Dépêche
GCAM
Accueil » Dernière minute » Les garde-fous des pays ouest-africains

Les garde-fous des pays ouest-africains

S.M. Mohammed VI et Le président
sénégalais Macky Sall . Dakar © Ph : AFP

Lancement d’une étude d’impact de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO

Quelles implications juridiques, géopolitiques et économiques en cas de confirmation de l’adhésion du Maroc au bloc ouest-africain? Ce sont les préoccupations de la Commission de la CEDEAO qui ont fait retarder le processus.

Tout le monde s’accorde à dire que les médias, surtout, sont allés vite en besogne quant au processus d’adhésion du Maroc à la communauté économique ouest-africaine CEDEAO. Petit rappel: En juin 2017, à Monrovia, au Liberia, lors de leur 51ème session ordinaire, les leaders ouest-africains avaient donné leur accord de principe pour l’adhésion du Maroc à la Communauté, tout en ajournant l’examen des implications d’une telle adhésion à cette 52ème session. Puis, l’adhésion définitive avait été annoncée pour le 16 décembre 2017 au 52ème Sommet ordinaire qui s’est tenu à Abuja, au Nigeria. Le moment venu, rien à communiquer. Rien d’officiel. Retour sur terre. «Un comité composé des présidents togolais, ivoirien, ghanéen, guinéen et nigérian pour adopter les termes de références et superviser l’étude approfondie des implications» de l’adhésion du Maroc à la communauté CEDEAO, selon un communiqué rendu public dimanche 17 décembre 2017, au terme des travaux de la 52ème session ordinaire de l’organisation de l’Afrique de l’Ouest.

Puis, le 27 janvier 2018 à Addis-Abeba, à l’issue de la réunion extraordinaire de la Conférence des chefs d’États de la CEDEAO, la déclaration finale du sommet ne faisait aucune allusion à la demande d’adhésion du Maroc au groupement régional. Si, sur le plan politique l’adhésion du Maroc est la bienvenue, le dossier du Sahara ne faisant plus obstacle, sur le plan économique et juridico-commercial, il fallait que les choses se déroulent progressivement. Toute chose en son temps. C’est ce qu’illustre l’annonce faite par l’Unité d’analyse des politiques économiques (EPAU) de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui a invité, le 1er février 2018, les équipes de recherche et des groupes de réflexion, basés dans la sous-région, à réaliser une étude approfondie sur les implications socio-économiques de l’adhésion du Maroc au sein de la communauté.

Un fait indéniable
La proposition doit traiter les questions liées au commerce et à l’investissement au Nigeria, Ghana, Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali et Togo, principales économies de la région. Les soumissionnaires ont jusqu’au 2 mars 2018 pour déposer leurs candidatures. Sur la note de cadrage de cet appel à proposition, la commission de la CEDEAO rappelle le contexte: «Lors de la 51ème conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, tenue à Monrovia au Libéria, les dirigeants ont accepté en principe la demande du Maroc de rejoindre ce groupement régional, compte tenu des liens forts qui lient le Royaume aux États membres de l’organisation.»

Et en décembre 2017, «le 52ème Sommet ordinaire qui s’est tenu à Abuja, au Nigeria, a mis en place un Comité des Chefs d’État et de gouvernement comprenant la République Togolaise, la République de Côte d’Ivoire, la République du Ghana, la République de Guinée et la République Fédérale du Nigeria pour superviser une étude approfondie sur les implications de l’adhésion du Maroc». Et elle attire l’attention sur un fait indéniable, un élément concluant à prendre en considération dans l’établissement de tout accord commercial: «le volume des échanges est inférieur à un milliard de dollars par an, soit moins de 4% des exportations marocaines».

Ce qu’en pensent certains États
Dans ce document, l’essentiel était de savoir ce qu’en pensent réellement les États concernés. «En intégrant le Maroc, la CEDEAO deviendra la 16ème économie mondiale avec 115 milliards de dollars supplémentaires et un PIB avoisinant 745 milliards de dollars, devant la Turquie et juste après l’Indonésie», souligne l’appel à proposition. «De plus, le Maroc a déjà des relations bilatérales avec presque tous les 15 États membres de la communauté. L’évolution du secteur automobile, aéronautique et électronique au Maroc est également à prendre en considération». Oui, mais… «Certains pays pensent que le Maroc cherche à tirer profit de l’économie ouest-africaine, tandis que d’autres estiment que l’adhésion de ce pays est une opportunité pour se réinventer sur la scène continentale», souligne le document.

La conclusion à tirer est simple: si sur le fond, aucune objection n’est opposée à l’acceptation du Maroc à la CEDEAO, des mesures transitoires accompagnées d’une mise à niveau de certaines économies de la région pour bénéficier équitablement du marché commun sont prônées. Fin décembre 2017, une étude d’impact officieuse ne portant cependant pas le sceau de la communauté, a «fuité» ou a été diffusée pour des raisons indéterminées. Quoi qu’il en soit, elle renferme des éléments d’analyse susceptibles de tirer au clair certaines appréhensions des États membres. Ainsi, l’étude relève qu’étant donné que la demande d’adhésion du Maroc pourrait inciter d’autres pays à faire de même, la CEDEAO devrait réexaminer de plus près ces pré-conditions d’adhésion. Des garde-fous, soit-dit en passant. L’important à retenir, ce sont les contraintes soulevées, essentiellement liées au décalage entre l’économie marocaine et celle de certains pays de la région. En cas d’acceptation du Maroc, les questions relatives à la libre circulation des personnes et des biens, le droit de résidence et d’établissement, la monnaie unique ainsi que les aspects techniques de tout genre, exigent un délai de transition qui sera accordé aux pays membres comme cela a été accordé au Maroc dans le cadre de l’accord d’association Maroc–UE.

Délai de transition
Pour la CEDEAO, l’adhésion du Maroc est une opportunité mais ne devrait pas être prononcée de manière hâtive sans en mesurer les impacts les plus fortement probables à court, moyen et long termes. Une réflexion on ne peut plus légitime quand on constate que les retombées négatives généralisées des accords de libre-échange que le Maroc a signés avec 56 pays (dont les 28 de l’UE, les États-Unis et la Turquie) provoquent, depuis trois ans au moins, une politique de protectionnisme d’opérateurs marocains opérant dans différents secteurs économiques.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !