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KAÂBI IS BEAUTIFUL

WISSAM EL BOUZDAINI

Quand les critères de beauté s’uniformisent

IL FAUDRAIT RAPPELER À CERTAINS QUE LA MAJORITÉ D’ENTRE NOUS N’A RIEN DE «BLANC».

Dans les années 1960, le mouvement afro-américain des droits civiques lançait la campagne «Black is beautiful»», c’est-à-dire «Noir est beau», pour parer aux stéréotypes dans les médias et la culture américaine dominants qui voulaient que seuls les critères de beauté caucasiens soient pertinents. C’était donc il y a plus de cinquante ans. Au Maroc en 2018, nous y sommes pourtant encore. Le mariage d’Ayoub El Kaâbi, buteur de l’équipe nationale de football, avec une de ses cousines est venu nous le rappeler. Au regard du statut du concerné, beaucoup de Marocains s’y sont intéressés et ont suivi son déroulement sur les réseaux sociaux.

Rien de bien anormal, donc. Sauf que certains d’entre eux se sont arrêtés à la couleur de peau des mariés, pas assez claire à leurs yeux. Pour eux, cela suffirait à les enlaidir. L’auriez-vous cru? Il faudrait peut-être rappeler à ceux-là que, tout d’abord, la majorité d’entre nous n’a rien de «Blanc», si par ce critère les intéressés font référence à l’archétype de l’Européen ou de son descendant qui, dans les films de Hollywood, sauve le monde. Suite à un voyage qu’il avait effectué dans la ville de Marrakech à la fin des années 1930, l’écrivain britannique George Orwell, qu’on ne peut pas vraiment taxer de racisme comme l’illustre son engagement internationaliste, parlait de la peau des Marocains comme similaire à celle de la terre, ce qui arrangerait selon lui plutôt les «vrais» Blancs qui peuvent ainsi ne prêter aucune attention à eux, et encore moins à la misère dans laquelle ils sont confinés- «Là où les êtres humains ont la peau brune, leur pauvreté n’est tout simplement pas remarquée», dénonce-t-il.

Oui, et c’est le cas plus généralement dans toute l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, notre épiderme est similaire à l’argile, ce qui pourrait par ailleurs expliquer le mythe de la création d’Adam à partir de glaise dans les religions abrahamiques, toutes nées dans la région. Cela n’est ni n’est ni plus mal ni mieux, mais simplement la réalité. L’accepter, c’est en même temps recouvrer son identité physique, quand bien même celle-là nous ne l’avons pas choisie et nous a été imposée par des contingences. En France depuis quelques mois, beaucoup de Maghrébins se sont engagés dans le mouvement «Hrach is beautiful», qui vise à mettre en valeur la qualité crépue des cheveux des populations concernées, à l’heure où seules les textures raides sont valorisées. Le mouvement compte des centaines de followers sur les réseaux sociaux.

Est-ce une bonne chose que de mettre autant l’accent sur le physique alors que d’aucuns appellent de leurs voeux, en lieu et place de ce différentialisme potentiellement destructeur, l’avènement de la «race cosmique», fruit du melting pot universel, pour reprendre l’expression de l’intellectuel mexicain José Vasconcelos? Ce serait en même temps laisser la voie libre aux seuls discours qui uniformisent et qui, par la façon sûre dont ils s’expriment, se sont avérés bien plus dangereux dans l’histoire. Et après tout, pour en arriver au fruit, il faut bien passer par les racines…

 

 

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