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Un gouvernement en décomposition avancée

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

Le gouvernement Benkirane  donne l’impression de naviguer  tantôt au gré du vent, tantôt à  contre-courant. Miné par des  querelles internes interminables, il se  donne en spectacle, plus qu’il n’offre  de perspective aux attentes du public.  Et plus on se rapproche de l’échéance  des législatives, plus cette tendance  affligeante se confirme et s’accentue.  On ne compte plus les dissonances  et la cacophonie au sein d’une coalition  gouvernementale où chacun  joue sa partition en aparté, selon son  approche partisane et, évidemment,  électorale.

Cette situation donne une image du  gouvernement actuel où la perception  du public rejoint parfaitement la réalité  vraie de son fonctionnement. Une  image déplorable. Le public, précisément,  pose un regard d’étonnement  et de dépit sur une structure censée  s’occuper de ses problèmes à lui, alors  qu’elle paraît incapable de se gouverner  par elle-même.

Il est souvent reproché à la presse  d’éprouver un malin plaisir à taper sur  les partis politiques et plus particulièrement  sur leur émanation gouvernementale.  Dans ce cas d’espèce, il est  expressément permis d’avoir quelques  doutes à tous les registres d’action et  d’inaction du gouvernement. Cet Exécutif,  à dominante islamiste, est à nul  autre pareil parmi ses prédécesseurs.  Porté par un contexte inédit dans le  monde arabe, il s’est pratiquement  imposé comme par effraction sur la  scène politique nationale.

L’engouement des peuples électeurs  pour une expérience nouvelle, après  avoir essayé les autres, y a beaucoup  aidé. Après cinq ans d’exercice,  presque entièrement consommés,  que peut-on mettre à l’actif de ce cartel  au pouvoir? Si l’économie nationale  semble tenir sur un équilibre instable,  c’est essentiellement au détriment du  social. Et grâce à un formidable effet  de conjoncture favorable. En effet, la  chute spectaculaire du prix du pétrole  a permis de faire avaler l’amère pilule  du démantèlement de la Caisse de  compensation.

Le sucre, dernier produit soutenu par  la Caisse, est en sursis. Sa décompensation,  nécessairement impopulaire,  est reportée pour après les élections  législatives. Une mesure électoralement  préventive. Toujours est-il,  qu’avec la défunte caisse, c’est un acquis  structurel d’importance primordiale  pour la consommation des ménages  qui a disparu.

Dans la même logique, d’autres décisions  augurent d’un désengagement  progressif de l’État dans des secteurs  aussi vitaux que stratégiques, tels la  Santé et l’Enseignement. Les cliniques  sont sommées de s’ouvrir sur le capital  privé, quant à l’école publique gratuite,  sa fin est annoncée. Les citoyens  devront, désormais, mettre la main à  la poche pour les études de leurs enfants,  du primaire à l’université. Après  des soins de santé à la facture, un  enseignement à la carte. En somme,  aucun gouvernement précédent n’a  autant initié et planifié une politique  sociale aussi régressive.

Malgré toutes ces reculades socialement  pénalisantes, il semble que le  pire est à l’avenant. Car, nous nous dirigeons,  paraît-il, vers un autre mandat  dans la même configuration politique,  ou presque.  Ce serait pour les mêmes raisons qu’il  y a cinq ans, à savoir un environnement  à risque qui perdure aux niveaux  arabe et régional et qui conduirait les  électeurs à vouloir prolonger l’expérience  actuelle. Un bis repetita pour un  schéma gouvernemental en décomposition  avancée. Une perspective pas  très engageante.

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