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Interview de Latifa Ibn Ziaten, mère de Imad, victime du terrorisme

“L’hommage du Roi est indescriptible”

-Maroc Hebdo: Le Maroc a rendu un vibrant hommage le samedi 11 mars 2017 à feu votre fils, Imad Ibn Ziaten, dans sa ville natale de M’diq. C’était un moment fort, j’imagine.
-Latifa Ibn Ziaten: Un moment très fort. Imad aimait beaucoup le Maroc. Dès qu’il le pouvait, il se rendait à M’diq car il s’y sentait chez lui. Le voir ainsi, salué dans son pays… il aurait sans doute été très fier de son vivant. Les hommages qu’on lui a rendus m’ont touchée aux larmes. Je regrette qu’en France on ne lui ait pas accordé les mêmes égards. Je tiens surtout à remercier Sa Majesté le Roi. C’est lui personnellement qui a fait en sorte que Imad ait droit à cet hom- mage. Pour la mère que je suis, cela met du baume au coeur.

-Maroc Hebdo: Justement, le Roi vous a qualifiée, dans un message qu’il vous a adressé, d’«exemple vivant de patience, de maîtrise de soi et de tolérance». Quel résonance ont eu en vous ces mots?
-Latifa Ibn Ziaten: C’est presque im- possible à décrire. C’était très émouvant. Je prie en cet instant pour que Dieu pro- tège notre Roi. C’est une personne qui a un grand sens humain. Il avait à titre personnel pris en charge l’organisation d’une grande cérémonie à l’occasion du quarantième jour de la disparition de Imad. Je n’oublierai jamais cela. Je ne le remercierai sans doute jamais assez. Pour vous dire, Imad aimait beaucoup son Roi. Une fois, nous étions en train de regarder la télévision ensemble et celle-ci montrait des images de Sa Majesté. Imad m’avait dit que si l’occasion se présentait à lui, il ne l’aurait pas ratée d’être dans la garde personnelle du Roi. Il voulait, me disait-il, protéger ce «grand homme». Ce sont ses propres mots.

-Maroc Hebdo: Au cours de votre séjour à M’diq, vous êtes allée dans un collège pour rencontrer de jeunes élèves que leur avez-vous dit?
-Latifa Ibn Ziaten: D’aimer leur pays et de ne jamais abandonner. De persé- vérer dans la vie et surtout, d’avoir des rêves. Beaucoup d’enfants basculent aujourd’hui dans la violence car ils n’ont tout simplement pas d’espoir. En France, j’ai eu plusieurs fois l’occasion d’échanger avec des adolescents dans les cités. A leurs yeux, l’avenir était noir. Ils n’atten- daient tout simplement plus rien de la vie. J’ai surtout une pensée aux parents, qui ne doivent jamais abandonner leurs en- fants.

Faire en sorte de leur montrer la voie juste, qui est celle du travail, du travail, encore et toujours du travail. Que les conditions dif- ficiles ne sont pas forcément une fatalité et qu’avec beaucoup d’abnégation, vous pourrez non seulement mais vous aurez le droit de réussir. Malheureusement, dans beaucoup de cas, les parents sont absents. C’est là que les organisations jihadistes en profitent pour apporter aux jeunes ce qu’ils n’ont jamais obtenu de la part de leur famille, à savoir de l’amour tout simplement.

-Maroc Hebdo: C’est en résumé le mes- sage que vous essayez de transmettre à travers votre association «Imad», du nom de feu votre fils.
-Latifa Ibn Ziaten: Oui. J’essaie d’incul- quer aux jeunes les valeurs humanistes qui sont les miennes et de leur dire qu’ils peuvent eux aussi aspirer à un avenir meilleur. Par expérience, je puis vous dire que les jeunes sont très réceptifs à ce message. Lors de mes rencontres avec les élèves de M’diq… (elle s’arrête) Si vous étiez présent, vous en auriez été ému. Les élèves sont venus m’embrasser et me    serrer dans leurs bras. Ils pleuraient à chaudes larmes. Ils m’ont dit: «vous êtes une lueur d’espoir qui nous permet en- core d’y croire». Ce sont des mots très puissants qui m’appellent à poursuivre mon combat pour la paix et la tolérance. Ainsi je puis rester fidèle à la mémoire de Imad et faire en sorte, autant que faire se peut, que le terrorisme ne fasse plus de victime à l’avenir, comme cela a été le cas de mon fils.

-Maroc Hebdo: La mort d’Imad conti- nue sans doute encore de vous hanter.
-Latifa Ibn Ziaten: Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à mon fils. C’était très dur à vivre. Vous savez, perdre un fils, cela vous brise à jamais le coeur. Mais il ne faut pas céder le pas au décourage- ment. Imad n’aurait jamais accepté que j’abandonne. C’était quelqu’un de per- sévérant et qui aimait la vie. Moi-même j’étais parfois obligée de réfréner ses ardeurs. Il est resté, jusqu’à son dernier souffle, fidèle à lui-même. Je me devais de continuer pour lui.

-Maroc Hebdo: Avez-vous pardonné à Mohammed Merah, l’assassin de votre fils?
-Latifa Ibn Ziaten: Vous savez, la pre- mière chose que j’ai essayé de faire après la mort de mon fils c’est de connaître son assassin. J’ai fait un vé- ritable travail d’investigation qui m’a pris plusieurs mois. Et là j’ai découvert qui était Mohammed Merah. Qu’il avait été abandonné par ses parents. Sa mère avait quitté le foyer familial tandis que son père était rentré en Algérie, son pays d’origine. Toute sa vie, il a pratiquement été livré à lui-même. C’est le cas d’ail- leurs de nombreuses autres personnes qui plus tard dans leur existence ont basculé dans la violence. Quand on re- lit leur biographie, on retrouve presque toujours les mêmes points.

Je ne sais pas si j’ai pardonné à Mo- hammed Merah ses actes car après tout, c’est Dieu, là haut, qui le jugera. Mais pour ce qui est de ce qu’il était, je lui pardonne. Tout ce que je peux lui opposer, c’est mon pardon. Je me dois par ailleurs de continuer mon combat pour que d’autres Mohammed Merah ne voient pas le jour.

-Maroc Hebdo: L’association «Imad» s’étend bientôt au Maroc.
-Latifa Ibn Ziaten: Oui. Je souhaite travailler auprès des jeunes de mon pays car je pense pouvoir leur apporter quelque chose. Ma rencontre avec les élèves de M’diq m’y encourage davan- tage. Je sollicite à cet égard l’aide de Sa Majesté le Roi pour qu’il puisse nous apporter son soutien. A la tête de mon association, nous voulons transmettre à nos enfants les valeurs d’espoir et de travail. Nous voulons qu’ils soient amoureux de la vie, comme l’était Imad, et qu’ils puissent contribuer au déve- loppement de leur pays.

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