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La France se cherche

Abdellatif Mansour

L’AXE RABAT-PARIS À L’ÉPREUVE DES URNES

Nous avons toujours suivi,  avec un intérêt qui frise  parfois le rapport passionnel,  les opérations  électorales en France.  C’est tout simplement que nous nous  sentons concernés, à plus d’un titre.
Fortement adossé au passé colonial et  à la particularité de son dénouement, le  facteur économique arrive en premier.  Il paraît donc normal que la France soit  notre principal partenaire, talonnée de  plus en plus par l’Espagne.

Tout en étant plus que jamais déterminant,  le primat économique est au  beau fixe entre les deux pays. Il est  donc nécessaire de l’entretenir et  de le maintenir sur la même trajectoire  ascendante. On comprend, dès  lors, que les opérateurs économiques  soient attentifs au moindre frémissement  politique à Paris.

Nous y sommes, précisément. La  campagne pour les présidentielles  françaises bat son plein. Les Français  aiment cette atmosphère d’ébullition  politique, à croire qu’ils sont toujours  en campagne. Le nombre des candidats,  accrédités à l’aune des 500  parrainages parmi les maires, sera  incessamment fixé. Certains étant plus  égaux que d’autres, ce sont les trois ou  quatre susceptibles de faire partie du  duo final du 2ème tour qui pèseront sur  le faisceau relationnel entre la France  et le Maroc. Pour ce cas précis, peutêtre  plus qu’ailleurs, la notion droitegauche  n’est plus ce paramètre opératoire  infaillible, comme auparavant.

Lorsque François Mitterrand a été  élu en 1981, nous avions appréhendé  la réincarnation de cette gauche  ressuscitée, avant que les choses ne  se normalisent par le génie de deux  mastodontes de la politique, Mitterrand  et Hassan II. Le même sentiment de  crainte a accompagné l’arrivée au  pouvoir de François Hollande en 2012.  Incroyable mais vrai, le nouveau président  s’est inscrit sur la même ligne  des relations franco-marocaines entamées  par son prédécesseur et ennemi  intime, Nicolas Sarkozy. Une coopération  mutuellement fructueuse dont les  meilleures concrétisations ont été le  complexe Renault de Tanger, le tram  de Casablanca et bientôt le TGV marocain,  une première en Afrique.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut  mettre la vigilance politique en veilleuse;  comme si le climat d’entente  entre les deux pays était définitivement  acquis, quel que soit le prochain  locataire de l’Elysée. Des voix discordantes  montent déjà de la surenchère  qui caractérise toute campagne électorale.  Le candidat du Parti socialiste,  Benoît Hamon, faisant écho à son allié  Arnaud Montebourg, a annoncé qu’il  relocalisera les entreprises françaises  délocalisées, genre Renault-Tanger,  par exemple.

En ce qui concerne la question du  Sahara marocain, l’attitude de François  Hollande, comme celle de ses prédécesseurs,  a toujours été en faveur de  la préservation de l’intégrité territoriale  du Maroc. L’actuel président sortant  s’est même distingué par sa ferme  opposition aux manoeuvres d’Alger et  de sa création, le Polisario, à l’ONU.  Sur ce point précisément, une ombre  subsiste sur la position d’Emmanuel  Macron, un candidat venu de nulle  part. Il a été récemment en Algérie,  où il a eu droit à un accueil en grande  pompe, comme s’il était déjà à l’Elysée.  Contre quoi? Mystère.

Si l’on s’en tient à la partie visible de  ce déplacement, M. Macron convoite,  certainement, les bulletins de vote des  7 millions de Franco-algériens. Un trésor  électoral en déshérence qui vaut  le détour. Il n’en demeure pas moins  que la fixation algérienne sur le Maroc  est constamment présente. Au même  titre que les frais d’une campagne  électorale qui coûte cher. Rien n’est  trop cher pour financer cette fixation,  encore moins une consigne de vote.  Quant à l’hypothèse d’un État français  incarné par le Front national (FN), ce  serait une révolution à l’envers. Impensable,  même si la politique, c’est aussi  le domaine de l’impossible

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