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Intégrité alimentaire

Wissam El Bouzdaini

Wissam El Bouzdaini

On raconte que pour  lancer leur fatidique  débarquement en  Normandie, les  Alliés, obligés alors  de communiquer en termes sibyllins  pour tromper l’indiscret ennemi,  lancèrent le message suivant:  “les sangliers sont lâchés”. Vrai  ou faux, il se trouve qu’aujourd’hui  en 2016 au Maroc, de braves  citoyens, sans doute sympathisants  qui s’ignorent des pays de  l’Axe, ont su malicieusement l’intercepter.

Derb Ghallef, tout ça, à coup sûr.  C’est juste qu’ils l’ont en fait compris  au premier degré. Car voilà  quelques jours que l’on voit massivement  partagée sur les réseaux  sociaux une courte vidéo, apparemment  filmée à Fès, où un vaillant  porcidé ayant eu le grand  malheur de s’aventurer dans les  venelles coupe-gorges (c’est  le moins que l’on puisse dire,  en effet) de l’impériale cité est  molesté à mort.

Un massacre en mondovision,  sans la tronçonneuse, faute de  budget peut-être; mais les lourds  blocs de pierre ont fait l’affaire.  Débrouillard le Marocain, comme  on peut s’y attendre.

Daech, paraît-il, et tous ses effets  spéciaux savamment élaborés,  est foncièrement jaloux. On ne  connaît pas ce qu’il est advenu de  la pauvre bête, par la suite, mais  certainement, à l’heure où vous parcourez ces quelques lignes,  elle doit paisiblement reposer au  glorieux valhalla du règne animal,  aux côtés des autres légendaires  combattants de la liberté ayant  rendu l’âme sur l’impitoyable  champ d’honneur.

Le prix, en fin de compte, à payer  pour que nous, humains ingrats  que nous sommes, puissions pleinement  jouir de la justice et de  la démocratie. Honte à nous! On  imagine mal en tout cas le courageux  martyr en quelque succulent  plat, surtout pas accompagnant,  séché, les fameuses lentilles, Dieu  nous en préserve et de la voracité  pécuniaire du vendeur de  légumes.

Le porc, laissons cela plutôt aux  tristes infidèles et autres hypercholestérolémiques  en herbe.  Rendons donc hommage aussi, au  passage, à ces champions solaires  de l’Islam qui, contre vents,  marées et défense de sangliers,  ont non sans ardeur réussi à préserver  notre intégrité alimentaire  multiséculaire, à laquelle le peuple  marocain dans toutes ses composantes,  végétariennes comme  carnivores, a toujours affiché son  attachement indéfectible, malgré  la mondialisation pernicieuse et  ses implications ravageuses sur  nos faibles estomacs.

C’est, en effet, d’un autre côté,  un mode de vie ancré dans nos  coutumes que le perfide sanglier  menaçait éhontément, en s’attaquant  d’autant plus, sans crier  gare, à cette citadelle spirituelle  de notre Royaume millénaire  qu’est Fès, dans un complot évidemment  vicieux visant au grand  jour à nous imposer, contre notre  gré, une culture incompatible avec  notre être authentique. Heureusement!  C’est toujours, comme  disait cet illustre inconnu, un  peloton de soldats qui, au dernier  moment, sauve la civilisation.

Avec ce geste épique en tout cas,  digne d’une saga moderne, nous  prouvons à tous encore, surtout  contempteurs nihilistes de la tradition  et de l’exception marocaine,  que nous saurons tous résister,  en faisant toujours preuve de foi  inébranlable et de volonté tenace,  dans une unité éloquente que  d’aucuns de par le monde voudraient  s’ils le pouvaient sournoisement  nous voler.

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