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La fièvre du Gaz

OU LES GISEMENTS DE L’ESPOIR

Les compagnies pétrolières internationales sont convaincues de l’important potentiel gazier que recèle le sous-sol marocain.

En rachetant les parts de Circle Oil au Maroc en janvier dernier -pour quelque 30 millions de dollars-, SDX Energy a visiblement tiré le gros lot. Pour la troisième fois en effet en trois mois, la société britannique spécialisée dans la prospection énergétique a annoncé, le 11 décembre 2017, la découverte d’un nouveau gisement de gaz. «Nous sommes heureux d’avoir fait une autre découverte, » a réagi son président-directeur général, Paul Welch.

Dans le détail, SDX Energy avait débuté, le 24 novembre dernier, le forage du puits KSR-16 à Sebou, une des deux concessions dont elle avait racheté les droits de prospection et d’exploitation à Circle Oil (l’autre étant Lalla Mimouna, les deux concessions étant situées dans la région historique du Gharb). Ce forage s’ajoutait à ceux de KSR-14 et de KSR-15, également à Sebou. Le premier avait enregistré un débit moyen de 6,4 millions de pieds cubes standard par jour. Quant au deuxième, si ses résultats de tests de débits ne sont pas encore disponibles, il a d’ores et déjà été raccordé au réseau de distribution, qui alimente depuis avril 2009 des sociétés basées à Kénitra, dans la zone industrielle de la ville (actuellement deux sociétés achètent du gaz à SDX Energy, à savoir la Compagnie marocaine des cartons et des papiers (CMCP) et Super Cérame).

Un excellent départ
Six autres forages sont, au cours des prochains mois, prévus. «Les résultats dépassent de plus de 50% nos estimations de salaire net pré-forage. Notre activité de forage au Maroc connaît un excellent départ et nous donne beaucoup de confiance pour la suite,» déclare M. Welsh. Il ne faut pour autant pas croire que le Maroc est devenu un producteur de gaz. En effet, les débits dont il est question sont très réduits. D’où d’ailleurs le fait que SDX Energy vende directement aux consommateurs au lieu de passer par un distributeur, comme cela se fait généralement. Non seulement il serait difficile de trouver des intermédiaires, mais en plus, cela amènerait à l’accaparement d’une partie de la valeur du gaz commercialisé par ces derniers.

Nouveaux gisements
C’est à peine donc si le modèle est viable. «Nous devons être prudents et diversifier nos acheteurs, donc nous sommes ouverts à la discussion aussi bien avec des distributeurs qu’avec des clients particuliers. Nous sommes capables d’envisager diverses options,» décryptait dans une interview publiée en novembre 2015 par le journal électronique Médias24 le président-directeur général de Circle Oil, Mitch Flegg, dont SDX Energy a repris le modèle. Faut-il donc nous résoudre à continuer d’importer pour combler nos besoins en gaz naturel? C’est à croire que oui. D’ailleurs, au moment où SDX Energy annonçait sa dernière découverte, l’administrateur de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis, Scott Pruitt, se trouvait au Maroc pour convaincre ses vis-à-vis nationaux des vertus du gaz naturel liquéfié américain (le fameux GNL).

Le responsable américain a ainsi rencontré à Rabat la secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Mounia Boucetta, le ministre de l’Énergie, des Mines et du Développement durable, Aziz Rabbah, et le ministre de la Justice, Mohamed Aujjar. Il a également visité, à Benguérir, la plate-forme internationale de tests, de recherche et de formation en énergie solaire Green Energy Park.

Gestion de l’environnement
«Ces réunions nous ont permis de directement transmettre nos priorités et nos meilleures pratiques avec les dirigeants marocains, ainsi que d’identifier des opportunités de coopération continue, alors que nos deux pays discutent du plan de travail environnemental. Nous sommes déterminés à travailler en étroite collaboration avec des pays comme le Maroc pour améliorer la gestion de l’environnement dans le monde entier,» a-t-il déclaré après coup. Cependant certains responsables nationaux demeurent confiants quant à la découverte d’importants gisements de gaz naturel au Maroc. En septembre dernier, la directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), Amina Benkhadra, s’était même dit «optimiste».

Avant Mme Benkhadra, Abdelkader Amara, du temps où il dirigeait le département de l’Énergie, affirmait même, en décembre 2015 à l’hebdomadaire La Vie éco, «que d’ici deux à trois ans, le Maroc passera d’un potentiel de production de 100 à 200 millions de m3 de gaz naturel à quelques milliards de m3 par an». L’actuel ministre des Transports s’appuyait sur le fait que le Royaume disposait de 900.000 km2 de bassins sédimentaires, dont à peine la moitié avait alors été explorée, ce qui laisserait la porte grande ouverte à la découverte de nouveaux gisements. Des indices sérieux avaient d’ailleurs, d’après lui, été décelés. La suite ne lui a cependant pas donné raison, puisque maintenant plus de deux ans sont passés depuis ses déclarations, mais il ne faudrait pas pour autant baisser les bras. «Il suffira d’une première grosse découverte pour encourager de nouvelles sociétés à tenter l’exploration dans le Royaume,» affirmait-il d’ailleurs.

Évaluation de faisabilité
Parmi les régions du Maroc où l’on se dit le plus confiant quant à d’éventuelles découvertes, il y a bien sûr le Gharb, où opère SDX Energy, Essaouira, où l’ONHYM exploite de petites quantités de gaz depuis les années 1980 déjà, et Tendrara, dans l’Oriental. Cette dernière, où Sound Energy avait foré trois puits au cours de l’année écoulée, disposerait de réserves tellement importantes que son raccordement au gazoduc reliant le Maghreb et l’Europe est déjà à l’étude. La wilaya de l’Oriental avait même validé le tracé en août dernier.

Ayant un potentiel estimé au minimum de 9 trillions de pieds cubes, les réserves de Tendrara pourraient en fait s’élever à trois fois plus (on parle notamment de 31 trillions de pieds cubes, mais cette estimation reste encore pour l’heure fantaisiste). L’évaluation de la faisabilité économique du gisement est, selon Amina Benkhadra, en cours. La mise en production est, elle, prévue pour 2019.

«En vue d’asseoir le potentiel pétrolier de tout le bassin de Tendrara, l’ONHYM et ses partenaires ont démarré, en août 2017, un programme d’acquisition de nouvelles données sismiques et gravimétriques, » avait révélé Mme Benkhadra. En attendant, il faudra se contenter du gaz produit par SDX Energy. La société britannique semble, de ce point de vue, pleinement croire dans le potentiel du Maroc. Le 1er juin dernier, elle avait même ajouté à son arc une troisième concession dans le centre du Gharb. Et si vraiment, à notre insu, nous étions assis sur une mine d’or?.

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