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Jusqu’à la fin des temps

Discours du 42ème anniversaire de la Marche verte

La commémoration de la Marche verte constitue une occasion privilégiée d’exalter le patriotisme sincère et l’attachement loyal aux constantes de la nation.

Ces dernières années, le roi Mohammed VI nous avait donné l’habitude dans ses discours, et notamment ceux de la Marche verte, de taper du poing sur la table. Par-delà le style, qu’aimait tant à mettre en évidence son défunt père et prédécesseur -Hassan II-, c’est une façon de voir les choses qui s’exprimait et, au fur et à mesure, s’affirmait. Mais, comme il l’a aussi montré depuis le début de son règne, Mohammed VI aime, par intermittence, prendre du recul. Ne pas se laisser entraîner par le feu de l’actualité, et agir à l’aune du temps long que lui impose la pérennité de l’État et ses intérêts supérieurs (cf. les événements d’Al-Hoceïma). Ce descriptif, c’est en effet l’impression que laisse son discours du 6 novembre 2017.

Droits historiques
Une allocution somme toute classique de par son contenu et son ton général, qui correspondent tout-à-fait à ce qu’on peut attendre en pareilles circonstances. Néanmoins, elle n’en a pas moins le mérite de replanter le décor et de rappeler à toutes et à tous certaines vérités utiles. «La commémoration de l’anniversaire de la Marche verte (…) constituent une occasion privilégiée d’exalter le patriotisme sincère, l’attachement loyal aux constantes de la nation, le sens du sacrifice pour la patrie,» indique-t-il.

D’abord, commence par rappeler Mohammed VI, les revendications du Maroc sur son Sahara ne datent pas du départ de l’Espagne en 1975, comme veut le faire croire la propagande algéro- séparatiste. Bien au contraire, elles sont aussi anciennes que l’indépendance du Royaume elle-même et avaient été exprimées par le roi Mohammed V dans son discours de Mhamid El Ghizlane, dont nous commémorons d’ailleurs le 60ème anniversaire le 25 février prochain. «Nous proclamons solennellement que nous poursuivrons notre action pour le retour de notre Sahara, dans le cadre du respect de nos droits historiques et conformément à la volonté de ses habitants,» avait alors déclaré le défunt souverain.

À l’époque, ni l’Algérie n’existe -c’est encore une constellation de départements français-, ni encore moins le Front Polisario, qui ne sera créé qu’en 1973 par la junte libyenne. Pour ainsi dire, seul le Maroc fait entendre sa voix sur la question du Sahara. «[La] proclamation [de Mhamid El Ghizlane] atteste la permanence de la marocanité du Sahara, et ce, bien avant la mise en scène artificielle d’un conflit indûment suscité autour de cette vérité historique, » souligne Mohammed VI, qui cite d’emblée le discours de son grandpère. «Replacée dans le contexte de l’époque, cette déclaration est sans ambiguïté, et nul ne peut remettre en cause son bien-fondé,» dit-il ailleurs.

Modèle de développement
Qu’en est-il maintenant du présent? Depuis son accession au trône, rappelle- t-il, Mohammed VI s’est toujours attaché à défendre la marocanité du Sahara, et ce, indépendamment du prix financier et humain que cela puisse en coûter. «Le Sahara restera marocain jusqu’à la fin des temps,» a-t-il clamé, en renvoyant par là même à son discours de la Marche verte du 6 novembre 2014, où il avait déjà tenu la même affirmation. Ainsi, développe- t-il, aucun règlement de l’affaire n’est possible en dehors de la souveraineté pleine et entière du Maroc, et en dehors de l’initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie du 11 avril 2007. «Les expériences passées devraient permettre de méditer sur une évidence: le problème n’est pas tant de trouver une solution à cette affaire, mais plutôt d’arriver à définir le processus à suivre pour y parvenir,» plaide-t-il.

Droits légitimes du Maroc
Par ailleurs, il a appelé à respecter les principes et fondamentaux retenus par le conseil de sécurité pour le traitement du conflit, et refuse catégoriquement tout dépassement, toute tentative de porter atteinte aux droits légitimes du Maroc et à ses intérêts supérieurs, toute proposition obsolète visant à écarter le plan de règlement des paramètres référentiels retenus et l’insertion abusive d’autres sujets. Référence est sans doute faite là aux errements aperçus du temps de l’ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Ban Ki-moon, qui a carrément penché pendant sa dernière année d’exercice pour l’indépendance (il qualifie lors de sa visite dans les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf le 6 mars 2016 la présence du Maroc dans son Sahara d’«occupation»).

Le conseil de sécurité avait pourtant reconnu, en avril 2017, qu’une telle «solution» n’était pas du tout réaliste. Mohammed VI a, au passage, salué le successeur de M. Ban au secrétariat général de l’ONU, António Guterres, pour la dynamique actuelle voulue par lui, et en l’occurrence aussi son émissaire Horst Köhler. «Le Maroc maintient l’engagement qu’il a fait d’[y] adhérer,» rappelle-t-il.

Par ailleurs, Mohammed VI a souligné que, quand bien même une solution n’avait pas encore été trouvée à l’affaire du Sahara, le Maroc n’allait pas «rester les bras croisés». Bien au contraire, le Royaume est d’ores et déjà à pied d’oeuvre et met en application le modèle de développement concocté par le conseil économique, social et environnemental (CESE) suite à une demande que lui avait faite le Roi dans son discours de la Marche verte de l’année 2013. Quelque 77 milliards de dirhams sont ainsi en train d’être investis par le seul État, en plus d’une somme équivalente de la part du secteur privé. À terme, le Sahara marocain est amené à devenir un hub continental, comme Mohammed VI en a souvent fait le voeu dans ses différentes sorties. «Appelé à servir de trait d’union entre le Maroc et sa profondeur africaine, il s’affirmera comme une plaque-tournante pour les relations entre les pays de la région,» espère le Roi.

“Identité nationale plurielle”
Pour autant, la dimension économique ne constitue qu’une facette infime du modèle. L’objectif global est, en vérité, d’aider à sauvegarder le patrimoine culturel et civilisationnel de la région, de sorte à en faire une richesse pour tout le Maroc. «C’est (…) une manière d’exprimer notre fierté d’une identité nationale plurielle,» souligne-t-il.

Mohammed VI se fait surtout l’apôtre, dans les derniers paragraphes de son discours, d’un Maroc uni des régions. «Nous n’établissons aucune différence entre les patrimoines et les spécificités culturelles et linguistiques des régions du Maroc, qu’il s’agisse du Sahara, du Souss, du Rif, de l’Atlas ou de l’Oriental, » insiste-t-il. Tout compte fait, il y avait bien de quoi prendre le temps d’un arrêt.

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