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Il était une fois Benkirane

Wissam El Bouzdaini

LE CHEF DE GOUVERNEMENT SORTANT À LA PORTE DE LA RETRAITE POLITIQUE

Il va falloir s’y habituer: Abdelilah  Benkirane chef de gouvernement,  ce ne devrait plus être  qu’un lointain souvenir. Au  lendemain de son retour de sa  tournée en Afrique, le roi Mohammed  VI a mis fin à son mandat de chef de  gouvernement désigné. Benkirane  reste pour l’instant en charge des  affaires courantes, mais plus pour  longtemps a priori. Au demeurant, il  s’est auto exclu de toute participation  future à la vie politique en tant  que responsable.

L’air de la retraite souffle, pour ainsi  dire, sur le quartier des Orangers  dans la capitale, Rabat, où lui et le  Parti de la justice et du développement  (PJD), dont il est le secrétaire  général, ont élu domicile depuis un  certain temps: du rythme effréné  des grand-messes à l’ordinaire de  la vie normale, il n’y a souvent qu’un  pas. La musique politique est impitoyable.

Il y a sans doute beaucoup à dire et à  redire en repassant le fil des années  Benkirane. D’abord, ce spectacle  permanent qu’il a été. En cinq ans  voire plus de mandature, nous avons  pour le moins été servis. Aux habitants  de la ville de Tétouan, auprès  desquels il faisait campagne en 2015  à la veille des élections communales  et régionales, il avait affirmé être,  mi-blagueur mi-sérieux, le premier  et le dernier chef de gouvernement  à faire rire les Marocains; et il  avait sans doute, dans une certaine  mesure, raison.

Ses détracteurs pourfendront, au  contraire, un populisme de mauvais  aloi, et eux aussi ne rateraient pas  vraiment le coche. Benkirane se  trouvait en fait, en y repensant, à la  confluence des genres: le mélange,  pour explosif qu’il soit, avait l’avantage  de séduire. Aux dernières nouvelles,  le PJD dispose de plus d’un  quart des sièges de la chambre des  représentants, chambre basse du  parlement, contrôle plus de 20 villes  et dirige deux régions. Et cela, il le  doit sans doute pour une grande  partie à son secrétaire général.

Il y aussi le Benkirane téméraire  qu’on ne peut éluder: de sa saillie  à l’encontre des “crocodiles” et  des “démons” qui l’empêcheraient  d’accomplir sa mission en passant  par son allusion à l’existence d’un  présumé “Etat parallèle” dont le  contrôle échapperait même au Roi,  il a exaspéré jusqu’en plus haut lieu.  En prélude aux élections législatives  d’octobre 2016, il a même imposé  un vocable, autour duquel les autres  partis ont tous fini par battre leur  campagne: le tahakkom, à savoir  la mainmise sur le jeu politique. Le  secrétaire général du Parti du progrès  et du socialisme (PPS), Mohamed  Nabil Benabdallah, sera sévèrement  repris par le Cabinet royal  pour l’avoir utilisé dans une interview,  et entre les lignes, on retrouvera  immanquablement un rappel  à l’ordre du propre Benkirane. Le  chef du gouvernement sortant avait  vraisemblablement (déjà) fait son  temps.

Ce qu’on ne peut toutefois reprocher  à Benkirane, c’est d’être resté  fidèle à lui-même. Sur bien des  points, il a, certes, courbé l’échine:  sur le plan de la lutte contre la corruption,  il avoue même, début 2016  à la chambre des représentants,  avoir échoué. Mais pouvait-il vraiment  autre chose? Vaste question  que les historiens devront trancher.  Si jamais Benkirane restait finalement  d’actualité.

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