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Un homme de dossiers

abdelouafi laftit, nouveau ministre de l’intérieur – ph:DR

Abdelouafi Laftit, nouveau ministre de l’intérieur

À peine nommé, le 5 avril  2017, ministre de l’Intérieur,  M. Abdelouafi Laftit  est déjà sur le pied de  guerre. Le lundi 10 avril 2017, il s’est  réuni dans la ville d’Al Hoceïma, cheflieu  de la province éponyme, avec les  membres des instances élues et les  représentants des services extérieurs  et de la société civile de la province,  en proie à des mouvements de protestation  depuis la mort en octobre  2016 d’un poissonnier broyé par un  camion de ramassage d’ordure. Ses  mots à cette occasion, à en croire  certaines sources locales, auraient  fait mouche, sachant que le ministre  est originaire de la province limitrophe  de Driouch, plus précisément  du village de Tafersit.

Les pieds sur terre
Joint par nos soins, un cadre du  ministère de l’Intérieur, qui connaît  M. Laftit depuis que ce dernier avait  intégré la “mère des ministères” en  2003 en tant que gouverneur de la  province de Fahs-Anjra, se dit “peu  surpris” par la performance orale de  son nouveau supérieur à Al Hoceïma.  “C’est quelqu’un qui sait choisir ses mots et qui, d’autant plus, écoute plus  qu’il ne parle, confie-t-il, admiratif. En  plus, c’est quelqu’un de très bien, poli,  très propre sur lui et à qui le pouvoir  n’est jamais monté à la tête. Il a toujours  su garder les pieds sur terre, ce  qui vient peut-être de son éducation et  du milieu très modeste dans lequel il a  baigné enfant.”

A l’Office d’exploitation des port  (ODEP), où M. Laftit avait, en 1992,  débuté sa carrière au Maroc -après un  diplôme de l’École polytechnique et de  l’École nationale des ponts et chaussées  dans la capitale de la France,  Paris-, on ne tarit également pas  d’éloge sur le natif de Tafersit. “C’est  un gros travailleur, un véritable homme  de dossiers, nous confie un ancien responsable  de l’office. Ce n’est pas sans  raison que Sa Majesté lui a confié des  projets aussi stratégiques que l’aménagement  et la reconversion du port de la  ville de Tanger: il s’attelait très bien à la  tâche, voire plus même.”

M. Laftit n’aurait-il donc aucun défaut?  Ce n’est pas ce qu’on avance du côté  du Parti de la justice et du développement  (PJD), avec qui le nouveau  ministre de l’Intérieur a maille à partir  depuis belle lurette, et pour cause: la  formation islamiste l’accuse de servir  l’agenda d’un présumé Etat profond à  son encontre.

“Un gros travailleur”
“C’est une provocation du peuple  marocain,” nous déclare carrément,  au sujet de la nomination de l’intéressé dans le gouvernement de Saâd Eddine  El Othmani, l’ancien député PJD Abdelaziz  Aftati, qui rappelle l’implication du  ministre dans l’affaire des “serviteurs de  l’Etat” -dont le ministère de l’Intérieur  et celui de l’Economie et des Financesqui  avaient bénéficié à prix modique de  larges lots de terrain sur la très cossue  route des Zaërs dans la capitale, Rabat.  Les médias nationaux en avaient de  longs jours durant fait leurs choux gras  après sa révélation en juillet 2016. “C’est  une atteinte à la loi”, insiste M. Aftati.

Une affaire politique
Dans les milieux autorisés, on met  cependant en cause ce qu’on qualifie de  “démagogie” de parties qui se seraient  saisies de l’affaire pour régler leurs  comptes avec certaines personnalités  dont le nom figurait sur la liste des bénéficiaires,  à savoir notamment M. Laftit,  par lequel le scandale avait commencé.  Le PJD est principalement visé.

“Il s’agit d’une affaire éminemment politique,  nous déclare une source. En 2015,  M. Laftit, qui était alors wali de la région  de Rabat-Salé-Kénitra et gouverneur de  la préfecture de Rabat, avait refusé de  valider le budget du conseil de la ville de  Rabat en raison des nombreuses tares  qu’il comportait: il se trouve que le président  du conseil est membre du PJD, en  l’occurrence Mohamed Sadiki. Le parti y  a automatiquement vu une cabale à son  encontre, alors que je peux vous assurer  que c’était bien loin d’être le cas.”  Une autre source d’ajouter: “L’achat des  terrains des Zaërs s’était fait conformément  à la loi. Il s’agit d’un décret signé  par feu Abdellatif Filali du temps où il  officiait en tant que premier ministre.”  En tout cas, la nomination de M. Laftit  promet d’envenimer les choses avec le  PJD.

D’aucuns y voient un coup qui n’aurait  visé qu’à embarrasser le parti. “C’est  oublier la compétence de M. Laftit,  rétorque l’ancien responsable de l’ODEP  cité plus haut. Si Sa Majesté l’avait désigné  gouverneur de la préfecture de  Rabat, qui est quand même la capitale,  c’est qu’il était prédestiné un jour  à occuper de plus hautes fonctions.  Franchement, je ne vois pas le rapport  entre le présumé conflit avec le PJD et  sa nomination.” D’autres proches du  nouveau ministre de l’Intérieur abondent  également dans le même sens. “Avec  lui, le ministère de l’Intérieur se trouve  entre de bonnes mains”, avance un de  ses anciens collaborateurs.

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