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HASSAN BENADDI: La page d’El Omari doit être définitivement tournée

HASSAN BENADDI – membre fondateur du PAM

Premier secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité, Hassan Benaddi tire la sonnette d’alarme quant à l’avenir de cette formation po-litique si Ilyas El Omari persiste dans son entêtement.

Lors de la réunion du bureau politique du PAM, fin septembre 2017, vous avez été accusé de percevoir un gros salaire du parti… sans contrepartie.
Clarifions tout d’abord cette histoire d’argent. Alors qu’il est question de millions de dirhams et d’enrichissement douteux de certains responsables du PAM et d’interrogations relatives aux signes extérieurs de cet enrichissement (villas et autres biens immobiliers, voitures de luxe,…), certains membres du bureau politique ont demandé des explications. Ce fut notamment le cas de Fatima Zahra Mansouri, présidente du conseil national, qui, en toute bonne foi, a demandé aux concernés de s’expliquer «pour nous permettre éventuellement de les défendre». Ce fut également le cas de Milouda Hazib, qui alla jusqu’à proposer une déclaration de patrimoine de la part de tous ceux qui ont participé à la création du PAM, afin de rapporter leur situation aujourd’hui à ce qu’elle était il y a dix ans! Il n’y eut aucune réponse sur le champ. Il fallait apparemment prendre le temps de préparer la riposte. Riposte à des interrogations et propositions innocentes, qui traduisaient un simple souci de l’image du parti.

Pas de réponse donc à ce que vous appelez un souci de transparence?
En guise de réponse, on a choisi de m’attaquer personnellement, pour opérer une grossière diversion. Deux préposés aux sales besognes m’accusent en termes orduriers d’être l’auteur «de fuites» qui seraient à l’origine de la campagne de dénonciation dont ils étaient l’objet. J’ai choisi de répliquer en dénonçant la manoeuvre de diversion et en exigeant des excuses sur le champ. Ce qui fut fait. Alors que tous ont pensé que l’incident était clos, la manoeuvre connaît un nouveau développement qui porte, cette fois-ci, la signature du “chef”, Ilyas El Omari pour ne pas le nommer. Il demande à un site sous son contrôle de publier cette histoire de salaire que je perceverais du PAM, en des termes volontairement ambigus et approximatifs. La manoeuvre devient grossière et dénote un total désarroi.

Ce désarroi est perceptible depuis le discours du Trône du 29 juillet…
Abdellatif Wahbi avait livré sa lecture de la démission d’Ilyas El Omari du secrétariat général du PAM. Wahbi dit en substance qu’au sein du PAM, il est des gens qui se sont reconnus dans les propos cinglants du Roi à l’adresse des responsables politiques. A leur tête El Omari, qui tire les conséquences et présente sa démission. Mais il y a des gens, poursuit Wahbi, qui se sont sentis concernés par les propos du Souverain concernant les patriotes sincères qui sont nombreux au sein des partis. Là, c’en était trop pour «le leader », qui était déjà largement perturbé par l’avènement de Aziz Akhannouch à la tête du RNI. Était-ce véritablement la fin pour lui qui croyait opérer tout simplement une fausse sortie, en attendant que la tempête passe? Chose que j’avais moi-même anticipée le jour où il a annoncé sa démission. Je lui avais lancé, ce jour-là: Ne nous fais pas le coup de Nasser en 1967! La réaction est donc compréhensible: il veut prouver qu’il est irremplaçable et démontrer que tous les autres sont pourris au sein du PAM. La politique de la terre brûlée, en somme…

Vous n’avez toujours pas répondu à la question: percevez-vous un salaire mensuel important?
Sous le mandat de Mustapha Bakkoury, j’avais pris mes distances. J’avais alors décidé de créer un institut pour le développement politique, qui devait, entre autres, s’occuper de formation des élus. J’ai essayé de prospecter notamment auprès de responsables de l’administration. J’ai très vite constaté que les portes m’étaient fermées. Certains de mes vis-à-vis, très gênés m’ont donné des explications. Je décidai donc de classer le projet…C’est à la veille du dernier congrès que certains amis, parmi les fondateurs du MTD (Mouvement de tous les démocrates), sont venus me voir pour me demander de revenir.
Nous eûmes plusieurs longues réunions pour parler de l’avenir et de l’échéance importante des municipales d’octobre 2015 et du congrès du parti. J’ai exprimé clairement et amicalement mon point de vue quant à l’éventuelle accession d’Ilyas El Omari au secrétariat général. Je m’en suis expliqué publiquement et j’ai décidé de boycotter les travaux du congrès. Après avoir été intronisé à l’unanimité des «congressistes», El Omari est venu me voir un jour à Casablanca pour me proposer de m’occuper de l’académie du PAM. Mon projet privé, en somme! Il me promit carte blanche pour la conception, la mise en oeuvre et le fonctionnement de l’académie plus une indemnité équivalant les indemnités et les avantages d’un président de région, sans omettre de distiller des informations plus impressionnantes les unes que les autres. J’accepte. Il savoure l’effet d’annonce, avant de m’indiquer, quelque temps après, qu’il lui était impossible de tenir les promesses faites. Les indemnités se réduisent à trente mille dh et toutes mes propositions et initiatives sont neutralisées.

Quelle a été votre réaction?
Je compris que j’étais tombé dans «un piège à cons». Ayant au même moment des problèmes de santé je pris mon mal en patience et eus tout le loisir d’admirer les talents de destructeur dont pouvait user ce “Grand Zaïm” qui annonce des fois le changement maintenant, et d’autres fois l’apocalypse. Je pensais sérieusement à jeter l’éponge. Mais voilà qu’éclatent les évènements d’Al Hoceima. Comme au moment du Printemps arabe, je décide de rejoindre les rangs du parti, qui était tellement abîmé par la gestion ubuesque d’un seul individu, qu’il en était devenu totalement rejeté, notamment par la jeunesse. Je propose que l’on procède à une révision critique de toute l’expérience, pour répondre, justement, à la question suivante: comment et pourquoi un si beau projet que constitue le PAM a été dénaturé et pour quelles raisons il a dévié?

Ce “si beau projet” a-t-il toujours de l’avenir?
Aujourd’hui nous sommes en face de la situation suivante: le PAM doit se libérer de l’emprise d’une petite minorité qui prend tout le monde en otage, la centaine d’élus nationaux et les centaines d’élus communaux, plus les dizaines de milliers d’adhérents et de sympathisants: et cela ne sera possible qu’à une condition : la page El Omari doit être définitivement tournée. Sinon, on assistera à la décomposition et à la mort lente d’un beau projet qui aura suscité et déçu tant d’espoirs! Peut-être c’est ce que souhaitent ceux qui s’accrochent encore et qui menacent d’apocalypse et d’incendies…

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