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Interview avec l’artiste Abderrazzak Benchaâbane

“Marrakech a lancé son école de jardinage il y a mille ans”

Interview. Natif de la médina de Marrakech en 1959,  Abderrazzak Benchaâbane est un artiste éclectique qui a pour  muse sa ville natale. Professeur, parfumeur, photographe,  botaniste et créateur de musée, Benchaâbane voue un  véritable culte pour l’art du jardin. Une passion qu’il cultive  avec bonheur et qu’il partage avec les autres.Benchaabane-det

Maroc Hebdo: Vous-vous êtes penché, dans votre dernier livre “Marrakech,  Cité-Jardin. Grandeur, décadence et renaissance”, sur l’étude de l’art du jardin à  Marrakech. Qu’est-ce qu’ils ont de spécial, les jardins de cette ville?
Abderrazzak Benchaâbane:
D’abord qu’ils ont 10 siècles et qu’ils sont les jardins  les plus anciens du Maroc. Le premier Riad du Maroc a été créé par les  Almoravides au 10ème siècle. Il était situé au coeur de la ville de Marrakech  près de la Koutoubia (Ksar Lahjar). Ce palais de pierre fut la première  bâtisse en dur à Marrakech avec un jardin clos. L’Agdal, créé par les  Almohades au 12ème siècle, sur 550 hectares, est un modèle de jardin  et a inspiré plusieurs princes d’Andalousie. Ainsi, on est en droit de  dire que Marrakech a lancé sa propre école et mode de jardinage  il y de cela plus de mille ans.

Pourquoi Marrakech a-t-elle toujours cultivé cet art?
Abderrazzak Benchaâbane:
Probablement qu’il en a été  ainsi parce que telle était la volonté de ses fondateurs et  rois. Ils ont été aidés en cela par le climat exceptionnel  de la ville sous lequel on peut jardiner toute l’année  et sous lequel de nombreuses plantes peuvent  s’acclimater et prospérer. En effet, la meilleure  explication, c’est la richesse hydrologique de la  région, où la rivière Ourika coule toute l’année,  alimentée par ses divers affluents qui drainent les  eaux des sources et celles des déneigements.
L’Atlas est un véritable “château d’eau”. Ses  cimes enneigées assurent à Marrakech un  approvisionnement permanent en eau. Il  faudrait ajouter à cette eau de surface, une  nappe phréatique abondante par le passé. Toute  cette richesse hydrique n’aurait pu profiter à  Marrakech et à ses jardins s’il n’y avait pas des  hydrauliciens talentueux qui maîtrisaient l’art  arabe de l’irrigation et l’adduction souterraine de l’eau grâce aux khettara.

Le jardin Majorelle, à Marrakech,  a été restauré par vos soins.  Racontez-nous comment vous avez  été sollicité par le créateur de mode  français Yves Saint Laurent…
Abderrazzak Benchaâbane:
  J’avais, en 1998 et pendant dix  ans, carte blanche pour sortir le  Jardin Majorelle, créé en 1924 par  Jacques Majorelle, de la situation  désespérante où il était arrivé  dans la fin des années 90. Une très  belle aventure et une expérience  formidable pendant laquelle les  échanges avec Yves Saint Laurent et  Pierre Bergé étaient très fructueux.  Le résultat est là: Le jardin  Majorelle est l’un des sites les plus  visités à Marrakech. Je peux dire,  aujourd’hui, que j’ai réussi cette  mission de restauration.

D’où vous vient cet amour pour  la création, qu’il s’agisse de  photographie, de littérature de  parfums ou de jardins?
Abderrazzak Benchaâbane:
C’est  peut-être une façon d’être au service  de la beauté, ou, probablement, le  désir de donner un peu de bonheur  à celui qui regarde une photo, lit  un livre, admire un jardin ou sent  un parfum.
Je n’imagine pas la vie sans la  créativité. L’art est la seule preuve  du passage de l’Homme sur Terre.

Comment naît un parfum? Qu’est-ce  qui vous inspire?
Abderrazzak Benchaâbane:
Les  noms de mes parfums donnent une  idée sur mes sources d’inspiration.  Pour résumer, disons qu’il y en a trois: les villes du Maroc,  possédant chacune un art de vivre  qui lui est propre; les jardins, avec  leurs biodiversité et senteurs; ainsi  que la Femme. Cette dernière est,  certes, une éternelle muse pour  les parfumeurs. Chacune de ces  sources me guide dans le choix  des fragrances, m’oriente dans la  recherche des accords et insuffle  à chaque création son âme, un  esprit et un caractère.

Vous arrive-t-il d’en créer sur  commande?
Abderrazzak Benchaâbane
: J’ai  créé, en 2001, à la demande d’Yves Saint Laurent, une eau  de toilette qui portait le nom de  “Jardin Majorelle”.
Ma démarche a été la suivante:  donner à ce jardin un parfum  “hespéridé” et épicé car ce jardin  coloré manquait justement de  senteurs vu que toutes les plantes  qui s’y trouvaient, exception  faite du “chèvrefeuille”, ne  dégageaient pas de fragrance.  Ce parfum était une sorte d’âme  supplémentaire pour ce jardin, qui  s’enveloppait dans son sillage, fait  d’agrumes, rose, iris, cannelle,  clous de girofle…

Parlez-nous de votre passion pour  les musées…
Abderrazzak Benchaâbane: Ce  sont des lieux où je peux partager  ma passion et mon admiration  des créations des autres artistes.  Un musée est d’abord, à l’origine,  une collection, c’est une passion  et une volonté de partager avec  autrui son patrimoine et sa  passion.
J’avais les trois. Il manquait un  lieu, alors j’ai pris une partie  de ma maison et l’ai mise à la  disposition de ma fondation, qui  a créé un musée où chacun peut  venir, toute l’année, admirer le  travail des artistes que j’ai eu la  chance, depuis trente ans, de collectionner. Dans un riad du  19ème siècle, j’ai créé un musée  de l’art-de-vivre qui célèbre le  travail des artisans. Aujourd’hui,  grâce à ces musées, je partage ma  passion avec les visiteurs.

Avez-vous d’autres projets pour la  ville de Marrakech?
Abderrazzak Benchaâbane:
J’ai  pris l’habitude de ne jamais  faire une promesse ou annoncer  un projet avant que ce ne soit  terminé. J’ai pris aussi l’habitude  de travailler et de servir ma ville à  ma façon.  Dans ce sens, je suis toujours  quelque part, sur des chantiers  passionnants.

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