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Je ne cherche pas la mode, je l’impose…

Interview. Une “succes story” ?Fadila El Gadi a commencé par une école de mode puis une boutique, place Piétri à Rabat, avant d’aller plus loin à la suite d’une rencontre à Tanger, en août 1999, avec Yves Saint Laurent. Suit alors une autre voie: celle de la créativité continue avec une visibilité de plus en plus affirmée.

Interview. Une “succes story” ?Fadila El Gadi a commencé par une école de mode puis une boutique, place Piétri à Rabat, avant d’aller plus loin à la suite d’une rencontre à Tanger, en août 1999, avec Yves Saint Laurent. Suit alors une autre voie: celle de la créativité continue avec une visibilité de plus en plus affirmée.

Maroc Hebdo: Aujourd’hui, y a-t-il un style Fadila El Gadi?
Fadila El Gadi:
Oui, je crois: on reconnaît d’abord mes vêtement par la broderie. Toutes mes créations sont basées sur la broderie. C’est là l’influence, forte d’ailleurs, des maâlems slaouis qui m’ont appris à apprivoiser ciseaux et fils pour maîtriser les métiers à tisser. Et les différentes sortes de broderies et de coutures marocaines n’ont pas de secret pour moi. L’artisanat marocain m’inspire toujours. Fortement même.

Mais quel est votre regard sur votre propre style?
Fadila El Gadi:
Une femme qui porte mes vêtements a du style: celui de l’élégance sobre, pas tape-à-l’oeil. Au Maroc, il y a beaucoup de caftans, mais dans le style contemporain, les professionnels que je connais n’utilisent pas de broderie. Il y a bien des imitations dans les souks, les médinas, mais je crois que mon style reste, je crois, unique.

Cette recherche d’un style propre était-elle voulue?
Fadila El Gadi:
Ce qui m’a motivée au début –c’était le déclic–, c’était de montrer un vêtement qui ne soit pas un déguisement. Je donne cet exemple: un caftan dans une soirée. Est-ce vraiment ce qu’il faut mettre? Aussi, j’ai voulu créer plutôt un vêtement que l’on peut porter à Rome et à Paris mais aussi à Marrakech et Rabat. Mon travail a beaucoup évolué. Parfois, il est minimaliste mais j’ai toujours des retours vers les anciens modèles. La clientèle me guide aussi. J’ai, en effet, affaire à des clientes haut de gamme, exigeantes, qui me sortent des modèles d’il y a une dizaine d’années, par exemple. C’est pourquoi mes caftans sont souvent un va-et-vient par-delà l’air du temps, intemporels.

Vos modèles de création ne se démodent donc pas?
Fadila El Gadi:
C’est vrai, ils sont intemporels. Je ne suis pas les tendances. Mes coupes sont très simples, classiques. Il n’y a pas d’extravagance, j’essaie de garder une ligne sobre de vêtement. J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour le travail des artisans et le travail à la main. Je trouve injuste de mettre tant d’heures de travail pour un vêtement qui ne sera mis que quelques fois. Dans mes modèles, un vêtement est mis, puis rangé, puis encore remis… ils ne se démodent pas. C’est ce qui se passe avec ma clientèle depuis plus de quinze ans. Je ne cherche pas la mode. Peut-être que c’est moi qui arrive à imposer une mode…

Quelle est l’influence de l’international sur vos créations?
Fadila El Gadi:
Oui, cette influence existe, surtout dans la coupe. La coupe internationale est plus contemporaine, mais je veille à préserver aussi la coupe traditionnelle. C’est cela ma vision et ma sensibilité. Mon vêtement est la rencontre entre les deux. C’est un réglage continu. Parfois, je peux être complètement traditionnelle, par exemple avec le caftan, la gandoura. D’autres fois, je m’inspire de la mode européenne des années soixante et soixante-dix. C’est ce que demande une clientèle qui voyage beaucoup, qui veut des vêtements décontractés en vacances (gandouras, ponchos) pour être libre de ses mouvements dans ses loisirs et ses vacances.

Qu’y a-t-il de différent entre les attentes de la clientèle marocaine et celles de la clientèle internationale?
Fadila El Gadi:
La clientèle marocaine veut, je crois, plus de couleur et de broderie. Mais je pense qu’il y a aussi une certaine évolution, elle adhère à mon style. La clientèle américaine veut de l’originalité, c’est un milieu de mode, de cinéma, de people. La clientèle française est plus sobre et plus discrète. Quant à la clientèle italienne, elle est plus exubérante, plus extravagante…

Vous avez habillé qui?
Fadila El Gadi:
Des actrices comme Barbra Streisand, Arielle Dombasle et d’autres. Betty Lagardère, Hillary Clinton –elle a acheté à Marrakech un manteau en cachemire tout simple, marron. Des acteurs: Daniel Auteuil. Des présentatrices de Canal+ et d’autres profils de même notoriété.

Ce sera quoi votre style dans dix ans?
Fadila El Gadi:
Je dois avouer que je n’ai pas une vision d’ici là. Ce sera certainement fonction de mon inspiration, de mes envies. Mais je resterai fidèle à mon style. Dans ma vie professionnelle, j’ai fait des rencontres extraordinaires.  Je pense à Yves Saint Laurent, que j’ai bien connu. Il a été un grand créateur, peut-être le plus grand. Il a mis le vêtement au service de la femme. Il a rendu les femmes plus belles. Je suis dans cette sensibilité-là, de la belle matière, de la broderie aussi.  D’ailleurs, j’ai eu l’honneur de vendre mes modèles dans ses boutiques au jardin Majorelle, à Marrakech. Le célèbre photographe italien Paul Borel m’a également beaucoup aidée et encouragée. Il a monté à Naples une exposition de mes créations et m’a introduite dans le monde de la mode. Tout cela a enrichi mon univers culturel créatif et artistique…

Interview réalisée par Sophia Jalil

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