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Le gouvernement Benkirane laisse une situation économique et sociale difficile

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Des élections sur fond de crise

Tous les analystes avertis  sont unanimes pour dire que  l’économie marocaine va mal.  Les causes de ce malaise  sont multiples. Certains analystes  mettent l’accent sur ce qu’on appelle  les contraintes structurelles. D’autres  avancent des facteurs plus conjoncturels.

Ces experts, et ils sont nombreux,  mettent en cause, notamment, l’incapacité  du gouvernement Benkirane à  se libérer d’une politique économique  et sociale, le moins qu’on puisse dire  est qu’elle reste marquée au sceau de  l’austérité et de mise en concurrence  de tous contre tous. L’économie marocaine  va tellement mal, disent-ils,  que, finalement, rien n’a changé dans  la vie quotidienne des citoyens, notamment ceux qui appartiennent aux  classes moyennes et surtout populaires.

En effet, la sacro-sainte croissance  tant proclamée -atteindre l’objectif  de 7% de taux de croissance du PIBn’est  pas arrivée, jusqu’ici, à dépasser  le taux fatidique, en mesure de créer  suffisamment d’emplois, puisqu’elle  tourne en moyenne autour de 3% de  croissance. Elle n’a ni amélioré l’environnement  des entreprises et encore  moins la condition sociale des  ménages, dont les fins de mois deviennent  de plus en plus difficiles. Un  ménage sur trois doit emprunter ou  puiser dans son épargne pour boucler  le mois.

La dégradation financière des  ménages n’est en rien moindre que  celle des entreprises, qui ont du mal à se faire payer ou, encore plus grave,  celle de l’État, qui s’endette à tout va,  quoi qu’en dise Mohamed Boussaid,  actuel ministre des finances, qui se  félicite de la politique du gouvernement  qui a réussi, dit-il, non seulement  à rétablir les équilibres macroéconomiques,  mais aussi réduire le  déficit budgétaire, moyennant la décompensation  de certains produits de  première nécessité. Décompensation  facilitée, en partie, par un environnement  international marqué par la  baisse du prix du pétrole.

Inégalités de revenus
Ce facteur conjoncturel est venu à la  rescousse de la réduction des fameux  déficits jumeaux que sont le déficit  budgétaire et celui de la balance des  transactions courantes. Or, malgré  cette amélioration relative de nos finances,  la politique économique et  sociale poursuivie par le gouvernement  Benkirane (compensation, mesures  d’aide à certaines catégories  de la population telles que les veuves  ou les étudiants boursiers, etc.) n’a ni  favorisé la croissance économique,  ni réduit le taux d’endettement du  Royaume, ni réduit les inégalités de  revenus, ni amélioré le niveau de  bien–être de la population, et encore  moins atténué les dégâts causés à la  nature. Triste bilan à la veille des élections  législatives du 7 octobre 2016.

Comment, alors, redonner espoir en  l’avenir à nos citoyens, en l’absence  d’une réelle politique de relance? Absence  de politique qui n’a fait qu’entretenir  le chômage de masse et pousser  aux replis égoïstes, sans réelles  transformations positives de notre  société. Société de plus en plus polarisée  entre les riches et les pauvres,  entre les instruits et les analphabètes,  entre les urbains et les ruraux, entre  les hommes et les femmes, entre les  jeunes et les moins jeunes, etc.

Société qui risque de sombrer de plus  en plus dans la violence et l’insécurité,  notamment parmi les jeunes marginalisés  des quartiers les plus défavorisés  de nos villes. Villes en mal de  gouvernance durable. Ceux parmi les jeunes du monde rural ne sont pas  en reste, puisqu’ils cumulent tous les  maux d’une régionalisation mal assumée.  Le désespoir de ces jeunes  est tel qu’ils voient s’éloigner leurs  chances de bénéficier d’une éducation  de qualité, d’un emploi décent et  d’un logement viable. En somme, une  vie digne d’être vécue.

Comment alors leur redonner espoir,  si les entreprises, censées fournir  l’emploi à nos jeunes, trouvent toutes  les difficultés du monde pour investir,  pour embaucher, pour créer et innover,  et pour être compétitives.  Comment faire, si n’est rien fait pour  permettre à ces entreprises d’accéder  dans des conditions avantageuses au  crédit bancaire? Un crédit qui se fait  de plus en plus rare, non seulement  pour les petites et moyennes -entreprises  des secteurs traditionnels  comme celui l’immobilier ou du tourisme,  mais aussi des secteurs d’avenir  comme celui de l’industrie. Secteur  qui n’a retenu que récemment  l’attention de nos décideurs, suite  au lancement du plan d’Accélération  industrielle, que pilote Moulay Hafid  Elalamy.

Désespoir des jeunes
Contrairement au secteur primaire,  qui continue à occuper une place de  choix dans notre économie, le secteur  industriel doit redevenir prioritaire  dans notre pays, surtout à un  moment où un nouvel ordre industriel  mondial se dessine. Plus que jamais  l’industrie suscite un regain d’intérêt  aussi bien dans les pays industrialisés  que dans les pays émergents.

Un changement qui s’explique, notamment,  par le fait que les pays qui  ont réussi à maintenir, voire à renforcer,  leur secteur industriel tout en  approfondissant l’internationalisation de leurs chaines de production, enregistrent  de bonnes performances  économiques et ont également renoué  plus rapidement avec la croissance.

Repenser la politique industrielle
Or, chez nous, la croissance continue  à dépendre des caprices du ciel.  Nos entreprises industrielles et de  services, peu productives, selon le  dernier rapport de la CNUCED, continuent  d’affronter toutes sortes de  difficultés, de l’avis même de tous  les experts internationaux. Or, elles  n’ont de chance de survivre dans  une concurrence mondiale sans pitié  que si elles prennent le chemin de la  révolution des technologies numériques.  Chemin qui reste encore parsemé  d’obstacles. A commencer par  les tracasseries administratives qui  n’en finissent pas -quoi qu’en dise le  ministre de la modernisation de l’économie,  les incohérences du système  fiscal et l’inadaptation du système de  formation aux besoins du marché du  travail.

Le gouvernement Benkirane, en mal  de gouvernance, est resté insensible  aux différents appels de toutes ces  entreprises désireuses de se moderniser,  qu’elles appartiennent ou  non à la CGEM. Faute de la mise en  place d’un dispositif d’incitations efficace  et adéquat, ces entreprises  risquent, encore une fois, de de rater  la quatrième révolution industrielle en  marche. La future coalition, gouvernementale  qui sortira des urnes le 7  octobre aura beaucoup à faire pour  sortir l’économie marocaine de sa léthargie.  Elle sera, notamment, jugée  sur sa capacité à repenser la politique  industrielle. Politique seule à même  de donner un nouveau souffle à l’économie  marocaine.

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