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Football et politique: le cercle vertueux

Mustapha Sehimi

La victoire à Abidjan sera vivace, longtemps, dans la mémoire collective. Elle a galvanisé les passions et les émotions.

Quelle histoire! Mais quelle histoire! C’est fait: le Maroc s’est qualifié pour la Coupe de monde en Russie 2018. Voilà qui marque un retour après pratiquement vingt ans d’absence de cette compétition. Mais autre chose aussi: une nouvelle conjoncture sportive qui met fin à quelque douze mois d’attentisme, de crise qui ont été dominants depuis un an. La politique -les partis, Benkirane, El Othmani, Ilyas El Omari et tant d’autres– est déclassée. Et puis comment nier qu’elle a tant déçu… Le football remise tout cela, et, impérial, s’installe au premier plan. Durant les mois à venir, il sera au centre de la vie sociale, comme dans les autres pays participants, certes, mais peut-être un peu plus ici.

La victoire à Abidjan sera vivace, longtemps, dans la mémoire collective. Elle a galvanisé les passions et les émotions. Elle les a électrisées et coagulées dans un même élan patriotique mâtiné d’un certain chauvinisme, c’est ainsi. Le football participe d’une idéologie sportive qui se veut un bien commun à l’humanité. Il a une fonction de mobilisation des foules à nulle autre pareille.

Celle-ci met en mouvement les masses; elle agrège et même fusionne les classes et les tranches d’âge. Les autres idéologies, elles, divisent et avivent les clivages. Elle exprime des attentes. Des désirs aussi. Et des pulsions. Elle crée un autre monde, un monde à part où le rêve prévaut en fabriquant un univers de mythes, d’illusions et de représentations.

Assurément, voilà bien un fait collectif et sociétal d’adhésion totale à une croyance considérée comme obligatoire sinon pesante sur la société. Ce phénomène est construit et enfoui au plus profond de la psychologie des masses; il s’articule autour de formules toutes faites souvent péremptoires de clichés et de croyances. Mais l’idéologie sportive va bien au-delà; elle est transpartisane, transpolitique même. Elle est ainsi d’une autre nature. Elle enregistre un renforcement continu dans l’espace public (télévision, publicité, mode, showbiz…). Il est vrai que derrière le clinquant et ses champions emblématiques, l’on a affaire aussi à des supporters de foot s’apparentant à des bandes belliqueuses, au Maroc et ailleurs. Mais avec la qualification du Maroc, il faut parler de convivialité festive.

Ce “supportérisme” génère du lien social, il constitue un espace de socialisation et de construction de personnalité des jeunes. C’est une fête, une mise en scène individuelle et collective à travers les slogans, les banderoles… et les drapeaux.
Le schéma football-politique au Maroc déroge-t-il vraiment aux conclusions que l’on peut tirer d’une approche comparative? Voire. Ce sport est en effet un puissant vecteur de massification remplissant des fonctions sociopolitiques: contrôle social en particulier de la jeunesse, gestion des pulsions agressives ainsi canalisées, réorientées et liquidées dans les stades, remède et antidote apportant une solution immédiate à des maux sociaux comme la délinquance juvénile, l’alcoolisme, le tabagisme et la drogue. Il est en somme une hygiène politique préventive. Mais hors des stades, qu’en est-il? N’est-ce pas un dysfonctionnement puisque ce même sport ravive une forme de délinquance brute?

En tout état de cause, le football a une fonction de consolidation de l’identité nationale –et de l’identité régionale, le cas échéant, lorsque la Botola est dans l’agenda (WAC/Raja…). Il fortifie et nourrit la conscience nationale ainsi que le sentiment identitaire. Il redonne confiance, espoir et stimule l’esprit national tellement vivace dans les profondeurs. Un capital de mobilisation est là. Il reste à lui donner les voies de sa valorisation dans l’expression et la mise en oeuvre des politiques publiques. En ces temps de basses eaux politiques, le football, lui, campe désormais dans un cercle vertueux.

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