• mardi 23 septembre 2014

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HER Un film de Spike Jonze

MAROC HEBDO INTERNATIONAL N° 1064 - du 21 au 27 mars 2014

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Comédie romantique atypique et conte moderne sur la solitude, HER est le quatrième film de Spike Jonze, à l’origine vidéaste, gros clipeur et réalisateur de pub reconnu mondialement. A la manière de Wes Anderson, il s’est inscrit dès ses débuts dans le mouvement du cinéma indépendant américain. HER ne déroge donc pas à cette règle qu’il s’est lui-même imposée, et il signe ici son meilleur film.

par Talal Selhami

Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

Quand la comédie romantique se retrouve au croisement du film d’anticipation, c’est une première. Spike Jonze nous décrit un univers inédit au cinéma, qui est pourtant terriblement proche du monde tel qu’on le connaît. Un univers où l’informatique se retrouve au cœur de notre quotidien, où les Hommes sont suspendus constamment et partout à leurs mobiles, consultent leurs emails et l’actualité à tout bout de champ. Un monde où il est tout à fait crédible qu’un homme puisse tomber amoureux d’une machine à l’intelligence artificielle extrêmement sophistiquée.
C’est dans un premier temps ce qui marche le mieux dans le nouveau film de Spike Jonze. A travers la description de ce futur palpable, l’identification du spectateur vis-à-vis de Theodore, le héros de HER, s’opère avec une vraie facilité et un brin de ludisme. Dans ce sens, le spectateur s’amuse constamment à déceler son propre avenir, et le film fonctionne donc tel un reflet pertinent et efficace de notre propre existence.
Un futur propre et épuré à l’esthétique séduisante, une sorte d’Apple Store à échelle humaine, mais qui résonne comme une coquille vide, mettant en avant l’individualisme et la solitude de chacun.

Déshumanisation
C’est là qu’il s’avère que l’intention de Jonze de placer une histoire d’amour dans un contexte si particulier n’est finalement pas si saugrenue qu’elle peut paraître.
On pense par exemple à Wall-E, d’Andrew Stanton (2009), énième chef d’œuvre des Studios Pixar, qui, tout comme HER, nous décrivait une histoire d’amour inattendue et touchante, dans un cadre de déshumanisation.
Une fois convaincu de la vraisemblance d’un tel contexte, le spectateur se laisse donc emporter par les aventures et les malheurs du pauvre Theodore Twombly, personnage introverti, qui, comme tout un chacun, vit une vraie déception amoureuse. Désespéré, Twombly va donc se tourner vers un compagnon artificiel, un programme évolutif qui va découvrir l’amour en même temps que notre héros va connaître une véritable renaissance. Un amour qui n’a finalement rien d’artificiel…

Droit dans le cœur
Joaquim Phoenix livre une prestation hors du commun, qui participe largement à la crédibilité d’une telle situation. Le comédien se retrouve ainsi seul, à discuter avec une oreillette, ou un téléphone et pourtant on se laisse convaincre. C’est donc grâce à lui que la magie du Cinéma opère. L’autre aspect encore plus surprenant vient de Scarlett Johansson, qui joue la voix du système. La sensualité et les différentes intonations employées par la comédienne sont tout aussi convaincantes, à tel point qu’on se retrouve nous-mêmes à tomber sous le charme de cette machine. Un point de vue certes masculin sur l’amour idéal, mais qui ne manque pas de contraste, parvenant ainsi à s’adresser à tous les spectateurs. On comprend ainsi la volonté de l’Académie des Oscars de récompenser Spike Jonze pour son scénario. Jonze réussit à frapper juste, car il place son expérience personnelle au centre de ses sujets.
Le mal-être et le désir de devenir quelqu’un d’autre, Dans la Peau de John Malkovich (1999), les tourments de la création avec Adaptations (2002), la fragilité du monde des adultes à travers un conte pour enfants avec Max et les Maximonstres (2009).
Spike Jonze est un cinéaste rare, qui avec quatre films en quinze ans, parvient à chaque fois à mêler finesse de ses propos et fantaisie. Dans HER, sa mise en scène, bien que “artie” dans sa forme, ne déborde jamais dans la complaisance et la surenchère visuelle, elle est délicate et charnelle, un vrai paradoxe en soi, pour une histoire d’amour virtuelle. En somme, Jonze nous présente un film qui frappe droit dans le cœur de son spectateur. Certainement la plus belle histoire d’amour qui nous ait été contée ces dix dernières années.

Mis à jour ( Vendredi, 28 Mars 2014 11:23 )