La juge qui milite pour les droits des femmes

Aïcha Nassiri, membre du conseil supérieur du pouvoir judiciaire

En tant que militante, cette ancienne procureure du Roi près du tribunal civil de première instance de Casablanca a toujours défendu la place de la femme dans le domaine de la Justice.

C’est une dame aimable et chaleureuse qui nous reçoit dans son domicile à Casablanca, ce mercredi matin 6 mars 2019. Une dame charmante au sourire éclatant. Thé à la menthe et gâteaux marocains, l’hospitalité de Aïcha Nassiri est exemplaire. Cette juge, qui siège depuis deux ans comme membre au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, ne cache pas sa proximité avec les médias, ce qui fait d’elle l’une des femmes les plus connues et les plus ouvertes dans le corps judiciaire. Aïcha Nassiri milite depuis toujours pour l’ouverture de la Justice sur les médias.

Représentativité de la femme
Une ouverture qui l’a conduite à entrer pendant quelque temps au Conseil national de la presse. «Le rôle de la justice n’est pas seulement de traiter les affaires judiciaires des citoyens, mais aussi d’interagir avec eux à travers les médias en expliquant et en sensibilisant sur l’importance des juges dans la société», explique-t-elle.

En tant que femme, cette ancienne procureure du Roi près du tribunal civil de première instance de Casablanca a longtemps défendu la place de la femme dans le domaine de la Justice. Au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, considéré comme la plus haute instance judiciaire dans le Royaume, quatre femmes sont représentées. Trois sont élues et la quatrième est nommée par SM le Roi Mohammed VI. Même si la représentativité de la femme dans ce conseil n’atteint pas encore l’ambition de la parité tant souhaitée par les femmes elles-mêmes mais aussi par les féministes, il n’en demeure pas moins que ce nombre est assez honorable, en attendant des jours meilleurs.

Une véritable révolution
Le moins que l’on puisse dire est que le constat actuel est incomparable avec celui des années 80. Aïcha Nassiri se souvient encore de la promotion pour l’année 1985 de l’Institut supérieur de la magistrature, qui était composée de seulement 7 femmes juges contre… 100 hommes. «Entre cette époque et aujourd’hui, la place de la femme marocaine dans la justice a connu une véritable révolution», estime celle qui a fondé l’Association marocaine des femmes juges. Aïcha Nassiri est particulièrement fière de l’existence de cette association qui milite pour la promotion de la place de la femme dans la Justice.

Avec d’autres femmes juges, notamment Aïcha Aït Lhaj, qui lui a succédé au poste de procureure du Roi près du tribunal civil de Casablanca, Aïcha Nassiri est parvenue à faire de cette association l’une des plus dynamiques avec l’organisation régulière de débats et de tables rondes dédiées au rôle de la femme dans la Justice. Au fil des années, il semble que cette action teintée de militantisme a fini par payer. Actuellement, les femmes représentent plus d’un tiers du corps judiciaire. Une avancée considérable attribuée en grande partie à la nouvelle Constitution, qui a inscrit la parité homme-femme comme un principe fondamental pour la démocratie. Lauréate de l’institut supérieur de la magistrature en 1987, Aïcha Nassiri débute sa carrière au tribunal de première instance de Ben M’sick Sidi Othmane, aux côtés d’un grand juge, Moulay Thami Elmoutaouadi Idrissi, avec qui elle a appris ce qu’elle appelle «la justice de proximité». Une justice basée sur le pragmatisme et l’humanisme.

Pour elle, travailler avec ce magistrat hors norme, connu pour sa probité et son professionnalisme, a été une grande école où elle a appris toutes les ficelles du métier. Elle officiera dans le tribunal de Ben M’sick Sidi Othmane pendant 18 ans. Après avoir exercé longtemps dans le civil, puis au tribunal de commerce et enfin comme présidente d’une chambre à la Cour d’appel de commerce, en 2011, elle passe du côté de la magistrature debout. Elle est promue trois, ans plus tard, procureure du roi près du tribunal civil de première instance de Casablanca.

Son élection au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire en 2017 a été une consécration pour elle mais surtout un nouveau challenge dans sa riche carrière judiciaire alors que le Maroc vient d’entériner la nouvelle réforme de la Justice. Si Aïcha Nassiri semble globalement satisfaite de la place des femmes dans la Justice marocaine, elle souligne toutefois qu’elles n’occupent pas encore de hauts postes de responsabilité au sein du système judiciaire. A titre d’exemple, jusqu’à présent, elles ne sont que 5 femmes à occuper les fonctions de juge d’instruction. Mais quoi qu’il en soit, cette juge militante reste très optimiste.

Une belle expérience
A côté de sa carrière judiciaire, Aïcha Nassiri mène une action formidable dans la société civile. C’est l’époque de l’ancien ministre de la Justice, Omar Azziman, actuel conseiller de SM le Roi, qu’elle a commencé à s’ouvrir sur le travail associatif. Elle envoie un courrier à Omar Azziman dans lequel elle demande l’autorisation de faire une immersion au sein du Centre d’écoute des femmes battues de l’Hermitage, à Casablanca. Une requête acceptée par le ministre. Elle préside alors des tribunaux symboliques: des condamnations prononcées dans des affaires de violence à l’égard des femmes, de divorce et de garde des enfants. «C’est la plus belle expérience dans ma vie de juge», estimet- elle.

A l’international, Aïcha Nassiri a été dans plusieurs capitales arabes, notamment Le Caire, Beyrouth ou encore Tunis, pour animer des rencontres sur l’expérience judiciaire marocaine. Mais aussi sur les droits de l’Homme, un domaine qu’elle affectionne tout particulièrement. C’est que Aïcha Nassiri est dotée d’une grande fibre humaniste et entend la perpétuer autant qu’elle peut, avec courage et détermination.


Laisser un commentaire