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Horst Köhler à Rabat après Nouakchott et Alger

Une tournée dans la région pour rien

Si Horst Köhler, envoyé personnel envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU au Sahara, reste dans les clous de son mandat, il peut espérer donner un nouvel élan à ce dossier.

Après Alger et Nouakchott, Horst Köhler, Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est entretenu à Rabat, mercredi 27 juin 2018, avec le ministre des Affaires étrangères et de Coopération. Il devait poursuivre sa visite dans le Royaume en se rendant dans les provinces sahariennes (Laâyoune, Smara et Dakhla). Il va boucler enfin sa tournée dans la région en se rendant à Tindouf pour y rencontrer les responsables du mouvement séparatiste.

C’est la deuxième fois que cet émissaire onusien effectue un tel déplacement, le premier ayant lieu à la mi-octobre 2017, quelques semaines après sa nomination officielle. Sur quoi travaille-t-il? Et qu’a-t-il en tête? Dès le départ, il s’était déclaré «optimiste» tout en précisant au passage qu’il n’était pas «magicien». En tout cas, il a multiplié par la suite les déclarations sur la nécessité d’une «dynamique nouvelle » pour «aller de l’avant». Mais comment?

Facilitateur de dialogue
Plusieurs questions de principe se posent à cet égard. La première d’entre elles est relative à ce que l’on pourrait appeler la nature et la portée du cadre négociatoire. Le mandat de Horst Köhler a été strictement défini par le Conseil de sécurité tant dans la résolution 2351 d’avril 2017 que dans celle 2414 qui a suivi un an plus tard. Il n’est pas médiateur ni arbitre mais un facilitateur de dialogue et de négociation. Une fonction de «bons offices». L’autre précision à faire, c’est que les parties concernées ne sont pas nommément citées. Il n’est fait aucune mention dans tous les textes de l’ONU d’une quelconque référence à la prétendue «RASD», laquelle n’est d’ailleurs pas reconnue par l’Organisation mondiale ni par les organisations régionales, exception faite de l’UA. Si le mouvement séparatiste du Polisario est bien mentionné dans les textes résolutions du Conseil de sécurité et dans les rapports du Secrétaire général de l’ONU, c’est pour demander à ce mouvement séparatiste de respecter le cessez-le-feu et pour exprimer sa préoccupation quant à ses incursions et ses provocations dans la zone tampon, à l’Est du mur de défense.

Recadrage royal
Sur cette question des parties devant négocier, le Maroc a, à maintes fois, tenu à recadrer les données et à impliquer les «acteurs réels», à savoir l’Algérie. Dans sa lettre à Antonio Guterres, le 5 avril 2018, S.M Mohammed VI avait, en des termes forts, incriminé l’Algérie qui abrite, loge, aide et mobilise sa diplomatie au service du mouvement séparatiste. C’est là une position constante de Rabat depuis plus de quatre décennies qui dénonce les desseins du pays voisin, qui s’échine à tromper la communauté internationale. D’un côté, il proclame à l’envi qu’il n’est pas une partie intéressée et que la question du Sahara marocain relève de la compétence des Nations Unies saisies; de l’autre, dans les faits il est le maître d’oeuvre de déploiement du Polisario, qui n’est que le porte-voix et le faux nez d’une diplomatie algérienne aux visées hégémonistes dans la région et qui instrumentalise ce dossier à des fins d’hostilité à l’endroit du Maroc.

Or, la procédure suivie depuis janvier jusqu’à avril 2018 par Horst Köhler nourrit de fortes interrogations parce qu’elle s’inscrit dans un schéma qui ajoute de l’ambiguïté à un dossier déjà complexe. Il s’est ainsi distingué en élargissant ses contacts dans plusieurs directions sans que ce déploiement s’inscrive dans le strict périmètre qui lui était assigné. Il s’est déplacé à Addis-Abeba pour contacter le président de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, puis le président algérien du Conseil de Paix et de Sécurité, Smaïl Chergui, tout en veillant soigneusement à éviter le président en exercice de l’UA, le Rwandais Paul Kagamé. Il s’est rendu ensuite à Bruxelles pour y rencontrer la responsable de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini. Il a eu aussi d’autres contacts (Moscou, Paris,…).

