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Le gouvernement veut mettre fin à la gratuité de l’enseignement public

La polémique qui cache la forêt

Polémique autour du projet gouvernemental de loi cadre stipulant le paiement par les «familles aisées» de droits d’inscription dans l’enseignement public.

Si la réforme du système éducatif est une urgence, elle ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Or, voilà que le gouvernement El Othmani veut imposer le paiement par les familles dites aisées des droits d’inscription à l’université et dans l’enseignement secondaire public. Dans un climat social en ébullition, cette mesure est de trop.

Mesure considérée par le corps syndical national comme inique, puisqu’elle ne fait que remettre en cause le principe sacro- saint de la gratuité d’accès à l’école. Remise en cause qui n’a pas manqué, d’ailleurs, de susciter un tollé général auprès du bras syndical du PJD, l’Union Nationale du Travail (UNT).

Le parti que dirige le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, se trouve, ainsi, plus que jamais traversé par des dissensions concernant cette question de la non gratuité de l’enseignement. Si cette mesure est effectivement appliquée, elle ne peut qu’«aggraver encore la crise de l’enseignement public», nous dit Abdelilah Dahmane, secrétaire général de la Fédération nationale des fonctionnaires de l’Enseignement, affiliée à l’UNT. Le cercle de ceux qui sont opposés à cette mesure s’élargit même à certains parlementaires du PJD, notamment Ali Asri, conseiller PJD à la deuxième chambre, qui est allé à dire qu’il votera contre la mesure de non gratuité si jamais le projet de loi-cadre est présenté devant les députés de la deuxième chambre du Parlement. Décision qu’il assumera, ditil, «jusqu’au bout, même si ça [lui] coûte de démissionner et de quitter les rangs du parti».

Multiples défaillances
Cette montée de la grogne au sein du parti, ne va pas faciliter la tâche du premier ministre. Ce dernier est tenu de donner corps au projet de réforme concocté par le Conseil supérieur de l’Education et de la Formation, que préside Omar Azziman. Projet destiné à faire face aux multiples défaillances qui persistent encore dans le système éducatif marocain. Or, tout le monde s’accorde à dire, aujourd’hui, que nos écoles sont mal équipées. Nos enseignants sont démotivés et mal payés. Le niveau des apprenants dans les diverses disciplines ne cesse de se dégrader. L’enseignement, notamment des langues étrangères, laisse à désirer.

Tout le monde est d’accord pour dire, également, que les principaux facteurs du déficit du système éducatif sont multiples et interdépendants. Les facteurs clés vont de la faiblesse des acquisitions scolaires, de l’incohérence linguistique, des difficultés pédagogiques à l’inadéquation des formations avec le marché du travail et l’image altérée de l’école. D’autres facteurs tels que l’analphabétisme, le redoublement et le décrochage scolaire, peuvent aussi être invoqués.

Au lieu de vous focaliser, monsieur le Chef du gouvernement sur la non gratuité de l’accès à l’école publique, ne devriez-vous pas vous intéresser plus à l’accès incomplet et inéquitable des populations plus pauvres à l’enseignement? Un enseignement à plusieurs vitesses qui reflète plus que jamais les inégalités criantes qui traversent notre société. Par ailleurs, ne devriez-vous pas, monsieur El Othmani, axer votre réforme du système éducatif marocain sur les hommes de terrain que sont les enseignants? Non seulement insuffisamment formés tout au long de leur carrière, ils sont aussi insuffisamment consultés.

Incohérence linguistique
Si notre école publique est dans ce piteux état, comment voulez -vous, Monsieur El Othmani, que les «familles aisées » puissent y inscrire leurs enfants. Ils ont depuis, bien longtemps, fait leur choix: celui de les orienter vers les écoles privées. À moins de nous dire où se trouvent ces «familles aisées» qui continuent à envoyer leurs enfants à l’école publique.

Pour l’instant, ce sont les enfants des catégories les moins aisées de la population qui fréquentent les rangs de l’école publique et de l’université. Obligés qu’ils sont de s’entasser dans les classes ou même les amphithéâtres. Obligés qu’ils sont de suivre des cours qui ne les intéressent pas. Obligés qu’ils sont d’apprendre à moitié des matières dont la durée ne dépasse pas un semestre. Faute de remplacement des enseignants partis récemment à la retraite, et surtout à cause des effectifs de plus en plus élevés de nouveaux entrants à l’université, notamment dans les facultés de droit et des sciences économiques.

Réformes interactives
Dans ces conditions, et à part certaines exceptions, parler de pôles d’excellence des établissements universitaires marocains s’avère être un leurre. Surtout lorsqu’on sait que la recherche universitaire n’attire pas grand monde. Non seulement faute de moyens financiers, mais surtout faute d’institutions et de programmes de recherche crédibles ainsi que de candidats à la recherche respectant toutes les exigences de la recherche scientifique. Recherche de plus en plus complexe, longue et coûteuse par ces temps de révolution numérique.

Ainsi, au lieu de s’atteler à résoudre, au moins en partie, ces défaillances et au moment où se posait la question de savoir où en est la mise en oeuvre de la stratégie déployée par le ministère du temps de l’ex-ministre de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur, Mohammed Hassad, pour la rentrée 2017-2018, voilà que la polémique actuelle autour de la non gratuité de l’école risque de nous ramener quelques années en arrière.

Le débat autour de cette question risque de nous faire perdre l’essentiel, qui n’est autre que le rôle du système d’éducation et de la formation dans la fabrication du commun et la production des valeurs. Car si la réforme, aux aspects multiples, est urgente, elle reste, plus que jamais, inséparable de la réforme de la pensée, des idées, des mentalités, des images, des préjugés et des conceptions politiques dominantes.

Soit autant de réformes interactives qui ne sont pas seulement institutionnelles, économiques et sociales, mais aussi mentales, nécessitant plus que jamais une approche globale des problèmes fondamentaux.

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