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Hypocrisies sociales

Driss Fahli

Driss Fahli

Si le ministre de la  justice est connu  pour son intégrité,  il est aussi connu  pour son conservatisme  religieux. Une douzaine  d’années plus tôt, au désespoir  de Abdelilah Benkirane, son  compagnon dans les chemins  du Seigneur et les sinusoïdes  de la politique politicienne,  laissait entendre que le PJD  pourrait appliquer la charia s’il  accédait au pouvoir. Depuis,  l’eau a coulé sous les ponts et  a lignifié les idées sans abandonner  pour autant ce qui  constitue aux yeux des PJDistes  les fondamentaux de rigorisme  religieux.
Le roseau plie sous l’injonction  monarchique mais n’oublie  pas de faire glisser, à petites  doses, dans les réformes et les  lois, les limitations religieuses  et rigoristes qui constituent le  fonds de commerce du parti et  le fondement de la société pour  sa frange de population.
Ainsi, la réforme du code pénal  n’échappe pas à la règle. Le  ministre de la justice et des  libertés a fermement tracé les  lignes rouges avant même le  premier balbutiement d’une  éventuelle discussion: Les  fondamentaux de l’Islam, vus  par le PJD, ne feraient l’objet  d’aucune discussion. Ils sont  qualifiés par le ministre «d’esprit  de la société», c’est à dire  un esprit cultivé chez tout un  chacun, dans lequel on a planté,  de préférence, l’esprit PJD. Pour  tirer encore un enseignement  religieux, les sages bouddhistes,  tout infidèles qu’ils sont, savent  que l’esprit est une puissance  instable et difficile à maîtriser.  Selon Bouddha, il court où il  veut et il est bon de le dompter.  Il dit aussi que l’esprit dompté  assure le bonheur, mais il ne  dit pas de qui. Entre Bouddha  et le ministre de la justice il y a  un océan de sagesse et ce n’est  peut-être pas du même esprit  qu’il s’agit. L’esprit serait donc  comme un couteau suisse, il sert  à tout et ne mène à rien (Talleyrand  modifié).
Réforme du code pénal ou pas,  toutes les limitations de libertés  sur lesquelles la société civile  a toujours poussé des cris ne  risquent pas de changer. Une  relation sexuelle hors-mariage,  ou, pire, un baiser de votre dulcinée  sur la voie publique vous  envoie directement en prison.  L’article 222 du code pénal sur la rupture du jeûne en public  changera peut-être de numéro  mais gardera jalousement son  texte punitif.
La nouveauté, c’est les mots  à consonance religieuse et  politique qui viennent faire  leur intrusion dans le texte  juridique. Ça veut dire quoi,  «ébranler l’allégeance des  citoyens à l’État et aux institutions?  ». Dans un système où  les juges eux-mêmes réclament  l’indépendance de la justice,  cela veut dire qu’une «justice  au service de» pourra décider,  à la tête de l’accusé, si l’allégeance  a été ébranlée ou juste  caressée.
La religion est promue au  rang du sacré et quiconque  «insulte», «moque» ou «caricature  » une religion ou ses  apôtres aura affaire à la justice  des hommes de Ramid sur  terre avant celle de Dieu dans  l’Au-delà. La double peine  dans ce cas n’est pas reconnue.  Que veut dire «moquer une  religion?». Dans un différend  bagarreur, le premier qui dit  à l’autre «n’âal dine oumouk»  (que la religion de ta mère soit  maudite) prendra un an à cinq  ans de prisons.
Les esprits qui attendait la  liberté du culte peuvent aller se  rhabiller, c’est pour une autre  génération et encore…

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