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Khalid El Ouazzani: « Plus de la moitié des entrepreneurs émergents n’envisagent de créer aucun emploi dans 5 ans »


L’un des constats les plus significatifs de cette étude est l’évolution conséquente du taux des entrepreneurs établis. Est-ce pour autant dire que les entrepreneurs marocains s’adaptent mieux aux changements du marché?
Les entrepreneurs établis sont des entrepreneurs qui détiennent tout ou partie du capital d’une entreprise établie, en l’occurrence une entreprise en activité depuis plus de 42 mois. L’évolution significative de ce stock d’entrepreneurs (de 5,4% en 2015 à 10,8% en 2017) peut faire l’objet d’une double lecture: D’une part, ce constat signifie qu’il existe un flux fécond d’entrepreneurs émergents qui alimente ce stock. D’ailleurs, le taux d’activité entrepreneuriale émergente est passé de 4,4% à 8,8%. Il suppose, d’autre part, que les chances de survie d’un entrepreneur émergent sont importantes au Maroc. Ceci ne témoigne malheureusement pas de conditions-cadres avantageuses comme c’est le cas des pays développés, mais révèle plutôt une faible dynamique économique.

Un autre constat, surprenant, fait état que les jeunes ayant un niveau d’instruction supérieur sont les moins entreprenants. Faut-il chercher la cause dans une formation qui ne prête pas beaucoup d’attention à la prise d’initiative et à l’aventure entrepreneuriale?
Au regard de notre étude GEM 2017, les profils types des entrepreneurs, toutes phases entrepreneuriales confondues, ont soit un niveau d’instruction faible soit intermédiaire. Par ailleurs, les données du Haut-Commissariat au Plan parues tout récemment pointent, une fois de plus, le niveau élevé du chômage chez les diplômés de l’enseignement supérieur (25,4%). Indubitablement, l’adéquation de la formation aux desiderata du marché n’est plus sujet à débat. C’est toute la réflexion autour de l’avenir de notre capital humain et sa place dans l’écosystème qui est d’actualité.

Pourquoi c’est toujours l’axe Casa-Settat qui accapare le gros des initiatives entrepreneuriales?
La région de Casablanca-Settat contribue à hauteur de 24,7% dans la croissance économique nationale, un chiffre corollaire avec son taux d’alimentation de l’activité entrepreneuriale émergente à l’échelle nationale qui est de 26,6% cette année. Cela dit, comparativement à l’an dernier, la meilleure performance a été réalisée par la région Tanger-Tétouan-El Hoceima. Par ailleurs, si on se focalise sur le taux d’activité propre à chaque région, d’autres régions font mieux que Casa-Settat, dont le taux est de 6,5% cette année.

Qu’est-ce qui justifie que les nouveaux entrepreneurs reproduisent les mêmes produits et services et créent peu d’emplois?
Idéalement, une économie devrait toujours générer un potentiel de croissance à travers des entreprises qui apportent de nouvelles idées et de la plus-value. Les perspectives de développement des entrepreneurs émergents au Maroc restent malheureusement limitées. Plus de la moitié n’envisagent de créer aucun emploi dans 5 ans, et moins de 19 entrepreneurs sur 100 s’inscrivent dans une logique d’innovation produit/marché. Pour créer de l’emploi et de la croissance inclusive, il faut revoir les conditions-cadres de l’écosystème entrepreneurial, notamment le volet recherche et développement (Le Maroc est classé 53e sur 54 pays).

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