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Incertitudes autour de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO

Le « oui mais » d’Abuja

La décision d’élargir la CEDEAO au Maroc est pour l’instant repoussée, le temps qu’une étude approfondie de ses implications soit réalisée.

Le Maroc devra attendre pour devenir membre de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Prévue normalement à l’occasion de la cinquante-deuxième session ordinaire de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation qui vient de se tenir ce 16 décembre 2017 à Abuja capitale du Nigéria, son adhésion a, pour l’instant, été repoussée. «Pour ce qui est de l’adhésion à part entière du Maroc à la CEDEAO, de la Tunisie en qualité d’observateur et de la Mauritanie comme membre associé, le sommet a mis en place un comité composé des présidents togolais, ivoirien, ghanéen, guinéen et nigérian pour adopter les termes de références et superviser l’étude approfondie des implications de cette adhésion,» détaille le communiqué final de la session. À Rabat, on garde confiance quant à ce que ledit comité réponde par la positive à la demande du Royaume.

Perspective stratégique
«On s’oriente vers un sommet extraordinaire en début d’année prochaine, exclusivement consacré à la question,» annonce même un responsable marocain cité par l’Agence France-Presse. La perspective stratégique serait la même, selon lui. «La formalisation juridique de l’adhésion ouvrira la voie à une discussion technique,» explique-t-il. Ce n’est cependant pas le même son de cloche ailleurs. «Le ton a changé par rapport à Monrovia. Il n’y a plus la même verve,» a réagi, au micro de Radio France internationale (RFI), un ministre d’un pays membre de la CEDEAO, en faisant référence au précédent sommet de l’organisation, qui s’était tenu en juin 2017 dans la capitale du Liberia et lors duquel les quinze chefs d’État et de gouvernement concernés avaient unanimement donné leur accord de principe pour que le Maroc les rejoigne dès leur conférence suivante (prévue initialement à Lomé avant donc d’être déplacée à Abuja). «Oui sur le principe. Mais il fallait notamment faire évoluer le traité fondateur de la CEDEAO. Cette adaptation aurait dû avoir lieu avant Abuja mais ça n’a pas été fait», déclare le ministre. Il faut dire que le texte auquel fait référence ledit ministre, qui remonte au 28 mai 1975 -le traité de Lagos- et qui avait été révisé en juillet 1993 à Cotonou, exclut de fait le Maroc, du fait qu’au regard du découpage du continent tel qu’adopté en 1976 par l’Organisation de l’unité africaine (OUA) -ancêtre de l’Union africaine (UA)-, le Royaume n’est pas à proprement parler ouest-africain (il appartient, selon ce découpage, à l’Afrique du Nord). Ce point avait d’ailleurs été soulevé, dès que le Maroc avait fait sa demande d’adhésion le 24 février dernier, par Marcel Alain de Souza, qui vient de céder à Abuja la présidence de la commission de la CEDEAO au ministre de l’Industrie et des Mines ivoirien, Jean-Claude Brou.

L’unité de l’Afrique
En réalité, cette question du découpage n’a jamais vraiment posé problème. Une étude d’impact, bouclée en octobre dernier par la commission de la CEDEAO, voit même dans l’adhésion du Maroc une étape décisive dans le sens de la réalisation de l’unité de l’Afrique, du moment que les communautés économiques régionales doivent y conduire. «J’imagine qu’il n’y a pas un pays africain plus à l’ouest que le Maroc. Le nom arabe ancien du Maroc c’est «Al-Maghrib Al-Aqsa», c’est-à-dire le pays de l’extrême ouest. Qui est plus à l’ouest entre le Maroc et le Niger? Et puis si nous poursuivons dans cette logique, comment un pays plus au sud que le Nigeria peut-il adhérer alors que le Maroc qui est à l’ouest n’y adhère pas?», déclarait pour sa part, le 8 juin dernier à Rabat, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita à l’occasion de la célébration de la journée de l’Afrique.

