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Les prix des moutons flambent

La Date de Sortie : Du 20 au 26 novembre 2009

Numéro : 862
Titre de l‘édition :Aminatou Haïdar La femme qui défi e le Maroc

•Le Maroc célèbre Aid Al Adha, le samedi 28 novembre 2009
Les prix des moutons flambent

Au Maroc, le 28 novembre est le jour du sacrifice du mouton pour l’Aid Al Adha. Une journée qui engage des milliers de familles dans des tracas pécuniaires.

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2.800 dirhams pour pour un sardi de 50 kilos, c’est le basique de la fête.

Le record du mouton le plus cher a été battu dans le souk de Bernoussi à Casablanca. 5600 dirhams. Autant acheter un veau de lait. Mais, la tradition veut que ce soit un agneau. Ce qui n’est jamais le cas quand on va au marché au bétail: pas question d’acheter un cache-col comme dans la blague, mais une vraie bête, avec cornes tournées au moins une fois, et sardi de préférence. Le sardi étant le plus prisé des moutons. Laine coupée à ras, yeux noirs, museau noir. Haut sur pattes et longiligne, il est d’ailleurs le plus cher du marché. On en trouve des sardis à 2.000 dirhams et même moins, mais ils sont encore petits.
Il y a aussi le badri, au visage légèrement roux et la laine assez touffue, le jebli, très maigre et court sur pattes et le darii, à la laine noire. Chacun trouve mouton à son aïd, et pour les différentes races, cette année, les prix flambent.
Pour les spécialistes, «les prix sont fixés par rapport à l’année dernière. Et comme on a vendu des moutons de 50 kilos à plus de 2.500 dirhams l’année dernière, aujourd’hui, il faut payer au moins 2.800 dirhams pour le même produit». Ceci pour le standard. 50 kilos de viande, c’est le basique de la fête. Et comme cette journée est empreinte d’une religiosité toute ostentatoire, il faut impérativement acheter un mouton plus gros et plus grand et plus graisseux que le voisin. Résultat: le surveillant général du collège Ibn Abdoun, à Hay Mohamadi, qui touche 2.000 dirhams comme salaire, contracte un crédit à la banque pour ramener le mouton de 3.500 dirhams, presque deux mois de travail. «Je suis obligé, j’ai des enfants et ma femme exige un gros mouton sardi». Le surveillant général rembourse 320 dirhams par mois à la banque et quand arrive l’autre fête en 2010, il aura presque fini de rembourser la viande de 2009 et rebelote pour 11 mois de prélèvements. C’est un cycle, entré dans les moeurs et qui ne gêne personne.

Bouffe
Les riches voyagent le jour de l’Aïd, les moins aisés s’accrochent au rite et au sang qui est son corollaire comme une catharsis. D’autant plus que l’attachement au sacrifice est individuel au Maroc alors qu’ailleurs il a toujours été collectif: on égorge une bête, une vache par exemple, comme c’est la coutume en Egypte, et on distribue des morceaux de viande aux pauvres. Pour un anthropologue, ceci revêt d’autres signifiances sur l’excès dans le sacré, l’extase par le ventre et d’autres théories qui expliquent les origines païennes des fêtes liées au sang et au sacrifice.
Sur un autre plan, l’Aïd Al Adha demeure l’unique fête visible dans ces manifestations les plus criantes. Le jour du sacrifice, les bouchers et apprentis bouchers sillonnent les ruelles, les têtes de mouton grillent sur le feu en plein boulevard, des mares de sang descendent le long du caniveau, et les rues deviennent un exutoire pour se libérer autour du feu, de la fumée et du sang.