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La fronde d’Al Hoceima a-t-elle changé de nature?

Abdellatif Mansour

UNE MANIF EN CACHE UNE AUTRE

Toutes les garanties ont été données pour la relance économique et sociale de la région d’Al Hoceima. Faire de la libération des détenus un préalable à toute négociation est un peu limite.

La question d’Al Hoceima a monopolisé depuis fin octobre 2016 l’attention de l’opinion publique nationale. Il n’y avait de cap d’orientation que vers cette localité à l’extrême Nord-Est du pays et sa fronde permanente.

Entre postures déclaratoires en tous genres et positionnements de principe sur les droits et les obligations des activistes de l’intérieur, le tableau d’affichage de ce mouvement est devenu de plus en plus ambigu, de moins en moins déchiffrable. Même le caractère social de ce mouvement, qui perdure et s’enlise, a fini par ne plus être que le support d’interventions occultes et de manipulations exogènes. On en a le spectre à portée de clic sur la toile. Les figures de proue de cette manifestation à l’échelle d’une région tiennent le haut du pavé d’un circuit numérique qui fait fonction d’intox savamment montée. Des sites aux sources douteuses constituent un véhicule de choix à l’adresse du grand public.

Cette déduction n’est pas un anathème lancé à la figure d’une militance sociale dont on ne partagerait ni le fond ni la forme. Il suffit d’observer le déroulé des faits et de son suivi, pratiquement au jour le jour, par les divers canaux de l’information pour se faire une conviction sur la nature de ce mouvement et son évolution.

Les revendications affichées ont été considérées comme justes et légitimes au plus haut niveau de l’État lors d’un conseil des ministres qui fera date, présidé par S.M. le Roi, dimanche 25 juin 2017, à Casablanca. Les chantiers d’équipements solennellement définis dès 2015, ainsi que les raisons de leur retard d’exécution ont été soigneusement pointés. Idem pour les promesses non tenues pour les services sociaux, la santé et l’enseignement publics. Le communiqué du Cabinet royal a parlé de la “déception”, du “mécontentement” et de la “préoccupation” de S.M. le Roi; des termes rarement employés par le Souverain.

Emboîtant le pas, Saâd Eddine El Othmani, chef du gouvernement, a réuni les ministres des départements concernés. Il s’en est suivi un défilé de délégations interministérielles sur les lieux. On n’a jamais vu autant de ministres au mètre carré, désertant leurs cabinets pour mouiller leurs chaussures sur le terrain. Pour que ces interventions en urgence soient crédibles, qu’il s’agisse de chantiers à ouvrir ou à rouvrir, les ministres ont été sommés de fournir deux données essentielles sur leurs projets problématiques: les sources de financement et les délais de réalisation. À l’évidence, on n’est plus dans les mêmes méthodes de travail qu’auparavant. L’Exécutif, qui fait l’objet des attaques les plus virulentes, est enfin encadré à ne plus avoir d’échappatoires par une gesticulation de circonstance ou par le silence.

Bref, il n’y avait plus aucune raison pour que les manifestations se poursuivent. Toutes les conditions étaient réunies pour passer à la table des négociations. Un aboutissement qui devait être, en principe, l’objet de ce soubresaut collectif. D’autant plus que, une fois n’est pas coutume, côté officiel, on s’est gardé de tordre le cou au droit de manifester, pacifiquement. Malheureusement, ce qui n’était qu’un moyen pour l’aboutissement d’un cahier de justes doléances sociales, unanimement reconnues comme telles, est devenu un but en soi.

Malgré toutes les garanties données pour établir un pont de confiance mutuel, les manifs n’ont pas cessé, même pas le temps d’un jour de fête, à la sortie du mois de ramadan. Faire de la libération des détenus, quel que soit le chef d’accusation, une condition préalable à toute proposition de négociation est un peu limite. Car, durant ces manifs, il y a bien eu de la casse, de la dégradation de biens privés et publics, faits déclencheurs d’une violence difficile à mettre sur le compte exclusif des forces de l’ordre. Les casseurs infiltrés existent partout ailleurs. Le schéma est classique, y compris sous les cieux les plus respectueux du droit de manifester. A-t-on appris, nous autres, à manifester sans casse? C’est en cours.

La machine économique reprendra à un rythme un peu plus soutenu. C’est promis. L’idéal, c’est qu’elle soit, autant que faire se peut, pourvoyeuse d’emplois pour les milliers de jeunes en quête d’insertion sociale par le travail. Et qu’elle soit assez crédible pour convaincre les jeunes chômeurs de patienter avec la garantie d’un lendemain meilleur. C’est toute la quadrature du cercle à Al Hoceima et ailleurs. Sans manip

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