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Iran, Hezbollah, Algérie, Polisario, le Maroc face à la « Bande des quatre »

Brahim Ghali et Hassan Nasrallah. – © Photo Montage MHI

Une collusion dangereuse

Le Polisario et le Hezbollah se liguent pour déstabiliser le Maroc, avec la bénédiction de l’Iran et la complicité active de l’Algérie.

Difficile donc d’avoir des relations normalisées avec l’Iran –ni avec l’Algérie, d’ailleurs. Ces deux pays ne respectent rien, ni les principes de la solidarité islamique, ni les règles d’une coopération bilatérale bien comprise, ni l’esprit de fraternité qu’ils proclament volontiers comme politique d’affichage. Depuis le mardi 1er mai 2018, Rabat a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec Téhéran. Ce n’est ni une décision précipitée ni un acte irréfléchi mais autre chose: la volonté de montrer qu’aucune atteinte à la sécurité ni aux intérêts supérieurs du Royaume ne sera acceptée ni tolérée. Et, partant, les mesures les plus appropriées seront prises pour contrecarrer les menées hostiles des uns et des autres.

Engagement opérationnel
L’Iran, alors? Quoi? Son implication, à travers le Hezbollah, dans une alliance avec les séparatistes de Tindouf. Une alliance pas cantonnée à des postures médiatiques ou politiques mais un engagement de plus en plus opérationnel. Voici des années, Hezbollah était du côté des séparatistes mais cela restait à un niveau faible marqué par des rencontres épisodiques au Liban. Le Maroc était, bien entendu, attentif à tout cela et il le mettait sur un compte spécifique à gérer avec vigilance. L’interventionnisme de Téhéran au Proche-Orient et ailleurs était également appréhendé d’une manière tout aussi sourcilleuse. D’où depuis une dizaine d’années, des rapports passablement heurtés.

En mars 2009 le Royaume a ainsi décidé la rupture des relations diplomatiques avec la république islamique. C’était là une décision prise à la suite de la déclaration d’un responsable iranien sur l’État de Bahreïn, «quatorzième province iranienne». Un geste de solidarité avec cette monarchie du Golfe. Dans le même temps, Rabat prenait des mesures locales contre le prosélytisme chiite dans des écoles et des publications. Téhéran a exprimé à cette occasion à Rabat son regret et son incompréhension pour cette décision unilatérale. Il faudra plusieurs années pour qu’une reprise des relations bilatérales se fasse de manière graduelle et progressive.

Nouvelle rupture
Début janvier 2014, le ministre iranien des Affaires étrangères prend attache avec son homologue marocain et par courrier exprime le regret de son pays quant à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Il affirme «le respect de l’Iran envers les constantes du Royaume du Maroc ainsi que l’appréciation de l’Iran du rôle que joue le Roi Mohammed VI». Il ajoute que la reprise se fait «dans le cadre du respect mutuel et de la non-ingérence». Celle-ci se fera par étapes, avec d’abord l’ouverture d’une section administrative et des effectifs raisonnables. Et ce n’est que le 13 octobre 2016 qu’a été nommé un ambassadeur du Royaume à Téhéran, Hami Hassan, en poste alors à Bakou en Azerbaïdjan.

Aujourd’hui intervient une nouvelle rupture par suite de l’engagement de plus en plus marqué du Hezbollah au côté des séparatistes. Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, s’en est expliqué: Il a donné des précisions. Le point de basculement et de rupture a été l’arrestation d’un grand financier du Hezbollah, Kacem Mohamed Tajeddine, à l’aéroport international Mohammed V de Casablanca, le 17 mars 2017. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par les États Unis pour blanchiment d’argent et appartenance à une organisation terroriste. Le Hezbollah décide de se venger et d’apporter une aide militaire appuyée au Polisario: envoi d’artificiers et de formateurs à Tindouf, entraînement de guérilla, livraison d’armes comme des SAM 9 et SAM II, … Nasser Bourita, avec un dossier complet et précis, se rend le lundi 1er mai 2018 à Téhéran pour le présenter à son homologue iranien, Jawad Darif. Les pièces sont accablantes et confondent d’une manière patente tant Téhéran que le Hezbollah libanais qui, lui, a mis sur pied et accompagné jusqu’à Tindouf tout ce programme d’implication. Des services étrangers ont été également saisis à propos de ce même dossier.

Téhéran -Hezbollah-Alger-Polisario: la chaîne est là, la connexion est totale, personne ne donnera crédit à la réaction officielle de l’Iran s’installant dans le déni de toute implication. Le Hezbollah libanais est une organisation chiite sur la liste des organisations terroristes des États Unis. Elle est un État dans l’État libanais, avec ses milices armées, ses zones d’implantation et son territoire. Elle est le bras armé et politique du régime des mollahs chiites. Voilà la première paire. L’autre, c’est l’Algérie et le Polisario. Tous forment ce que l’on peut appeler la «bande des quatre»… C’est ce soutien du Hezbollah qui a conduit la nouvelle direction séparatiste, au cours de l’année écoulée, à menacer d’un recours à la force armée. Des déclarations guerrières se sont ainsi multipliées. Du nouveau matériel a été livré dont des armements très performants; des vedettes maritimes ont été également livrées, comme si les séparatistes avaient un littoral où elles pouvaient patrouiller…

Escalade et provocations
Depuis des mois, le Maroc s’est préoccupé de cette nouvelle situation et il n’a pas manqué d’en faire part à des membres du Conseil de sécurité et aux puissances influentes. Il y a là une escalade et des provocations pouvant conduire à une montée des périls ne pouvant pas être contenue ni maîtrisée. Les provocations et les intrusions des éléments armés des séparatistes, à Guergarat et ailleurs, à l’Est de ce que l’on appelle la zone tampon, au-delà du mur, participent de deux phénomènes liés: le premier est le nouvel armement du Polisario, le second intéresse l’implication d’un encadrement spécialisé du Hezbollah. De nouvelles formes de guérilla ont été également étudiées avec les techniques appropriées (tunnels sous le mur, actions à l’ouest de ce mur…)

Cette coresponsabilité des quatre parties a conduit le Maroc à prendre les mesures les plus conséquentes possibles. L’une d’entre elles est la rupture avec Téhéran pour bien montrer son souci de préserver ses fondamentaux sans hésitation ni embarras. Une autre intéresse un élément nouveau qui ne manque pas de portée: Sahara marocain et lutte antiterroriste sont un même combat. Certaines chancelleries étaient réservées parfois quand Rabat expliquait que les camps séparatistes de Tindouf étaient un foyer et un terreau favorable à toutes sortes d’activités criminelles (trafic, contrebande, filières d’immigration clandestine) dont le terrorisme dans l’espace sahélo-saharien avec toutes ses ramifications régionales.

Le Hezbollah libanais, et derrière lui le régime de Téhéran, veulent ainsi étendre leur influence. Ils ont trouvé dans le mouvement séparatiste un vecteur de pénétration. S’est ainsi opérée une globalisation de la question du Sahara marocain par son insertion dans la stratégie antiterroriste de Washington et d’autres puissances. Nul doute que cette nouvelle situation a été prise en compte par les États Unis pour témoigner davantage de soutien au Royaume lors des réunions du Conseil de sécurité du mois d’avril 2018 et de l’adoption de la résolution 2414 sur le Sahara marocain et le renouvellement du mandat de la Minurso.

L’axe du mal n’est pas uni seulement contre la marocanité du Sahara; il est un problème pour tous les pays mobilisés contre le terrorisme international, ses sanctuaires, ses commanditaires et ses prolongements opérationnels.

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