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Interview de HICHEM ABOUD, exilé algérien en France

HICHEM ABOUD

Rédacteur en chef de la revue Al Jaich (armée) de 1979 à 1986, Hicham Aboud a lancé plusieurs journaux indépendants en Algérie, qu’il a été contraint de fermer (Al Assil, Le Libre quotidien, Le Libre Hebdo…) Exilé en France, en 1997, il sort plusieurs livres, dont La mafia des généraux en 2002, interdit à la vente en Algérie. Condamné plusieurs fois, il est aujourd’hui sous le coup d’un mandat d’arrêt émis par Alger. Il est poursuivi pour atteinte à la sureté nationale, atteinte à l’intégrité territoriale et au bon fonctionnement des institutions.

L’Algérie a organisé des législatives, jeudi  4 mai 2017. Quelle lecture en faites-vous?
En Algérie, les élections se suivent et se  ressemblent. Seul élément qui change, le taux  de participation, qui baisse d’une opération  électorale à une autre. Il était de 48% en  2007, il est descendu à 43% en 2012 et en  2017, il était de 38%. Ce sont les chiffres  officiels gonflés par le bourrage des urnes.  Les réseaux sociaux ont pu relayer des  scènes absurdes de cette pratique de  bourrage des urnes dans plusieurs bureaux  de vote ce jeudi 4 mai. Ceci veut dire qu’il y a  un vrai divorce entre le peuple algérien et le  régime qui dirige le pays. Un régime dont la  seule politique est la fuite en avant. Alors que  le peuple tourne le dos aux partis politiques,  notamment le FLN et le RND… L’Algérie vit  dans une situation de blocage qui n’a que  trop duré…

Que faut-il faire sachant qu’une telle  situation est préjudiciable pour le pays?
La situation est préjudiciable pour le peuple  algérien et pour son émancipation, c’est un  fait. Avec les moyens dont elle dispose, l’Algérie  aurait dû être non seulement une véritable  puissance régionale mais un pays qui a son  mot à dire sur la scène internationale.  Ce qu’il faut, c’est que le régime algérien regarde  les choses en face et opère une rupture  par rapport à des pratiques qui durent depuis  des décennies.

C’est la seule issue pour éviter que le pays ne  sombre dans la guerre civile comme ce fut le  cas pendant la décennie 90. Par la faute du  régime, les Algériens ne sentent plus citoyens  chez eux. Ils ne se sentent humiliés, d’où le  terme “Hogra” contre laquelle les jeunes et  moins jeunes se sont élevés. Si le régime  ne tire pas les leçons de la décennie noire  des années 90, le risque est grand de voir  les Algériens se soulever de manière plus violente que par le passé contre ce régime qui  a mis main basse sur le pays depuis le début  des années 80…

Mais c’est ce même régime qui gouverne  depuis 1965…
Sous Houari Boumediène, il n’y avait pas de  chômage, les étudiants avaient des bourses  d’études et étaient assurés de travailler une  fois leur cursus universitaire terminé. Même  s’il a commis des erreurs… Depuis sa mort,  c’est un autre régime qui a pris la place, dirigé  par une mafia politico-financière.

Et l’armée, dans ce système dirigé comme  vous les dites par une mafia politico-financière?
Pendant des années, on disait que le général  Tewfik (Mohamed Mediène) patron du Département  du renseignement et de sécurité,  était l’homme le plus puissant d’Algérie. On  l’avait même qualifié de Reb Dzair (le dieu de  l’Algérie).

Or, il n’avait pas tout le poids et l’importance  qu’on lui accordait. Il ne tirait sa puissance  que dans la limite du pouvoir qu’on lui octroie  dans le cadre du système en place. Imaginez-  vous un instant que le président Bouteflika  ait pu limoger, M. Tewfik, le 13 septembre  2015, puis des dizaines de hauts gradés de  l’armée sans qu’il y ait la moindre réaction?  Le président pouvait-il opérer une réorganisation  du DRS si son patron était réellement  puissant? On a entretenu le mythe de la  puissance du général Mediène parce que cela  servait le régime et les potentats de la mafia  politico-financière…

Comment définissez-vous cette mafia?
Ce sont des nouveaux riches, des parvenus,  pour la plupart incultes ou analphabètes  qui ont bénéficié de la manne pétrolière.  Ce sont des personnes qui ne croient pas en l’avenir de l’Algérie et investissent leur  argent à l’étranger. Leurs enfants étudient  à l’étranger… Cette mafia a bloqué l’évolution  du pays vers la démocratie et les deux  partis qui raflent la mise lors des différentes  élections, à savoir le FLN et le RND sont des  frères siamois qui défendent le maintien des  choses en l’état. Aucun parti politique algérien  n’a les moyens de mener une véritable action  de sensibilisation politique. La vie politique  algérienne est biaisée et c’est normal que l’on  ne voie pas de leader qui émerge.

Figurez-vous que les régions amazighophones  de la Chaouia ou de la Kabylie  sont punies et exclues du peu de projets de  développement économique lancés par l’Etat.  A titre d’exemple, en 2015, j’avais convaincu  les dirigeants du Real Madrid de nouer un  partenariat avec le club de l’US Chaouia  portant notamment sur la création par le  club espagnol d’un centre de formation pour  les jeunes de la Chaouia. Pour empêcher  la concrétisation de ce projet, le régime, à  travers deux sociétés publiques, a donné 15  millions d’euros au Real Madrid qui a mis fin  à notre accord. Autre exemple, l’homme d’affaires  Issad Rebrab a été contraint d’abandonner  son projet industriel à Bejaia, devant créer  un millier d’emplois directs et pas moins de dix  mille emplois indirects.

Comment a-t-il été contraint à abandonner  son projet?
Bejaia étant située dans une région bannie,  aucun projet de développement n’y est toléré.  Pour dissuader l’homme d’affaires, on n’a pas  été chercher loin: le directeur du port de la  ville a refusé d’autoriser le déchargement des  bateaux portant le matériel nécessaire à la  construction de l’usine.
Personne n’est dupe, M. Rebrab a compris  qu’à Alger, on ne veut pas de son projet…  Les exemples sont nombreux et les énumérer  n’avance à rien.

Quel est alors, d’après vous, le poids de  l’Algérie sur le plan régional?
Je me rappelle d’une phrase que Abdelaziz  Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères,  avait dite en 1973 devant une réunion  des étudiants volontaires de la révolution  agraire. L’actuel président avait en effet dit  ceci: «Rien ne se fait dans la région, sans la  volonté de l’Algérie.»

C’est dire que notre pays avait un poids au  point de créer une république fantomatique à  partir de rien et l’a faite admettre au sein de  l’OUA. Et l’a faite reconnaître par plusieurs  pays d’Amérique Latine et d’Asie. Aujourd’hui,  l’Algérie subit sans piper mot.  Les avions de guerre français ont bombardé  le Nord du Mali en traversant l’espace  aérien algérien. Aucune réaction des Affaires  étrangères algériennes. La France intervient  en Libye, pays frontalier de l’Algérie, silence  radio à Alger…

Un émir du Golfe ou un ministre tunisien  insulte l’Algérie, cette dernière ne réagit pas  non plus. La seule chose que le régime maintient  toujours, c’est la fermeture des frontières  avec le Maroc pour que les Algériens ne se  rendent pas compte de l’évolution démocratique  et du développement socio-économique  du Maroc

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