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La fonction publique célèbre les 60 ans de ses statuts

Un anniversaire à reculons

Longtemps réservoir d’embauche à la louche pour une clientèle politique obligés, la fonction publique ne sera plus une bouée de sauvetage à vie. Une précarisation qui englobe les services publics les plus vitaux. Les centrales syndicales sont interpellés.

La fonction publique est dans le point de mire. Sa réforme est à l’ordre du jour. Une mission difficile aux alentours d’impossible. Les imperfections et les manquements qu’on lui impute sont réels. Mais évoquer une éventuelle reprise en main corrective de son fonctionnement semble relever plus d’une vue de l’esprit que d’une démarche réaliste et opératoire.

Tout indique, aujourd’hui, que le tabou est levé, dans une sorte de consensus mou qui s’exprime plus par un silence assourdissant que par des prises de position clairement définies. Les ministres en parlent du bout des lèvres. En premier, celui qui en a la charge, Mohamed Ben Abdelkader. Invité à une journée de réflexion sur le sujet organisée par le groupe parlementaire du PPS, le jeudi 15 février 2018, il a plaidé pour la réforme avec beaucoup de retenue et de précaution d’usage.

Le gouvernement Othmani a décidé d’y aller, un peu comme s’il était promis à ce genre de tâche. Reste à connaître les ressorts de cette levée de boucliers, longtemps endormis, ainsi que les objectifs escomptés. La fonction publique traîne deux grandes tares quasi congénitales: l’envergure d’une machine qui a fini par avoir des mensurations monstrueuses, en termes d’effectifs. Et l’appétit glouton d’une administration réputée budgétivore. «L’administration» est l’expression élémentaire de cette structure envahissante qui suscite une crainte justifiée. Tout citoyen, quelle que soit son extraction sociale, a forcément eu à faire avec cette entité qui traverse tous les aspects de la vie, depuis l’acte de naissance au permis d’inhumer, en passant par d’autres permis, ceux de construire, d’habituer ou de conduire. Il n’en demeure pas moins que l’administration a été un élément constitutif du Maroc fraîchement indépendant.

Une réalité affligeante
Aujourd’hui, tous les maux du mal-être social et des obstacles au développement économique sont mis à son compte. Le bakchich pour document de plein droit; tout comme la commission de dessous-de-table, devenue monnaie courante, pour l’adjudication d’un marché public. L’éventail est très vaste. Comment en est-on arrivé à cette situation où les facteurs non économiques du sous-développement, selon l’expression de Aziz Blal, le disputent aux entravers criantes à caractère économique? Telle qu’elle est observée aujourd’hui, cette réalité affligeante n’est pas subitement tombée du ciel. Elle est le produit cumulatif d’une gestion sournoisement convenue de la chose publique.

La fonction publique a toujours été le réservoir où les partis politiques et d’autres milieux influents puisaient à volonté pour se constituer une clientèle obligée. Les postulants ne demandaient pas plus qu’un emploi administratif, comme bouée de sauvetage à vie. Ce pacte d’échange de services se nouait à ciel ouvert. L’État providence, qui plus est employeur, passera à la caisse pour débloquer un salaire à répétition. Ceci dit, il faut bien rappeler que l’État n’était pas que pourvoyeur d’emplois. Il était aussi à l’origine de quelques grosses fortunes d’une bourgeoisie mercantile naissante. Drôle de manière d’assumer la fonction étatique de redistribution des richesses nationales. Il n’est pas étonnant que l’on retrouve, parmi les mesures proposées par la réforme, le dégraissage de ce mammouth qu’est devenue la fonction publique. La finalité de l’opération est d’alléger la pression financière qu’elle exerce sur le budget de l’État.

Recrutement au mérite
La masse salariale est jugée exorbitante. Comment y parvenir concrètement? L’incitation au départ volontaire s’est avérée contre-productive, voire pénalisante dans la mesure où ce sont les cadres intermédiaires les plus compétents qui ont préféré quitter le navire. Ils n’ont pas eu de difficulté à trouver emploi ailleurs. Pour pallier le vide qu’ils ont laissé, tout comme les départs programmés pour limite d’âge, il fallait bien recruter. Une belle illustration du merlan qui se mord la queue. Sauf que les conditions de recrutement seront draconiennes. Elles sont censées se faire sur la base du mérite, après le passage obligé par le tamis du concours. Une fois en place, l’heureux employé se mettra à l’œuvre sur contrat à terme, renouvelable après l’évaluation du rendement de l’employé dans son poste de travail.

L’une des caractéristiques principales de la fonction publique est la stabilité de l’emploi. Elle n’existera plus. Ce sera le règne d’une précarité qui ratisse tellement large qu’elle englobe le personnel de l’État. Ceux qui ont vécu l’ancien système essoufflé auront-ils à cœur de défendre les futurs arrivants? Les centrales syndicales sauront-elles se mettre en travers d’un libéralisme effréné, d’autant plus que les départements sociaux absolument vitaux sont logés sous le toit de la fonction publique?.

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