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Hamid El Mahdaoui, l’épreuve par trois

Le directeur de publication de Badil condamné à trois ans de prison

Emprisonné en juillet 2017 dans le cadre du Hirak d’Al Hoceima, le journaliste Hamid El Mahdaoui a été condamné à passer également les deux prochaines années en prison.

Groggy, tel serait l’adjectif pour décrire l’état de la corporation dès après l’ébruitement de la sentence prononcée à l’encontre du journaliste Hamid El Mahdaoui, condamné le 28 juin 2018 par la chambre criminelle près la cour d’appel de la ville de Casablanca à trois ans de prison ferme.
Le directeur de publication du journal électronique Badil, déjà condamné en juillet 2017 par le tribunal de première instance d’Al-Hoceima pour avoir incité les habitants de la ville à prendre part au mouvement de protestation du Hirak ach-chaâbi, verdict confirmé trois mois plus tard en appel, a été jugé coupable de non dénonciation d’une tentative de nuire à la sécurité intérieure de l’État; crime pour lequel il risquait jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

Un procès politique
Dans les faits, M. El Mahdaoui n’avait pas référé à la police d’une série d’appels téléphoniques qu’il avait reçus d’un certain Ismaïl El Bouazzati, Marocain résident aux Pays-Bas et surtout séparatiste rifain déclaré, qui lui avait fait part de son projet de faire entrer des chars russes à Al-Hoceïma, alors en plein Hirak, par le préside occupé de Sebta. M. El Mahdaoui n’avait pas jugé son interlocuteur suffisamment crédible, mais bien mal lui en a pris. Son épouse, Bouchra El Khanchafi, a dans sa première réaction dans les médias dénoncé un procès éminemment politique, dans la mesure où c’est les prises de position de son mari, favorables au Hirak, qui seraient visées. «Le jugement (…) est inique, et il triomphe pour les années de plomb, comme il entache l’image des droits de l’Homme au Maroc,» a-t-elle dénoncé, visiblement sonnée.

Un jugement “très sévère”
Le principal concerné a lui-même clamé, devant les médias venus couvrir son procès, qu’il s’agissait d’un jugement rendu contre le journaliste El Mahdaoui, pas le citoyen. Dans un communiqué conjoint, le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) et la Fédération marocaine des médias (FMM) ont qualifié de «très sévère» ce jugement, estimant que les journalistes étaient, par la nature de leur travail, susceptibles à tout moment de recevoir des appels tels ceux du dénommé El Bouazzati, sans pour autant y souscrire. À l’international, des organisations comme Reporters sans frontières et Amnesty International ont appelé à la libération de M. El Mahdaoui. Au sein de la corporation, beaucoup préfèreraient voir le journaliste dehors, aux côtés de ses deux enfants -un fils et une fille-, même s’il n’a jamais vraiment mis d’accord, de par son style controversé. «C’est toujours mieux que les confrères soient libres», confie le rédacteur en chef d’un grand tirage arabophone de la place.

Car il faut dire que M. El Mahdaoui divisait profondément, en mêlant journalisme et militantisme, ce qui l’amenait à dépasser les bornes et calomnier parfois des personnalités aussi diverses que le directeur général de la Sûreté nationale (DGSN) et de la Surveillance du territoire (DGST), Abdellatif Hammouchi, ou encore le secrétaire particulier du roi Mohammed VI, Mohamed Mounir Majidi. Le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts et secrétaire général du parti du Rassemblement national des indépendants (RNI), Aziz Akhannouch, le poursuit d’ailleurs depuis avril 2017 pour diffamation, après avoir été pris à partie dans une des fameuses vidéos que le journaliste tournait dans le salon de sa maison dans la ville de Kénitra, en raison de ses activités à la tête de la holding Akwa.

M. El Mahdaoui avait déjà été deux fois condamné, en juin 2015 et juillet 2016, à des peines de quatre mois avec sursis pour avoir accusé, sans preuve, la DGSN d’avoir torturé un militant de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) à Al-Hoceïma, puis pour avoir soutenu que le ministre de la Justice et des Libertés et actuel ministre d’État chargé des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, touchait des émoluments par trop faramineux de la part de l’État.

Journalistes en prison
Plusieurs journalistes croupissent actuellement en prison au Maroc. Parmi les cinquante-trois activistes du Hirak condamnés le 26 juin, on compte d’ailleurs un ancien correspondant de Badil à Al-Hoceima, en l’occurrence Rabie El Ablak, hospitalisé ce mardi 3 juillet à l’hôpital Moulay-Youssef de Casablanca après 36 jours de grève de la faim, sa quatrième depuis son arrestation en mai 2017. A ses côtés, Mohamed El Asrihi, community manager de la page Facebook du journal électronique Rif24, qui a largement contribué à la médiatisation du mouvement de protestation. Tous deux ont été condamnés à cinq ans de prison ferme.

En février 2018, la justice avait condamné à quatre ans le blogueur Abdelkbir El Hor, fondateur de la page Facebook Rassd Maroc, pour notamment apologie du terrorisme (il avait été arrêté en août dans le cadre, justement, du Hirak). Quatre journalistes (Mohammed Ahaddad du quotidien Al-Massae, Abdelhak Belchgar du quotidien Akhbar Al-Youm et Abdelilah Sakhir et Kawtar Zaki du journal électronique Aljarida24) sont par ailleurs poursuivis depuis le 25 janvier en justice pour avoir révélé le contenu des débats parlementaires relatifs à la Caisse marocaine des retraites (CMR), lesquels avaient fait état de dysfonctionnements majeurs dans la gestion de la caisse. Leur procès, qui devait s’ouvrir ce mercredi 4 juillet, a été ajourné au 4 octobre 2018.

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