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Interview de Touriya Lahrech: « Les détenus peuvent être jugés en état de liberté »

Touriya Lahrech ©ph:DR

La conseillère CDT Touriya Lahrech a vivement interpellé, lundi 5 juin, le ministre de l’Intérieur, à propos de la situtation à Al Hoceima.

Alors que le procureur général près la cour d’appel de Casablanca a listé une dizaine de lourdes charges qui pèsent contre les détenus d’Al Hoceima, vous, vous avez appelé à leur libération…
Les arrestations se multiplient depuis quelques jours à Al Hoceima et les villages avoisinants. On nous parlait d’une quarantaine de détenus, puis une centaine et on ne sait pas quand ce décompte va s’arrêter. A ce rythme-là, chaque famille d’Al Hoceima aura un détenu. Qu’ont-ils fait ces jeunes jetés maintenant en prison? Ils ont manifesté contre leur mal-vie. Contre une situation sociale devenue pour eux invivable.

Contre des politiques économiques qui ne permettent pas à la région de sortir la tête de l’eau. Ils ont manifesté parce que heureusement au Maroc, on a le privilège de s’exprimer. Ce que nous avons toujours vanté, à juste titre d’ailleurs, comme une exception régionale. Ils sont connus, maintenant ils sont fichés, leurs familles sont là. Pourquoi les emprisonner alors qu’on peut les poursuivre en état de liberté?

Le ministre de l’Intérieur dit qu’ils ont reçu des aides de l’étranger, notamment de l’argent.
Celui qui reçoit de l’argent hors du circuit réglementé peut recevoir des choses autrement plus dangereuses. Dans ce cas, le problème est au niveau des services qui veillent sur notre sécurité. Cela d’une part. D’autre part, que font les représentants du ministère de l’Intérieur au niveau de la région d’Al Hoceima? Aucun d’eux n’a rien vu venir jusqu’au jour où on a commencé à voir des manifestations un peu partout dans la ville et ses environs. Je pense et cela je l’ai dit au parlement que l’approche qui a été adoptée pour faire face aux protestations n’a pas été la bonne. Loin de là.

Que proposez-vous alors?
Personne n’a de solution clé en mains, mais puisque souvent on prend la France comme modèle, pourquoi ne pas organiser une table ronde à laquelle seront invités les jeunes de la ville, des acteurs de la société civile, des politiques et des officiels pour élaborer ensemble des schémas de développement local? Lorsque les quartiers difficiles en France manifestaient, le gouvernement s’est réuni avec tous ceux qui pouvaient contribuer à élaborer des solutions. Ce n’est pas une commission restreinte tenant des réunions à Rabat qui peut trouver à elle seule des solutions. Je me pose parfois la question: où est l’intelligence marocaine? Nous ne voyons plus de sociologues associés à la réflexion autour de la chose publique. On ne s’amuse pas avec le présent et l’avenir du pays. Pendant cinq ans, Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement, refusait tout dialogue avec les syndicats. Le résultat est là, aujourd’hui, des manifestations dans plusieurs villes du pays.

On a dit que les meneurs des manifestations d’Al Hoceima sont à la solde de réseaux étrangers…
Il faut arrêter de lancer des accusations à tort et à travers. Seule une instruction judiciaire du dossier pourra dire si oui ou non les leaders du Hirak ont trempé dans telle affaire, sont manipulés par telle ou telle officine. Il faut que la justice fasse son travail sereinement pour tirer tout cela au clair.

En attendant, nous le savons tous en tant que Marocains, que de par sa position et de par les réformes qu’il a entreprises depuis une quinzaine d’années, de par aussi sa stabilité, notre pays fait des jaloux. Nos voisins ne nous veulent pas que du bien… Donc, nous devons être vigilants et éviter de tomber dans le piège. Il y a eu, depuis 1999, un véritable travail de réconciliation, avec l’IER. Un véritable travail collectif sur soi pour dépasser les démons du passé. Il ne faut pas, à la faveur des manifestations d’Al Hoceima, casser cette dynamique pour instaurer une autre instance vérité et réconciliation dans quelques années.

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