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Francis Perrin: « des découvertes de gaz importantes sont possibles au Maroc »

Chercheur associé à l’OCP Policy Center à Rabat, Francis Perrin collabore à l’hebdomadaire spécialisé Petrostratégies. Pour lui, il n’y a pas à désespérer de trouver du pétrole et du gaz en grandes quantités au Maroc.

La société SDX Energy vient d’annoncer la découverte du gaz dans sa concession au Gharb. S’agit-il d’une véritable découverte ou, encore une fois, d’un simple effet d’annonce?
Basée à Londres, SDX Energy a bien réalisé tout récemment deux découvertes de gaz naturel avec les puits KSR-15 et KSR-16. Ces découvertes sont de petite taille mais, comme elles sont proches d’infrastructures de transport existantes, il est peu coûteux et facile, donc rentable, de les mettre en production. Ces découvertes sont situées sur le permis de Sebou, dans le bassin du Gharb, et l’exploration de ce permis par le précédent opérateur, Circle Oil, avait déjà débouché sur de petites découvertes de gaz. Rien de considérable, bien sûr, mais les deux nouvelles découvertes permettront d’accroître la production gazière du Gharb et de mieux satisfaire les besoins des consommateurs dans la région.

Dans quelle mesure cette découverte va-t-elle contribuer à diminuer la dépendance énergétique du Maroc? Cela aura-t-il un réel impact sur la balance commerciale du pays?
Comme nous parlons de petites découvertes, il ne faut pas en attendre un impact significatif sur la balance commerciale du Maroc. Le pays prévoit toujours d’importer du gaz naturel liquéfié (GNL) à Jorf Lasfar en vue d’alimenter des centrales électriques. Mais il vaut mieux faire de petites découvertes que pas de découvertes du tout. Celles-ci ne peuvent certes pas changer la donne au niveau national mais elles sont utiles pour satisfaire une partie des besoins locaux et elles contribuent aussi à maintenir l’intérêt des compagnies pétrolières pour les perspectives de l’exploration au Maroc.

Les découvertes de pétrole ne suivent pas le même rythme. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
La géologie est une discipline très capricieuse. Dans les dernières années, les découvertes d’hydrocarbures au Maroc ont été plutôt à dominante gazière, c’est un fait. Cela dit, il ne faut pas perdre espoir quant à de possibles futures découvertes pétrolières, notamment dans l’offshore Atlantique. La règle de base reste cependant toujours la même: l’exploration, c’est le risque. Avant d’avoir fait des forages, on ne sait jamais si on va trouver quelque chose, si on va trouver du pétrole ou du gaz naturel ou les deux et si on va mettre en évidence des ressources importantes ou pas.

Les recherches appuyées des énergies fossiles ne remettent-elles pas en cause la vision du Royaume du mix énergétique?
Non, pas du tout. Le Maroc a des politiques très volontaristes en matière de développement des énergies renouvelables et d’efficacité énergétique et celles-ci ont déjà produit des résultats positifs très significatifs et ce sera de plus en plus le cas à l’avenir. Pour autant, le pays continue à vouloir importer du GNL et à encourager l’exploration pétrolière et gazière. La part des énergies renouvelables va bien augmenter de façon très importante dans le mix énergétique du Maroc mais le secteur des transports restera longtemps dépendant des carburants pétroliers.

Si les découvertes d’hydrocarbures s’avèrent importantes au Maroc, cela repositionnera-t-il le pays sur le plan géopolitique régional, voire mondial?
Il y a des liens étroits entre hydrocarbures, en particulier le pétrole, et la géopolitique mondiale. De grosses découvertes de pétrole et/ou de gaz naturel au Maroc auraient donc indéniablement un impact géopolitique. Mais nous n’en sommes pas là actuellement. Il n’y a pas eu de grosses découvertes au Maroc à ce jour.
Cependant, la présence d’un nombre important de compagnies pétrolières montre que l’industrie estime que cela vaut la peine de continuer l’exploration. Parmi ces compagnies figurent quelques grands noms, tels que Eni (Italie), Chevron (États-Unis), BP (Royaume-Uni) et Repsol (Espagne), et ces sociétés pensent que des découvertes importantes sont possibles au Maroc, surtout en mer. Mais, en matière d’exploration, on n’est jamais sûr de rien.

Le Maroc contrôle par ailleurs de grosses ressources en matière d’hydrocarbures non conventionnels avec les schistes bitumineux et son potentiel en gaz de schiste pourrait être significatif. Mais pas mal de points d’interrogation subsistent sur la possible valorisation de cette ressource.

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