Dépêche
Accueil » Chronique » La grande bouffe

La grande bouffe

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

La particularité du ramadan  est avant tout le jeûne  et l’abstinence du lever  au coucher du soleil. Or,  c’est aussi le mois où l’on mange  le plus, où le soir, on ne se prive  de rien, mais alors d’absolument  rien. Comme quoi, tous les appétits  viennent en mangeant. Bref,  c’est le mois où l’on a les yeux plus  gros que le ventre. Il y a là comme  un léger paradoxe. Les oulémas  sont invités à s’expliquer de toute  urgence.

En attendant, c’est le HCP de  Ahmed Lahlimi qui nous décortique  notre régime de consommation à  travers des chiffres spécial-ramadan.  Comme attendu, dans la  grille de consommation large et  variée, c’est la rubrique alimentaire  qui tient le haut du pavé. Sur  une hausse globale des dépenses  ramadanesques de 37%, soit un  tiers de plus par rapport au reste  de l’année, le panier de la ménagère  engloutit pas moins de 82%  de ces dépenses supplémentaires.  Ladite ménagère a tout intérêt à  avoir un porte-monnaie à la mesure  de son panier.

À regarder dans le détail, la répartition  par produit donne une hiérarchie  décroissante, +163% pour  les fruits; à croire qu’on est tellement  privé de dessert tout au long  de l’année, que l’on se jette dessus  au ramadan; +47% pour le lait  et les produits laitiers; +35% pour  les viandes et +35% également  pour les céréales. Comme chacun  sait, nous ne sommes pas de gros  consommateurs de poisson, sauf  pendant le ramadan où ce produit  se donne des ailes. Il est à la fois  prisé et hors de prix.

D’autres rubriques subissent des  modifications qui méritent d’être  signalées dès lors qu’elles participent  d’un comportement spécifique  au ramadan. C’est notamment  le cas du “transport et communication”  avec une hausse de 20%  par rapport à ce qui lui est dédié  hors-ramadan; “habitat et énergie”  +3,7%. En gros, les dépenses non  alimentaires n’augmentent que de  4,6%.

Toute chose étant égale par ailleurs,  il va sans dire que ces augmentations  des dépenses touchent  toutes les catégories sociales et  s’accroissent au fur et à mesure  que l’on avance dans l’échelle du  niveau de vie et du pouvoir d’achat.  Le différentiel entre les deux extrémités  de cette échelle passe quasiment  du simple au double, pendant  le ramadan, soit de 22,5% à +47%.  Les prix, voilà un sujet qui fâche,  qui peut être édulcoré mais pas  occulté. C’est à ce niveau, précisément,  que nos chemins ne se  croisent plus avec M. Lahlimi. Selon  l’enquête diligentée par le HCP,  les prix auraient à peine frétillé de  0,6%. Une parcimonie statistique  qui contraste avec la réalité des  étiquettes, où les tarifs prennent  carrément l’ascenseur.

Il est clair que les gens sacrifient  à un plus de consommation pendant  ce mois sacré. Mais cela ne  les empêche pas de grogner en  déplorant la valse haussière des  étiquettes. C’est à se demander  où les enquêteurs du HCP font leur  marché.  Le mieux serait qu’ils se fassent  accompagner de quelques associatifs  lorsqu’ils partent à la récolte  des prix pour alimenter leurs  tablettes. Autrement, on verrait  d’un bon oeil un supermarché HCP,  avec des tarifs HCP

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !