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FRÈRES ARABES, NOUS VOILÀ !

S.M. Mohammed VI, le Prince Moulay Rachid et Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, prince héri - tier d’Abou Dhabi. Casablanca, le 17 mars 2015.  (CREDIT PHOTO: AFP)

S.M. Mohammed VI, le Prince Moulay Rachid et Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abou Dhabi. Casablanca, le 17 mars 2015. (CREDIT PHOTO: AFP)

[quote font= »1″]Les Forces Armées Royales  participent aux frappes militaires  au Yémen. Quelles conséquences  pour le Royaume ?[/quote]

En 2016, c’est au Maroc que se tiendra le 27ème sommet  arabe. La décision a été prise, à Charm el Cheikh,  à l’issue des 26èmes assises de la Ligue arabe, les 28  et 29 mars 2015. Voilà bien qui témoigne du rôle que  joue le Royaume dans cette grande région allant de  l’Atlantique au Golfe arabo-persique. Ce sera, alors, la septième  fois depuis un demi-siècle qu’il accueillera une rencontre de ce  niveau. Avec le prochain sommet, en 2016, ce sera le premier  rendez-vous de la Ligue arabe depuis le nouveau règne de S.M.  Mohammed VI. C’est une approche qui est ainsi validée; plus  encore, une vision qui est consacrée.
Le Souverain a prolongé les constantes de la politique arabe du  Royaume qui sont sa marque depuis près de soixante ans. Mais  il a tenu à les resituer en perspective à la lumière des bouleversements  intervenus dans cet espace régional depuis plus d’une  décennie. Sur la question palestinienne, son action s’est ainsi  déclinée sur deux plans. Le premier d’entre eux a trait à la question  d’Al Qods, dont le règlement conditionne toute solution  du conflit. A la tête du comité de cette Ville Sainte, le Souverain  a sans cesse pris position contre les plans de judaïsation en  dénonçant la politique israélienne visant à porter atteinte à son  caractère arabo-islamique, à la déstruction de son identité civilisationnelle  et à la multiplication des provocations et des actes  de dépossession des biens et de répression de ses habitants.

Une vision consacrée
Il a appelé ainsi à apporter aide et assistance aux résistants  qui s’y maintiennent tout en mettant en garde contre les  slogans creux et l’instrumentalisation de cette cause. A ses  yeux, c’est plus qu’une question palestinienne ou arabe, mais  celle de toute la Oumma islamique. Enfin, il pris plusieurs initiatives  diplomatiques en direction des membres du Conseil  de sécurité et du Secrétaire général de l’ONU pour les inviter  instamment à prendre leurs responsabilités pour le respect de  la légalité internationale et des résolutions de l’Organisation  mondiale. Quant au second plan, il regarde, lui, les termes dans lesquels devrait se poser le statut  du peuple palestinien. Le Maroc veille  à faire prévaloir un esprit unitaire de  nature à dépasser les divergences dans  les rangs palestiniens et à conforter la  réconciliation pour renforcer le pouvoir  de négociation avec le gouvernement  de Tel Aviv. Il recommande aussi  une approche nouvelle devant viser à  mettre fin à l’occupation, à établir un  État indépendant et à arriver à des solutions  consensuelles avec un échéancier.  C’est dans cet esprit qu’un parti  marocain, le PAM, a organisé une rencontre  entre les groupes palestiniens,  en janvier 2015 à Skhirat, pour faciliter  un rapprochement entre eux.
D’ailleurs dans son intervention devant  le sommet arabe de Charm El Cheikh,  samedi 28 mars 2015, Mahmoud  Abbas, Président de l’Autorité palestinienne,  a rendu un hommage appuyé  à l’action du Maroc en vue de l’unification des rangs du peuple palestinien et  au soutien de S.M. le Roi, président du  Comité Al Qods Accharif, pour la préservation  de l’intégrité de la Ville Sainte.  Pour ce qui est de l’espace régional,  Rabat s’est déployé dans deux directions.  A propos de la Syrie, là encore le  Roi a multiplié les appels à la communauté  internationale à assumer pleinement  ses responsabilités face à «une  catastrophe qui marquera du sceau de  l’infamie l’histoire de l’Humanité» et  qui est «aussi grave qu’inacceptable».

Aides humanitaires
Le Maroc a été actif dans le groupe des  Amis du peuple syrien, qui, d’ailleurs,  a tenu des assises à Marrakech, le 12  décembre 2012. Le mardi 30 mars 2015,  lors du 3ème sommet des donateurs  pour ce pays, organisé au Koweït, par la  voix du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Salaheddine  Mezouar, il a renouvelé sa position:  l’octroi au peuple syrien du commandement  de la transition politique, et  ce conformément à la Déclaration de  Genève. Il a aussi annoncé l’envoi de  nouvelles aides humanitaires, outre un  hôpital de campagne toujours opérationnel  au camp Zaatari, à la frontière  syro-jordanienne.
Cet engagement est encore plus opérationnel  avec la crise actuelle au Yémen.  Le Royaume a en effet décidé de participer  à la coalition arabo-islamique mise  sur pied pour mener des opérations au  Yémen. L’on sait à cet égard que les six  avions F16 mis à la disposition des Émirats  Arabes Unis dans la lutte contre  Daech ont été redéployés aux côtés des  appareils mobilisés par d’autres pays  arabes (Arabie saoudite, Bahreïn, Koweït,  Emirats…). Rabat s’engage dans  cette opération armée pour contrer l’avancée des rebelles putschistes houthis  soutenus par l’Iran en se basant  sur la demande faite par le président  renversé Abd Rabbo Mansour El Hadi,  en lui apportant ainsi son «appui à préserver  la légitimité au Yémen».
Dans le même temps, le Maroc réaffirme  sa totale solidarité avec le  Royaume d’Arabie saoudite et se range  aux côtés de Riyad pour défendre son  territoire, «empêcher toute atteinte de  près ou de loin à la Sainte Mosquée ou  menace à la sécurité de la région tout  entière». Il condamne aussi les milices  houthies en les accusant de torpiller les  acquis du dialogue national yéménite  et de porter atteinte à la légitimité.  Une capacité d’engagement opérationnel,  donc, qui charpente une diplomatie  proactive, remobilisée sur la scène  arabe. Mais ce serait bien réducteur  que de se limiter à ce seul aspect. De sommet en sommet, mais aussi  dans le cadre des relations nourries  avec les pays arabes, la voix du  Maroc présente bien des particularités  qui lui confèrent une identité  propre. Le Roi interpelle souvent  ses pairs chefs d’État à mieux appréhender  la nature et la portée  des changements intervenus dans  le Monde arabe.
Il insiste ainsi sur le fait que l’on  s’est écarté de l’esprit de dialogue  et de concertation; que,  souvent, ont prévalu des intérêts  catégoriels étriqués sur les intérêts  supérieurs; que l’on a laissé  se développer des tendances doctrinaires  et sectaires, ce qui n’a pu  que générer des frustrations chez  les peuples aspirant à la démocratie  et à la liberté; et, enfin, que la  Ligue arabe doit être mise à plat  sur la base d’un autre paradigme.  Cela veut dire quoi au juste? Faire  de cette organisation régionale,  qui a aujourd’hui soixante-dix ans,  une entité efficiente. Comment? Par une approche innovante fondée  sur la confiance, le dialogue et le bon  voisinage; par aussi un sens des responsabilités  et une vision prospective.  Le Souverain se préoccupe de la situation  du Monde arabe dans vingt ou  trente ans: des mutations des sociétés,  des influences du capital du savoir  et de la connaissance, des chemins de  la modernité, mais sans rien renier du  socle des valeurs, de la culture et de la  civilisation de référence.

Mutations des sociétés
Dans cette perspective, le dynamisme  marocain s’est orienté vers le Conseil  de coopération du Golfe (CCG), qui est  un modèle dans le processus d’intégration  arabe régionale. En 2011, a été  acté avec les pays membres un partenariat  stratégique multidimensionnel  qui porte tous ses fruits tant sur le plan  économique que politique et sécuritaire.  C’est là un vecteur pour promouvoir  l’économie nationale et l’insérer  dans des partenariats avec des opérateurs  d’un espace économique et financier intégré compétitif au niveau  mondial. Compte tenu de la dépression  qui frappe d’autres grandes  zones mondiales –européenne, surtout–  c’est là un champ offrant de  grandes opportunités. Pareille situation  contraste singulièrement avec  la léthargie qui mine encore l’Union  du Maghreb arabe depuis une bonne  vingtaine d’années.  Le Maroc retrouve ainsi une place de  premier plan dans le champ diplomatique.  En Afrique, on le sait, en  donnant la priorité à la coopération  Sud-Sud; en direction du Monde  arabe, et ce par une évaluation conséquente  et opératoire des défis et des  enjeux à l’ordre du jour. Il y apporte  la concrétisation, quand cela est nécessaire,  de ses engagements sur le  terrain, fussent-ils sécuritaires et militaires.  Mais, dans le même temps, il  appelle de ses voeux à une meilleure  gestion des potentialités naturelles  et à la valorisation des ressources  humaines.

Champ diplomatique
Des atouts et un capital qui doivent être  mis, en dernière instance, au profit du  citoyen arabe pour son progrès social et  son épanouissement. Un programme  qui peut se résumer autour de ce diptyque:  un développement solidaire,  une gouvernance adossée à une démocratie  participative. Au final, comment  ne pas relever, au passage, le différentiel  avec la politique étrangère d’un  pays voisin comme l’Algérie? Celle-ci  est quasiment absente, “sans voix”  sur la scène internationale. Au Moyen-  Orient, elle est reléguée à l’arrière-ban.  A reculons, elle se rallie aux positions  et aux décisions de la Ligue arabe sur le  Yémen, mais avec des réserves, en invoquant  que ni sa Constitution ni sa doctrine  n’autorisent l’envoi de forces de  l’armée algérienne à l’extérieur. Une  assertion démentie par l’engagement  de cette même armée au Sahara marocain,  notamment à Amgala en 1976.  Elle bloque l’UMA depuis vingt ans et  son “modèle” de société aux antipodes  de celui du Maroc n’est guère présentable  ni exportable !

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