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« Francophonie, Education et Pouvoir au Maroc », de Rachid Arraichi

Éclairage sur les repères identitaires

Un livre passionnant qui défriche le terrain miné entre la langue française, la culture qu’elle porte et ses confrontations avec les langues-cultures autochtones.

Le bonheur, c’est de faire de sa passion son métier, disait Stendhal. Et la passion de Pr Rachid Arraichi, c’est ce que son métier de professeur lui a permis de tester sur le terrain. C’est ce rapport de l’élève et de l’étudiant à la langue française, qui justifie grandement l’échec d’une large frange de jeunes Marocains. Tout commence en 1992, lorsque Rachid Arraichi obtient sa licence en linguistique. Il suit une formation en didactique du français à la faculté des sciences de l’éduction de Rabat et se voit rattaché à un lycée au fin fond du sud-est marocain, un village situé à 300 km de Figuig, en qualité de professeur de langue française de l’enseignement secondaire. Ce séjour, qui a duré tout de même 5 ans, va être riche en enseignements et va lui servir pour la préparation de son DEA et, par la suite, de son Doctorat en sociolinguistique de l’éducation. L’occasion était donc propice pour sa recherche sociolinguistique puisqu’il y avait plusieurs ethnies (laabid, haratines, mrabtines, chorfas, amazighs…) avec une prégnance de la langue amazighe.

Dénigrement de soi
«J’ai relevé que la langue française n’a pas droit de cité à l’extérieur de l’école. Le français est une langue qui porte un modèle culturel moderne alors que l’amazigh véhicule un modèle culturel traditionnel. Il s’agit d’une différence majeure entre deux langues, cultures: une langue, culture moderne (le français scolaire) et une langue, culture traditionnelle (l’amazigh). L’approche d’enseignement du français, tous cycles confondus, était l’approche maximaliste de communication; les situations scolaires d’apprentissage étaient objectivement méconnues par l’élève rural. Il ne les pratiquait socialement pas pour pouvoir les assimiler et les reproduire à l’école. La résultante, c’est qu’il finit par se dénigrer et dénigrer sa propre langue et sa propre culture au profit de la langue française et du modèle culturel qu’elle porte puisqu’elle symbolise la modernité. Le «je» n’existe pas dans une société qui privilégie le «nous», la tribu, et où le patriarche décide pour les autres.»

Au milieu rural, une culture communautaire, fondée sur le conformisme, détermine la société alors que le système de communication utilisé dans la didactique du français privilégie l’autonomie et la rationalité. «Je me suis rendu à l’évidence que le système scolaire pousse à une «mésestimation» de la culture autochtone et au dénigrement de soi et de sa propre langue, contrairement aux Acadiens (Nouveau Brunswick, Canada) qui préservent, par la protection du français acadien, leur repère identitaire et en font une source de richesse», dixit Rachid Arraichi.

Tout cela et plus, c’est ce que permet le livre signé Pr Arraichi, docteur en linguistique française de l’Université Mohammed V de Rabat et professeur de la communication politique à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales (FSJES) Ain Chock de Casablanca et intitulé Francophonie, Education et Pouvoir au Maroc, qui vient de paraître aux éditions Apporches. Un livre passionnant qui défriche le terrain miné entre la langue française, la culture qu’elle porte et ses confrontations avec les langues-cultures autochtones et le pouvoir symbolique dont se vante, sciemment ou inconsciemment, une partie des Marocains imbibée de la culture française et très à l’aise dans la communication en langue française.

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