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La gagne façon marocaine

À 47 ans et alors qu’il a encore devant lui de longues années de carrière, Jamal Sellami rentre déjà dans le panthéon des entraîneurs nationaux de football.

Il a préféré partir la tête haute. Dès après la victoire de ses poulains en Championnat d’Afrique des nations (CHAN) de football, l’entraîneur de l’équipe nationale des joueurs locaux, Jamal Sellami, a annoncé son départ. Une décision qui, assurément, a dû prendre beaucoup de monde de court, dans la mesure où il n’en avait rien laissé filtrer jusqu’alors, mais qui, tout compte fait, fait sens: que peut-il bien faire de plus? «En ce qui concerne mon parcours avec la sélection des locaux il prend fin aujourd’hui et si Dieu le veut l’avenir sera meilleur,» s’est-il contenté de déclarer. Cette façon de faire renseignerait, par ailleurs, grandement sur le personnage, peu disert dès lors qu’il en arrive aux médias. «C’est ce qu’on appelle dans notre jargon un mauvais client,» brosse, mi-sérieux mi-moqueur, un journaliste sportif de la place, qui a souvent eu affaire à M. Sellami en conférence de presse.

L’homme est décrit comme étant courtois, respectueux de ses interlocuteurs et, quand la question s’y prête, répond dans le détail, sans s’embarrasser de la longueur de ses réponses. Mais pas au point de digresser. «C’est précis, presque machinal,» poursuit notre confrère. Une machine, c’est justement ce qu’il est arrivé à faire de la sélection des joueurs locaux en à peine deux ans de service. Désigné sélectionneur en mai 2016, après que son profil ait séduit Hervé Renard -«j’ai la chance d’être en regroupement [avec lui]», a témoigné à son propos l’actuel sélectionneur dans une interview publiée le 28 janvier par le journal électronique français P2J, M. Sellami allait ainsi aussitôt s’atteler à la tâche. Travaillant de concert avec M. Renard, tout en se prévalant toutefois d’une grande marge d’autonomie, il dessinait, à mesure que le temps passait, les contours d’une équipe championne d’Afrique en puissance. Sa méthode? Une certaine disposition, certainement, pour le banc de touche, de par son intelligence et son charisme naturel, mais surtout un lourd investissement personnel. Littéralement, M. Sellami s’est tué à la besogne.

Investissement personnel
Pour choisir son onze gagnant, il allait ainsi, par exemple, sillonner en long et en large le pays, allant même jusqu’à s’infliger le spectacle souvent inférieures. C’est comme cela qu’il allait d’ailleurs découvrir la révélation incontestable du CHAN, Ayoub El Kaâbi. «Je me rappelle que quand j’avais mis El Kaabi dans la liste, beaucoup de journalistes m’avaient critiqué jugeant qu’un joueur de seconde division n’avait pas sa place aux côtés des joueurs de première division. La suite du parcours du joueur leur a montré que ce n’était pas une mauvaise idée,» se félicite-t-il aujourd’hui. Cette abnégation de tous les instants, M. Sellami en faisait déjà preuve sur les terrain du temps où il était encore footballeur, du début des années 1990 jusqu’à la moitié des années 2000. «Il y avait carrément un chant pour dire que son jeu était chaud bouillant. Mais c’était aussi parce que le mot «hami», qui veut dire chaud, rime avec Sellami,» se souvient, nostalgique, un habitué des travées du Stade Mohammed-V de Casablanca, dont l’intéressé a foulé trois ans durant la pelouse sous les couleurs du Raja. Natif de la ville blanche -le 6 octobre 1970-, M. Sellami avait d’abord joué à l’Olympique casablancais, qui allait être dissous dans les Aigles verts en juillet 1995 suite à une décision de l’Omnium nord-africain (ONA), qui possédait le club.

Voler de ses propres ailes
A l’époque, il est déjà international, après avoir débuté en septembre 1994 face au Burkina Faso en éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Par la suite, au lendemain de la Coupe du monde de 1998, où il ne dispute que trois minutes lors du dernier match face à l’Ecosse en lieu et place de Youssef Chippo, il s’exile en Turquie, au club stambouliote de Besiktas.

Après trois ans en Asie mineure, il rentre au pays d’abord au Raja, puis au Moghreb de Fès, où il termine sa carrière à la fin de la saison 2003/2004. Ayant depuis longtemps porté l’ambition de devenir entraîneur -il cite l’ancien sélectionneur national Abdellah El Ammari comme une de ses principales influences-, il commence d’abord dans l’ombre, dans les équipes de jeunes du Raja, avant d’y devenir, en juin 2007, adjoint du technicien français Jean-Yves Chay. Volant ensuite de ses propres ailes, il prend les commandes du Difaâ d’El Jadida, où ses performances sont telles -deuxième place et qualification pour la Ligue des champions de la Confédération africaine de football (CAF)- qu’il fait partie, en juillet 2009, du quartet nommé par Ali Fassi Fihri pour sauver la qualification du Maroc en Coupe du monde (avec Hassan Moumen, Abdelghani Bennaceri et El Houcine Ammouta).

Par la suite, il dirige, à partir de juillet 2010, le Hassania d’Agadir (neuvième place en 2011), le Fath de Rabat pendant trois saisons (titre perdu à la dernière journée de la saison 2011/2012) puis retrouve, après une année sabatique, El Jadida (qui le limoge en février 2016 après un parcours cahoteux). S’il n’a pas donné d’indications sur la suite qu’il envisage de donner à sa carrière -mis à part qu’il se mettait «à disposition» du football national-, M. Sellami aura certainement beaucoup à apporter aux équipes qu’il est appelé à prendre en main.

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