L’appréhension qu’il y a plutôt à voir avec des intérêts économiques purs. Il faut dire que si le Maroc venait à adhérer, il serait de fait la deuxième économie de la CEDEAO, seulement derrière le Nigéria, et s’accaparerait 15% du produit intérieur brut (PIB) de la zone. De quoi menacer les intérêts de certains pays, alors que même s’il n’est pas membre, le Royaume est déjà le premier investisseur africain dans la région, avec des stocks d’investissement directs qui s’élevaient en 2014 à 976 millions de dollars et avaient quasiment doublé par rapport au début de la décennie (492 millions de dollars en 2010).
En effet, l’adhésion à la CEDEAO implique une complète libéralisation de la circulation des capitaux, au titre des protocoles d’accord signés dans ce sens, vers et depuis les pays de la communauté, et pourrait accentuer la domination du Maroc dans certains secteurs comme les services (finances et télécommunications notamment).

Sécurité et stabilité
Les patronats ivoirien, ghanéen, sénégalais et surtout nigérian -soit ceux des quatre premières puissances économiques de la communauté- ont particulièrement donné de la voix ces derniers mois pour s’opposer à l’adhésion du Royaume. Le président sénégalais Macky Sall, qui avait été publiquement pris à partie, lors du dernier conseil présidentiel sur l’investissement (CPI) sénégalais le 20 novembre 2017 à Dakar, par la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), aurait été selon Le Quotidien un de ceux qui auraient demandé «avec ferveur» qu’on laisse les techniciens faire leur travail. «Il se disait qu’il était avec Alassane Dramane Ouattara, l’un des plus fervents partisans de l’entrée du Maroc», rappelle pourtant la publication dakaroise. D’après certains responsables de la région, les hésitations des États augmenteraient en même temps que les réactions des milieux d’affaires des différents pays. «Ces difficultés ralentissent le processus», déclare notamment un diplomate, cité par RFI.

Comment s’annonce donc la suite? Dans son étude d’octobre dernier, la commission de la CEDEAO estime que l’élargissement de la communauté au Maroc saura apporter une vraie valeur ajoutée à cette dernière. Du point de vue de la politique, de la paix et de la sécurité, les capacités militaires, d’équipements et les capacités économiques du Royaume seraient d’après ladite étude un atout important aux efforts régionaux de paix, de sécurité et de stabilité (ce alors qu’il est déjà intervenu dans ce sens en Côte d’Ivoire d’avril 2004 à juillet 2007, au Mali en janvier 2013 ou encore en Guinée-Bissau en mai 2015).

Par ailleurs, l’attractivité des investissements de la CEDEAO pourrait également s’accroître. Ceci dit, une analyse exhaustive des implications en termes de recettes pour chaque pays de la communauté doit encore être faite. La commission de la CEDEAO appelle également, d’autre part, à un examen minutieux des implications par secteur. Sur ce point, le Maroc s’engagerait, d’après l’hebdomadaire français Jeune Afrique, qui cite une source diplomatique, à laisser les pays membres librement accéder, et ce sans réciprocité automatique, à son marché; un peu à l’exemple de l’accord d’association du 26 février 1996 entre le Royaume et l’Union européenne (UE). La CEDEAO pourrait même prendre, dans ce sens, le temps «qu[’elle] souhaite».

Mise à niveau
En outre, ajoute la même source, le Maroc serait prêt à participer à la réalisation des grands projets identifiés par la communauté, à la mise à niveau de l’agriculture et à la co-localisation dans l’industrie. Rappelons que le lendemain de ses entretiens avec M. Bourita à Rabat, M. de Souza avait révélé à l’agence d’information économique africaine Ecofin, en citant une lettre que lui avait adressée le roi Mohammed VI, que le Royaume était par ailleurs disposé à adopter la future monnaie unique de la CEDEAO quand celle-ci viendra au jour (on l’annonce notamment pour 2020). Cela suffira-t-il cependant à décider les pays de la communauté à compter un seizième pays parmi eux?.

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