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Introuvable, la classe moyenne?

CREDIT PHOTO : DRmarc

Censée agir comme accélérateur de croissance

La classe moyenne au Maroc est appelée à jouer un rôle central. À condition, toutefois, que les pouvoirs publics prennent en compte sa vulnérabilité, notamment face à l’emploi et la protection sociale et mettent en place un service public de qualité.

Plus que la pauvreté, le Royaume connaît une panne de la redistribution des richesses, qui a accentué les inégalités sociales ces dernières années, fragilisant, du coup, les couches sociales défavorisées et la classe moyenne. La hausse du coût de la vie, les difficultés d’accès au logement, à la santé, à l’éducation, sont autant d’obstacles qui viennent freiner le développement, notamment de la classe moyenne. Classe moyenne sans laquelle, non seulement, aucun climat politique propice à un changement réel n’est possible, mais aussi aucun processus de croissance économique durable n’est concevable à moyen et long termes. Car, la classe moyenne, par sa consommation, peut se comporter en accélérateur de croissance.

Traditionnellement, les classes moyennes jouent un rôle économique et social déterminant, de par leur attachement aux valeurs démocratiques. Qu’en est-il, alors, de cette classe moyenne au Maroc? Il faut dire qu’il n’est pas simple de définir les classes moyennes. Tout d’abord, parce qu’il n’existe pas une classe moyenne homogène mais des catégories de population aux situations variées qui ont pour point commun de se trouver au centre de la société. En croisant divers critères, comme le revenu disponible, le patrimoine, la profession, le niveau de diplôme, le secteur d’activités et autres, on peut néanmoins tenter d’en définir les contours.

À l’instar du Haut Commissariat au Plan (HCP), on peut privilégier le revenu disponible. Ainsi, selon une étude antérieure du HCP, le revenu moyen des classes moyennes, par ménage et par mois, est de 4.402 DH en milieu urbain et 4.219 DH en milieu rural. Par ailleurs, les autres chercheurs qui se sont intéressés à cette question, comme Youssef Saadani, qui dirige la recherche économique à la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), sont arrivés -en recoupant les différentes données du HCP et de la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS) concernant les revenus- à la conclusion selon laquelle environ 10% de la population marocaine font partie de la classe moyenne. Pour lui, cette proportion est appelée à doubler à l’horizon 2050, notamment avec la féminisation de l’emploi.

Mais, ces études qui nous ont proposé certaines mesures pour nous éclairer sur ce qu’on appelle les classes moyennes, ne peuvent à elles seules définir une classe sociale car elles ne s’intéressent qu’à des critères économiques et ne prennent pas en considération des indicateurs tels que le capital culturel, les valeurs partagées, les modes de consommation, les aspirations en termes d’éducation ou les capacités linguistiques.

Une catégorie limitée
Aussi, des chercheurs de l’équipe du CESEM de HEM ont mené des interviews auprès des leaders d’opinions, à propos de l’émergence ou de l’éventuelle existence d’une «classe moyenne» au Maroc. Les réponses fournies par ces leaders d’opinion ont permis d’identifier la classe moyenne de différentes manières: pouvoir d’achat, accès aux valeurs et images culturelles mondiales, capacités linguistiques, aspirations, éducation et désaffection politique. La plupart d’entre eux estiment que cette catégorie sociale demeure limitée en nombre et en potentiel, à défaut de formation adéquate, d’opportunités d’emploi, voire de revenus suffisants pour pouvoir acquérir des biens.

À part la frange supérieure de cette classe, suffisamment argentée pour exercer de l’influence dans les coulisses, cette classe moyenne, dont on attend beaucoup, est de plus en plus fragilisée. De plus en plus obligée de s’endetter pour mettre ses enfants dans les écoles privées ou de se soigner dans les cliniques privées, c’est sur cette frange de la population que pèsent toutes sortes d’impôts et de taxes. Leurs revenus, même s’ils peuvent évoluer dans une fourchette de 10.000 à 30.000 dirhams par mois, ne leur permettent plus de faire face au rythme effréné d’une société de consommation de plus en plus envahissante et exigeante.

Le rôle de l’État
Censés être une catégorie de la population qui épargne, leur endettement est tel qu’il absorbe tout ce qui leur reste. Même les entrepreneurs qui entrent dans cette catégorie de classe moyenne semblent fonctionner avec très peu de moyens. Indépendamment des efforts d’une famille ordinaire de la classe moyenne, il leur est plus difficile de créer des entreprises de taille efficace. Aujourd’hui, pour trouver des entreprises familiales vraiment dynamiques et couronnées de succès, il faudrait considérer des familles sensiblement plus riches que celles qui appartiennent à ce qu’on appelle la classe moyenne, ou bien disposant de relations sociales adaptées. Pour la plupart des familles de notre classe moyenne, les meilleurs investissements portent davantage sur la qualité de l’éducation donnée aux enfants.

Si la classe moyenne chez nous n’est pas essentiellement constituée d’entrepreneurs qui réussissent, ses membres accèdent en revanche beaucoup plus facilement à des emplois salariés relativement pérennes. Et ce, grâce à cet investissement dans le capital humain.

Or, l’État, qui facilitait jadis la mobilité sociale en permettant, par le recrutement public, l’émergence de cette classe moyenne, n’est plus aujourd’hui en mesure d’assumer ce rôle. N’empêche, ce même État a toujours besoin du soutien politique de groupes qui n’appartiennent pas à l’élite. Il est donc obligé d’affirmer aux yeux des populations aux revenus faible et moyen la pertinence de son rôle dans leurs vies. Le roi Mohammed VI n’ a-t-il pas souvent plaidé pour que les classes démunies et moyennes soient au centre de l’initiative politique?

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