remplacer par Mohand Laenser.  Amghar résiste et crée le Mouvement  national populaire (MNP), à l’occasion  d’un congrès à Marrakech. Cette  même formation pâtit d’une scission en  2001, avec l’Union démocratique (UD), à  l’initiative de Bouazza Iken. Il faut encore  ajouter à ces divisions la création du Mouvement  démocratique social (MDS), cinq  ans auparavant, par Mahmoud Archane,  inspecteur général du MP, exclu à la fin  1995.

Tout cela a-t-il permis de renforcer cette  famille politique? Pas le moins du monde.  Il a toujours tourné autour d’un palier  d’une quarantaine de parlementaires au  sein de la Chambre des représentants.  Aujourd’hui, il est revenu dans un étiage  encore plus modeste que par le passé,  avec 32 sièges parlementaires en 2011  et 9,5% des sièges aux élections communales  et régionales du 4 septembre  dernier.
Réunifié en mars 2006, le MP n’arrive  donc pas à améliorer son influence  électorale. Il n’est pas traité de manière  équitable ni égalitaire, à telle enseigne  qu’il n’a pas fait partie du cabinet Abbas  El Fassi en octobre 2007 alors qu’il lui a  apporté son soutien.
La “correction” ne s’est faite qu’a minima  en juillet 2009 où il dû se contenter d’un  ministère d’État (Mohand Laenser) et d’un  Secrétaire d’État aux Affaires étrangères  (Mohamed Ouzzine). Avec le cabinet  Benkirane en janvier 2012, il a eu droit  à quatre départements. La contestation  actuelle se nourrit de plusieurs facteurs.  Elle est menée par d’ancien ministres  (Mourabit, Maaouni et Oulbacha) et  elle bénéficie du concours d’Ouzzine  Aherdan, fils du leader historique  haraki. Ce qui la meut, c’est la mise  en cause d’un trio (Mohand Laenser,  Mohamed Ouzzine et Halima Assali),  censé avoir la haute main sur ce parti.  La fronde avait été déjà enregistrée lors  des préparatifs du XIIème congrès en  juin 2014 avec la candidature de Lahcen  Haddad, ministre du tourisme. Au final,  il a dû la retirer.

Que faire du MP aujourd’hui et demain?  Saïd Oulbacha se prévaut de plus de  400 signatures de membres du conseil  national –soit plus des deux-tiers  requis par les statuts– pour convoquer  un congrès extraordinaire. Ces assises  n’ont pas pu se tenir faute d’autorisation  administrative. Mais le problème,  c’est que le MP n’a pas déposé au ministère  de l’Intérieur la liste des membres  du conseil national élus en 2014, ce  qui ne permet pas de pointer la qualité  des uns et des autres, l’Administration  fermant les yeux au passage sur cette  infraction à la loi sur les partis…

Par-delà toutes ces péripéties, l’équation  posée au MP est sans doute celleci:  comment se redonner une identité?  Le référentiel de l’amazighité et du  monde rural qui était son socle socioculturel  n’est plus opératoire alors que  ces deux grands chantiers sont prioritaires  aujourd’hui dans le cadre d’une  vision royale. Cette réflexion-là n’est  pas à l’ordre du jour, limitée qu’elle est  à la gestion de carrières et d’ambitions  personnelles…

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