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Des jeunes en mal de compétences

Partenariat stratégique 2018-2022 entre le Maroc et la Banque mondiale

Aucune recette n’est proposée par le gouvernement pour faire face au dilemme de l’emploi des jeunes. Un véritable casse-tête aussi bien pour le privé que pour l’État.

Bien que le Maroc ait enregistré des avancées significatives sur les quinze dernières années en termes de croissance, de rattrapage en infrastructures et de réduction de la pauvreté, il lui reste, selon la Banque mondiale, à affronter un défi de taille, à savoir l’emploi .
Ainsi, le lancement en octobre 2018 du nouveau cadre de partenariat stratégique avec le Maroc, qui couvrira la période 2018-2022 se fixera comme priorité des priorités l’emploi des jeunes et la qualité du capital humain.
L’institution de Bretton-Woods prévoit, à cet effet, pas moins de 4 milliards de dollars qui serviront à financer non seulement la gestion de l’eau, la santé et l’optimisation des réformes mais surtout l’emploi des jeunes, souligne avec force Marie Françoise Marie-Nelly, directrice des opérations pour le Maghreb au sein du groupe Banque mondiale, lors du point de presse le 5 mars 2018 à Casablanca, dédié à la présentation des grandes orientations du nouveau cadre de partenariat avec le Royaume.

Travail précaire
Selon Marie Françoise Marie-Nelly, «le pays n’a pas eu de processus d’industrialisation qui génère de l’emploi». Le chômage reste préoccupant. Si le taux national s’est établi à 10,6% en 2017, plus de 45% des jeunes citadins de 15- 24 ans sont sans emploi.
En effet, selon le Haut Commissariat au Plan (HCP), avec une part de 65%, la population en âge de travailler atteint cette année son pic historique. Cette aubaine démographique, dont d’autres pays, comme la Chine, ont su tirer des dividendes, s’apparente plus à une bombe sociale au Maroc. Avec une croissance peu créatrice d’emplois, un stock de capital humain peu qualifié (plus de six actifs sur dix ne possèdent aucun diplôme) et des conditions de travail souvent précaires, la situation est pour le moins critique. Les jeunes ruraux sont encore moins qualifiés que leurs homologues urbains. Plus de la moitié n’ont aucune qualification, et à peine 2,9% détiennent un diplôme supérieur.

Par ailleurs, 27,5% des 15-24 ans ne sont ni à l’école, ni en formation, ni en emploi, soit près de 1,7 millions de personnes (2,7 millions si l’on considère les 15-29 ans). Selon les analystes du HCP, la population en âge de travailler ne commencera à baisser qu’à partir de 2030, où elle devrait se situer à 64%, soit environ 24,2 millions de personnes.

Attentes des jeunes
La pression sur le marché du travail risque ainsi de grimper tout au long des 12 prochaines années. Ce qui rendra la tâche encore plus ardue pour les jeunes en quête d’opportunités. Or, plus ces jeunes sont diplômés, plus ils risquent de se retrouver sans emploi. Comment faire face, alors, à l’attente de ces jeunes mieux formés et plus exigeants en matière de modèle de consommation et de valeurs sociétales? Comment répondre alors à leur quête d’un travail plus décent? Comment amplifier les créations de postes de travail? Cette situation est d’autant plus inquiétante que «le modèle de croissance marocain est gourmand en capital et génère peu de gains de productivité», nous disent les experts de la Banque mondiale (dernier mémorandum). Ce qui signifie, disent-ils, que «l’économie marocaine ne parvient pas à gagner significativement en efficience malgré l’ouverture économique, l’amélioration de l’environnement des affaires, les technologies importées et un accroissement du niveau de scolarisation de la population».

Facilitation du financement
Par ailleurs, les experts de la Banque mondiale constatent qu’aucune recette n’est proposée jusqu’ici pour faire face à ce dilemme de l’emploi. Certes, l’esprit de l’entrepreneuriat connaît un certain encouragement de la part des pouvoirs publics. Mais, selon la Banque mondiale, ces mesures restent insuffisantes tant que des incitations ne sont pas plus développées au profit des activités de progendre. Par ailleurs d’autres mesures à prendre s’avèrent être nécessaires, en ciblant, notamment, la protection sociale et la santé primaire.

Inclusion économique
Pour permettre d’atteindre ces objectifs, la Banque mondiale préconise également de «faciliter l’accès à des instruments de financement innovants tout en assurant une meilleure intermédiation», selon les propos mêmes de Marie Françoise Marie- Nelly. La Banque mondiale est, ainsi, toute prête à aider le Royaume, comme elle l’a toujours fait, notamment, en approuvant, sur la période 2014-2017, pas moins de 3,7 milliards de dollars de prêts et dons. Un record.

Reste alors à mieux orienter l’épargne et l’investissement marocain vers la création de nouvelles opportunités d’emploi. C’est tout à fait faisable si l’État assume davantage sa responsabilité de créer un peu plus d’emplois qu’il ne le fait aujourd’hui. Surtout dans des secteurs aussi indispensables que l’enseignement et la santé. Il est aussi de la responsabilité du secteur privé d’assurer aux jeunes cette inclusion économique qui fait tellement défaut. Sans davantage d’effort de la part de chacun de ces deux protagonistes, il serait difficile pour le Royaume de réaliser, dans les prochaines années, une croissance suffisamment élevée (au moins de 5% du PIB) pour absorber les arrivées des jeunes sur le marché du travail.

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