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La guerre d’afrique ne fait que commencer

NOUREDDINE JOUHARI

Le Maroc remporte la bataille du Conseil de paix et de sécurité

En accédant au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, le Maroc a sans doute porté un rude coup à l’Algérie.

L’adhésion, le 31 janvier 2017, du Maroc à l’Union africaine (UA) n’était qu’une bataille. Le Royaume est, en effet, loin encore d’avoir gagné la guerre. Mais pour l’heure, il semble parfaitement tirer son épingle du jeu: son élection, ce 26 janvier 2018, au conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA a, à cet égard, été à plus d’un titre un coup de maître. Trente-neuf pays, sur les cinquante-et-un habilités à voter, lui ont apporté leur soutien, sachant que l’Algérie avait fait des mains et des pieds pour contrer l’offensive marocaine.

Il a fallu batailler ferme pour enlever cette victoire. Le CPS est un organe plutôt hostile au Maroc. Ses positions sur la question du Sahara marocain, qui relève de ces attributions, sont en effet loin d’être neutres et abondent plutôt dans le sens de l’Algérie. L’actuel commissaire à la paix et la sécurité est d’ailleurs justement Algérien, en l’occurrence Smaïl Chergui (depuis janvier 2017).

A titre d’exemple, le CPS avait clairement pris position, le 23 mars dernier, en faveur de l’option d’un référendum d’autodétermination, alors que celle-ci n’est plus sujette à discussion même au niveau du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations (ONU), qui supervise directement le dossier. Il fallait donc réagir, et vite… en coulisses, le Maroc n’allait ainsi, de longs mois durant, cesser de s’activer, pour garder les faveurs des pays qui, déjà, avaient soutenu son adhésion à l’UA, et éventuellement en convaincre d’autres. M. Bourita et sa secrétaire d’État, Mounia Boucetta, allaient à cet égard sillonner en long et en large le continent pour rencontrer leurs homologues africains et défendre auprès d’eux la position marocaine, tandis que le Cabinet royal et notamment le conseiller de Mohammed VI, Taïeb Fassi Fihri, supervisaient de loin. Par à-coups, le Roi allait même directement intervenir, en recevant notamment le 3 novembre dernier au palais royal de Rabat le président de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, suivi la fin du même mois, à l’occasion du sommet UA-Union européenne (UE) tenu dans la ville d’Abidjan en Côte d’Ivoire, des président angolais et sud-africain, João Lourenço et Jacob Zuma.

Entre-temps, l’Algérie n’allait bien sûr pas rester les bras croisés. Elle allait elle aussi user des (rares) réseaux qu’il lui reste dans le continent pour essayer de contrebalancer la tendance et ainsi garder le siège dont elle dispose au CPS pour le compte de l’Afrique du Nord. Puis, jouant son va-tout après s’être rendue à l’évidence de son échec annoncé, elle va pousser la Tunisie à se présenter, qui finalement renoncera après négociations en coulisses. Pour légitimer davantage sa candidature, la diplomatie nationale s’appuiera également sur son expérience dans le domaine de la prévention des conflits et dans la gestion des crises, qui sont les domaines de prédilection originels du CPS, et la direction de l’histoire militaire de l’état-major général des Forces armées royales (FAR) organisera dans ce sens, en marge du sommet africain, une exposition illustrant la participation du Royaume à différentes opérations de maintien de paix en Afrique.

En principe, le mandat du Maroc est prévu pour durer deux ans; il faudra toutefois, au cours de cette période, demeurer vigilant. On l’a vu d’ailleurs justement au cours du sommet africain qui vient de se tenir, et où le CPS a failli adopter une résolution hostile au Maroc, si ce n’était l’intervention des diplomates nationaux pour la nuancer et la rendre à tout le moins fidèle à la phraséologie habituelle de l’ONU. Par ailleurs, le Royaume risque de se retrouver dès janvier 2019 aux côtés de l’Algérie, dont le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a annoncé la candidature pour l’autre siège comptant pour l’Afrique du Nord est qui est actuellement occupé par l’Égypte.

Une lutte sans merci devrait alors s’engager entre les deux pays. La guerre maroco-algérienne n’est sans doute pas prête de prendre fin.

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