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Jaouad Mabrouki : Plus de 6 millions de Marocains sont dépressifs

JAOUAD MABROUKI, psychiatre spécialiste de la société marocaine

Selon le dernier rapport du ministère de la Santé, un quart de la population marocaine âgé de 15 ans et plus souffre de dépression. Jaouad Mabrouki, psychiatre spécialiste de la société marocaine, nous renseigne sur cette maladie catégorisée biologique depuis les années 1970. C’est quoi la dépression? Quelles en sont les causes? Les conséquences? Les traitements? Est-ce une maladie taboue? Que ne faut-il pas faire?

Quand peut-on parler de dépression?
Bien entendu, il y a des définitions psychiatriques de la dépression. La définition la plus simple serait qu’une personne est dite déprimée lorsqu’elle constate un changement au niveau soit du fonctionnement de son corps: (asthénie constante, difficulté de digestion, baisse de l’appétit, difficulté de respirer, trouble du rythme cardiaque, douleur gastrique ou intestinale, …) si le bilan médical est négatif (toute cause organique est éliminée), et si ces symptômes persistent au-delà d’un mois, dans ce cas la cause psychique doit être recherchée et le plus souvent il s’agit d’une dépression à composante somatique, assez courante dans notre société.

Soit un changement au niveau de l’humeur (changement brusque de l’humeur, perte de plaisir, perte d’intérêt, anxiété, angoisse,…), pareil si ça dure plus d’un mois, et après avoir éliminé toute cause organique, il s’agit donc de dépression. Soit un changement au niveau du fonctionnement cérébral (baisse de la concentration, trouble de la mémoire, difficulté de mobiliser les capacités intellectuelles habituelles,…), aussi si ça dure plus d’un mois, et après avoir éliminé toute cause organique, il s’agit bien de dépression.

Quelles sont les causes majeures de cette maladie? Et puis pour le chiffre avancé par le ministère de la santé et qui est d’un quart de la population âgée de plus de 15 ans, est-ce inquiétant?
Il existe deux sortes de dépressions: d’abord psychogène où les causes sont dues à un ensemble de facteurs exogènes (perte d’emploi, rupture sentimentale, échec scolaire, perte d’un être cher, …..) Puis endogène: Il s’agit d’un terrain héréditaire. Nous trouvons des familles plus touchées par la dépression que d’autres. Et la science fait de grandes avancées. Ces dépressions se déclenchent souvent avec le changement des saisons, les plus fréquentes en été/automne ou bien automne/hiver. Certaines formes de dépressions saisonnières surviennent pendant la période printemps/ été. Pour ce qui est du chiffre avancé par le ministère, il est très inquiétant et c’est le cas dans le monde entier. L’OMS classe la dépression comme la deuxième maladie la plus répandue dans le monde.

Qu’en est-il des conséquences de cette maladie?
Les conséquences de cette maladie sont évidemment graves. Nous notons l’élévation du risque suicidaire lors de la dépression, la souffrance du patient, il s’agit d’une douleur morale atroce qui souvent conduit au suicide pour être délivré de cette douleur insoutenable souvent en rapport avec le sentiment de la culpabilité et d’indignation. Aussi nous pouvons avoir affaire à des complications liées à une autre maladie psychiatrique comme la dépression chronique, ou bien par une maladie organique sachant que lors de la dépression notre système immunitaire est déprimé aussi et nous notons une baisse des cellules tueuses des cellules cancéreuses. Remarque, la dépression est une maladie handicapante, le sujet déprimé est en arrêt de travail pendant au moins 3 semaines.

Est-ce qu’il y a un complexe vis-à-vis de la maladie? Un dépressif est-il perçu, au final, comme un fou?
Nous avons trois catégories de populations, d’abord la population rurale, celle-ci ne donne aucun intérêt à la représentation sociale de la psychiatrie. Du moment que c’est le corps qui exprime la dépression, pour eux c’est organique et c’est «les nerfs» tout court et donc elle n’a aucun complexe. Vient après La couche moyenne et intellectuelle qui souffre de ce complexe. Par exemple, certains patients évitent de déposer un arrêt de travail délivré par un psychiatre. Certains consultent même dans d’autres villes.
Puis vient ce qu’on pourrait appeler la crème de la société et qui a vraiment ce complexe, celle-ci exige des rendez-vous sans passer par la salle d’attente, ou bien opte pour une visite psychiatrique à domicile.

Quels sont les traitements de cette maladie?
Nous avons plusieurs configurations thérapeutiques, en fonction de la gravité de la dépression, de l’âge du patient et des pathologies associées (cardiaques, rénales, hépatiques, par exemple). D’abord, les psychotropes sont toujours prescrits en dehors des contre-indications. On associe un ou deux antidépresseurs avec des anxiolytiques pour soulager le patient rapidement et baisser l’anxiété et favoriser le sommeil. Étant donné que c’est une maladie biologique, les médicaments sont nécessaires. La sismothérapie est un autre moyen. Celle-ci consiste à provoquer une convulsion sous assistance médicale. C’est un moyen qui donne de très bons résultats. Il y a aussi la stimulation magnétique transcrânienne, une technique récente et qui est pratiquement sans effets secondaires. Et, bien sûr, la psychothérapie, mais si celle-ci donne aussi un bon résultat elle demande un temps assez important avant d’observer un résultat significatif.
Mais disons que les meilleurs résultats en termes d’efficacité, de rapidité et du coût financier sont obtenus avec le traitement neurobiologique (psychotropes). Une fois le patient commence à aller mieux avec une bonne capacité d’analyse, nous entamons la 2ème période du protocole thérapeutique. Il s’agit d’un accompagnement et de soutien psychologique: essayer de comprendre comment le patient est arrivé à cette dépression. Apprendre des expériences et mettre en place un ensemble de dispositions pour reconfigurer les conditions de vie afin d’en améliorer la qualité et d’éviter le stress chronique. Notons que le protocole thérapeutique par les psychotropes dure une année.

500 psychiatres pour tant de dépressifs au Maroc. Le dépressif n’est finalement pas pris au sérieux chez nous…
Partout dans le monde le nombre des psychiatres est insuffisant par rapport au nombre de la population atteinte de troubles psychiques. En ce qui concerne la dépression, 2ème maladie dans le monde, l’OMS avait établi un programme de formation des médecins généralistes et de toutes spécialités confondues. Car dans les 20% de la population atteinte de dépression, nos trouvons des patients atteints de toutes autres pathologies (cardiaque, endocrinienne…).

L’entourage a-t-il un rôle à jouer dans la guérison du dépressif?
Le patient a besoin de sentir que son entourage comprend sa souffrance morale, Il doit surveiller l’observance des médicaments et accompagner le patient à ses rendez-vous avec son médecin. L’entourage doit éviter d’associer la dépression à la foi ou au manque de la volonté ou à la faiblesse de la personnalité. La dépression est une maladie comme une autre!.

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