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HISTOIRES BELGES

WISSAM EL BOUZDAINI

Leur racisme et le nôtre

De Bruxelles à Rabat, les enseignements ne manquent pas; encore faut-il savoir les tirer.

Au Maroc et en Belgique, des organisations font polémique en raison de leur activisme visant à donner voix au chapitre à une ou des minorités religieuses des deux pays. Côté marocain, le jeune avocat Jawad Elhamidy se bat depuis plusieurs mois pour monter son association de défense de ces minorités. Au pays de Philippe, un parti qui se fait carrément appeler Islam doit se présenter le 14 octobre 2018 pour ses deuxièmes élections communales et provinciales consécutives. On le voit, les réponses des autorités marocaines et belges diffèrent: d’une part, on interdit à l’association de M. Elhamidy d’exister au prétexte qu’elle atteindrait à l’islam et carrément au régime monarchique; de l’autre, on crie à l’islamisation de la Belgique et, partant, de l’Europe, mais aux dernières nouvelles Islam a toujours pignon sur rue.

L’opinion publique marocaine, ou pour le dire autrement l’épicier du coin -c’est souvent plus précis que les sondages de certains cabinets, soit dit en passant-, donne également des avis divergents selon qu’elle est questionnée sur l’un ou l’autre cas: ici, il faut nous respecter et respecter nos constantes nationales et ainsi de suite, et mort aux comploteurs qui veulent attenter à notre sécurité spirituelle et machin chouette; là-bas… là-bas aussi en fait c’est pareil, on est visé par un complot. Au vrai, nous sommes, pour rester à notre référence belge, les Jean-Claude van Damme de la vie, toujours à avoir à régler leurs comptes aux méchants: nous sommes bien évidemment irréprochables sur tous les tableaux. Ce qu’on peut dire de la religion, on peut le reprendre au sujet par exemple de la migration.

Combien sont-ils à pourfendre et médire des mouvements d’extrême droite occidentaux et leur discours brossant au vitriol nos communautés dans leur pays! En même temps, la toute petite communauté africaine subsaharienne que nous avons, si réduite qu’elle en est presque invisible, fait l’objet chaque jour d’un racisme devenu ordinaire tellement il est ancré et diffusé dans notre société. D’ailleurs, le Conseil civil de lutte contre toutes les formes de discriminations, collectif de treize organisations non gouvernementales lancé en décembre 2016, vient de se fendre d’un rapport à tout le moins édifiant sur la souffrance de cette communauté.

Dans de nombreuses villes que j’ai visitées, ces Africains subsahariens sont parqués dans des ghettos où il vivent coupés des autres. Sur ce volet, nos amis occidentaux ne font pas mieux, et on en voit les conséquences: des citoyens ballotés entre leurs origines, devenues parfois lointaines de trois voire de quatre générations au point qu’elle ne font en vérité plus vraiment sens, et leurs pays «d’accueil», dont les autorités les renvoient souvent, justement, à ces origines. Comme conséquence, une quête identitaire qui peut parfois virer au radicalisme, comme ultime recours pour couper court à l’ambiguïté et aux déchirements internes; d’où les Molenbeek en puissance -ces histoires belges, décidément…- pullulant dans les quatre coins de l’Occident. De Bruxelles à Rabat, les enseignements ne manquent pas; encore faut-il savoir les tirer et, surtout, accepter de bien balayer devant sa porte…

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