Mais le plus singulier, c’est qu’il se soit rendu aussi à Stockholm pour s’entretenir avec la ministre des Affaires étrangères de ce pays, connu pour son soutien au mouvement séparatistes. Le but poursuivi à travers ces déplacements était de peser sur le processus de règlement et d’obtenir que tous ces interlocuteurs –en Afrique et en Europe– pratiquement voix au chapitre au côté du Conseil de sécurité. Dans ces conditions, l’Envoyé personnel de l’ONU prenait quelque liberté avec son mandat originaire. Il a en effet évolué dans un champ différent, bien éloigné par ailleurs du recadrage fait par le Souverain dans son discours de la Marche Verte, le 6 novembre 2017, à savoir les quatre principes suivants: respect de la souveraineté du Maroc; définition d’un processus impliquant la pleine responsabilité des parties, la compétence exclusive du Conseil de sécurité; enfin, le refus de tout dépassement et de toute tentative de nature à porter atteinte aux droits légitimes du Maroc.

La résolution 2414 du Conseil de sécurité du 27 avril apporte des éléments nouveaux par rapport aux précédentes. La première porte sur la réduction du mandat de la Minurso à six mois alors que ce délai était d’ordinaire d’un an depuis le départ en 1992. Un tel agenda seulement semestriel a été décidé pour plusieurs considérations: la lassitude de la communauté internationale depuis plus de quatre décennies, la volonté donc d’en finir et de dégager une solution dans les meilleurs délais, la priorisation de ce dossier et la volonté d’impliquer le Conseil de sécurité. Le texte va encore plus loin en demandant «aux États voisins d’apporter une contribution importante au processus politique» et aussi de «s’engager plus avant dans les négociation». Cette résolution ne pouvait pas dire plus pour incriminer l’Algérie et la mettre devant ses responsabilités devant la communauté internationale.

Responsabilités algériennes
Par contraste, pourrait-on dire, la même résolution se félicite «des efforts sérieux et crédibles faits par le Maroc pour aller de l’avant vers un règlement» tel que cela a été établi depuis onze ans par la proposition marocaine de date du 11 avril 2007 présentée au Secrétaire général et qualifiée depuis par le Conseil de sécurité de «crédible, sérieuse et réaliste». Avec le concours de la Minurso, chargée de la surveillance du cessez-le-feu, tout doit être fait pour que le statut juridique et historique à l’Est du dispositif du mur de défense soit garanti et préservé; de même, tous les agissements des séparatistes doivent cesser. D’un autre côté, tout processus de règlement doit se fonder sur la prééminence de la proposition marocaine d’autonomie. Enfin, il importe que l’Algérie assume aussi ses responsabilités et ses engagements liés au statut et à la protection des quelques 40.000 réfugiés qu’elle s’obstine à ne pas recenser dans le cadre de la mission du HCR.

Gestes de bonne volonté
Aujourd’hui, deux agendas se déploient sur le dossier de la cause nationale. Celui intéressant l’Envoyé personnel de l’ONU se voit pratiquement accompagné –sinon doublé?– par celui lié au président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat. Sur la base de la résolution 653 de l’UA en date de juillet 2017, il doit faire un «rapport détaillé» sur la question nationale. Ce texte l’invite à faire des propositions sur «les mesures et initiatives» qu’il «prendra, seul ou en partenariat, avec les Nations Unies sur la question du Sahara».

Reçu à Rabat par S.M le Roi, le 5 juin 2018, il s’est ensuite rendu à Alger où il a eu des entretiens avec les responsables de ce pays. Dans les tout prochains jours, lors du 31ème sommet de l’UA, à Nouakchott, il doit donc remettre sa copie. Une chose est sûre en tout cas: le Maroc n’est pas opposé à des consultations et à des actes et gestes de bonne volonté. Mais, dans le même temps, il est exclu que l’UA et son haut représentant pour le Sahara, l’ancien président mozambicain Joaquim Chissano soient parties prenantes dans ce processus de règlement relevant de la seule compétence du Conseil de sécurité.

Si Horst Köhler reste dans les clous de son mandat, il peut espérer donner un nouvel élan à ce dossier; s’il en est autrement, il se retrouvera rapidement dans l’impasse de ses prédécesseurs, qui s’étaient aventurés en dehors de leurs attributions et ce dans des voies aléatoires et finalement contre-productives.

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