• Jeudi 25 Février 2012

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Maroc Hebdo fête ses vingt ans
Vingt ans déjà; quelques morsures du temps qui passe et de la pratique professionnelle au jour le jour. Mais pas une ride. Vingt printemps, c’est généralement la tranche d’âge d’une génération pour les démographes; et pour des poètes chanteurs qui disaient: «Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître». Avec ceux-là aussi, tout autant qu’avec leurs aînés, nous voulons marquer une date qui compte dans le parcours de notre publication. Avec le numéro que vous avez entre les mains, Maroc Hebdo International (MHI) a bouclé ses vingt années d’existence. Ses vingt premières années d’existence. Et le meilleur est toujours l’avenant.

Neuf cent cinquante-trois éditions, sans compter les semaines bissextiles, et on remet ça sur le métier. À chaque numéro suffit sa peine, quelle que soit l’information disponible ou indisponible; de première importance ou d’une banalité désespérément linéaire. Il fallait faire avec. Il fallait chercher, imaginer, et trouver le moyen d’intéresser le lecteur. Grandeur et misère de la profession.
Nous nous y sommes astreints, autant que nous pouvions, sans auto-encensement, mais avec toutes les difficultés, librement consenties, que cela représente. La solidité d’une publication, dit-on, se mesure à sa longévité. Il y a du vrai dans ce dicton qui se murmure comme un axiome dans le milieu de la presse. Mais ce n’est pas suffisant.
Encore faut-il mériter d’exister à chaque affichage dans les présentoirs des kiosques.

Lorsque le premier numéro est paru, le 25 novembre 1991, on ne donnait pas cher de sa continuité, encore moins de son espérance de vie. Tout au plus quelques parutions éphémères et puis s’en va. Complication supplémentaire et ostensiblement annoncée, MHI se voulait un journal indépendant, et des structures de l’État et des tentacules du gouvernement et des émanations de la finance. Nous y reviendrons. Mais, d’ores et déjà, la couleur annoncée avait des allures de prétention intenable. Du coup, toutes les questions plus ou moins objectives et les suspicions les plus malveillantes étaient lancées à tour de bras. Comme d’habitude, la première d’entre elles concerne le nerf de la guerre.

Qui finance ce journal? Qui en est le soutien tiroir-caisse? Qui en est l’invisible répondant en droit de tirage et de dépassements banquiers? La réponse, toute simple, paraissait elle-même suspecte. Il n’y a pas eu de tour de table de financiers potentiels, comme c’est devenu de coutume, après. Il n’y a pas eu non plus une quelconque sollicitation d’autorisation auprès des acteurs politiques de telle ou telle tendance dominante ou marginale pour écrire plutôt dans ce sens que dans un autre. L’un dans l’autre, cela faisait trop pour être crédible, comme ça, a priori.
Et pourtant, côté matériel, il suffisait de faire un tour dans les lieux pour s’en convaincre de visu. En guise de siège, un vieux pied-à-terre qui remonte au débarquement américain de la Seconde Guerre mondiale; deux petits ordinateurs à la bosse dromadairienne et à écran infinitésimal; quelques chaises chancelantes derrière des tables improbables. Il faut y ajouter une table en verre pour le montage, paires de ciseaux et rouleaux de scotch à l’appui; ainsi qu’une chambre noire pour filmer le produit monté, articles et photos compris. Sans oublier une installation électrique d’un autre âge, souvent en rupture de ban, de préférence le jour du bouclage. C’était cela l’ameublement et l’équipement de Maroc Hebdo. Sans plus. C’était le temps de la photocomposition. Un âge intermédiaire entre l’imprimerie à chaud de la lino-typographie et la grande révolution informatique.

C’est dans cet intermède technologique que je suis venu à Maroc Hebdo. Parallèlement à ma formation d’origine d’enseignant, j’avais fait mes premières classes de journaliste dans la presse syndicale, à L’Avant-garde, organe de l’Union marocaine du travail (UMT), dans les années 1979, 80 et 81.
Expérience fructuante qui a pris fin avec les émeutes du 20 juin 1981 et la politique liberticide qui s’en est suivie. Puis plus rien, jusqu’à l’apparition de Maroc Hebdo, que j’ai rejoint dès ses premières parutions. J’ai découvert un petit noyau affairé autour d’un matériel rudimentaire et de moyens à peine viables à la petite semaine, animés par un personnage central.

Il répondait, et il répond toujours, au nom de Mohamed Selhami. Un ancien prof. de gym, à la stature imposante, converti à la presse, lauréat de l’École supérieure de Journalisme de Paris, et de l’Institut français de Presse (IFP), collaborateur de Radio France International (RFI) et du quotidien sportif L’Équipe, avant de rejoindre la rédaction de Jeune Afrique pendant une vingtaine d’années.
Un cursus qui en dit long sur le parcours professionnel du fondateur de Maroc Hebdo International. Bref, un homme du métier, aux antipodes des parachutages téléguidés et des “investisseurs” de tout acabit.
Ce self-made-man a poussé l’audace encore plus loin. Il a voulu que son hebdomadaire soit réellement indépendant; qu’il ne pas soit une caisse de résonance, ni partisane ni officielle; mais juste un support d’information, autant que faire se peut, vérifiée et librement commentée. Une véritable gageure.

À part L’Économiste, paru simultanément, en tant qu’hebdomadaire dans son registre particulier, MHI faisait figure de pionnier en tant que publication généraliste et indépendante. Un drôle d’oiseau dans un paysage médiatique où l’on n’était identifiable et reconnaissable qu’à son plumage partisan ou son ramage officieux.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la ligne éditoriale n’avait d’égale que son absence. On n’écrivait; on n’analysait et on ne commentait que ce qui nous semblait de bon sens dans la plus commune des acceptions et la plus simple des compréhensions.

Ce n’est pas ce fameux centrisme, mariné à toutes les sauces; à dosage d’épices variable; qualifié, à juste titre, de “danse du centre”. C’est tout le choix d’un fil aussi raide que difficilement tenable entre ceux qui voudraient bien que le répercutage et le commentaire de nos écrits soient plutôt favorables d’un côté que d’un autre. Aussi pénible soit-il à longueur de semaine, ce choix a été le nôtre. Nous l’assumons et nous le réaffirmons. Particulièrement, dans la période pré-électorale actuelle.

Cette caractéristique a été un élément constitutif et essentiel de notre identité. Au début, elle ne nous a pas valu que des amis. Mais, chemin faisant et assiduité aidant, on a fini par nous prendre pour ce que nous sommes, un journal indépendant, politiquement et financièrement. À telle enseigne qu’il ne serait pas prétentieux de dire qu’on a été, sur ce registre, une école, sur le tas, de formation, de perfectionnement et de promotion.

Dans ce Maroc Hebdo école et rampe de lancement, des journalistes en herbe, des plumes confirmées; des reconvertis à la presse écrite et des postulants à d’autres métiers de la même profession, ont trouvé un espace de mise à l’épreuve et d’expression sans autre contrainte que la rigueur professionnelle. Du haut de ses vingt piges, âge de jeunesse mature et de maturité consommée, Maroc Hebdo International vous remercie de votre fidélité et vous fait la promesse de la continuité.


Mis à jour ( Lundi, 06 Février 2012 16:48 )
 

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