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Juillet 2016 – juillet 2017, entre deux fêtes du Trône

Abdellatif Mansour

LE MEILLEUR ET LE PIRE

Deux faits marquants en creux, le blocage de la procédure de formation d’un nouveau gouvernement et les événements d’Al Hoceima. Les enseignements à tirer de l’un et de l’autre ont-ils été identifiés et intégrés? Rien n’est moins sûr!

De par notre histoire, nous avons la chance de commémorer plus d’une année qui s’achève et une autre qui s’annonce. De juillet 2016 à juillet 2017, entre deux fêtes du Trône, cela donne un espace temps à évaluer à l’aune de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire. On a coutume de dire, à juste titre, que l’on apprend plus avec ses erreurs et ses amertumes tardives qu’avec ses succès et sa gloriole d’un moment.

L’année qui nous sert de repère institutionnel n’a pas vraiment été d’une bonne facture. Cela aurait été encore plus dommageable si ce n’était le retour retentissant du Maroc sur la scène africaine, après une longue absence qui s’est révélée pénalisante pour le système de défense de notre intégrité territoriale.

Ce succès diplomatique n’a malheureusement pas trouvé de répondant dans la vie politique nationale. C’est précisément la raison pour laquelle cette année a également marqué en creux notre mémoire collective. Les élections législatives du 7 octobre 2016 devaient constituer une avancée supplémentaire dans la construction démocratique en cours. Ce suffrage-rupture ne devait souffrir aucune contestation de tripatouillage électoral. Un vrai challenge. Or voilà que des membres du gouvernement soutiennent le contraire. L’argent, disent-ils, a bel et bien circulé. Une dénonciation qui a provoqué la colère royale dans le discours de S.M. Mohammed VI à l’ouverture de la nouvelle législature.

C’était mal parti par rapport à l’évolution attendue du champ politique national. Abdelilah Benkirane, chef désigné pour succéder à lui-même à la tête d’un futur Exécutif, a crié sur tous les toits que des “forces occultes” l’empêchaient de former un gouvernement soutenu par une majorité parlementaire qui lui garantisse une certaine durabilité.

Un mot a fait florès dans les médias, “blocage”. Si le Maroc a pu vivre sans gouvernement, c’est qu’il n’en a pas besoin pour fonctionner. Terrible déduction qui pouvait être interprétée sous d’autres cieux comme une apologie de la personnalisation absolue du pouvoir. Ce n’est qu’après que l’on s’est résolu à admettre que ce blocage avait un coût aussi bien financier qu’institutionnel. Une perte sèche de plus d’un semestre qui aurait pu être investi dans la relance économique du pays.

À peine installé, le nouveau gouvernement dirigé par Saâd Eddine El Othmani va être appelé à la confrontation de la dure réalité. Pas question pour le nouveau chef d’invoquer des forces occultes qui se sont d’ailleurs évanouies par elles-mêmes et comme par magie. Les événements d’Al Hoceima nous ont rafraîchi la mémoire sur un fait intangible. À savoir que la gouvernance se confectionne à Rabat, mais son épicentre est mobile, il peut surgir de n’importe quelle région du territoire national. C’est-à-dire là où le commerce des conditions d’existence se négocie au quotidien. Souvent douloureusement. C’est l’un des principaux enseignements de l’histoire.

Toujours est-il que le gouvernement a été solennellement sommé de se rendre compte sur place de la situation sociale dans les régions. Une commission interministérielle conduite par El Othmani devrait faire le tour du Maroc à travers sa douzaine de régions. Car à Al Hoceima, comme dans d’autres régions visitées par des délégations ministérielles, le constat a été fait que les problèmes de gestion ou d’annonces sans lendemain étaient les mêmes un peu partout dans le Royaume; par delà les particularismes géographiques. Ce sont, dans leur quasi totalité, des cas de chantiers inachevés ou jamais sortis des tiroirs, de routes, d’hôpitaux, d’écoles ou d’unités de production.

Et si l’on pose la question qui tue, genre “où sont passés les budgets prévus pour ces projets inachevés?”, on aggrave son cas. On l’aggraverait encore plus si l’on évoquait les cas de conflits d’intérêts ou de délits d’initiés dans les milieux stratosphériques de l’argent et du pouvoir. Ce sont aussi ceux-là les faits marquants de l’année institutionnelle.

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