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La foi n’est convoquée que les jours de fête, de Khalil Hachimi Idrissi

Entre espoir et amertume

Considéré parmi les auteurs les plus remarqués de la littérature française et de la critique d’art au Maroc, Abderrahman Benhamza nous a envoyé ce texte où il livre sa lecture du dernier recueil de poésie de Khalili Hachimi Idrissi.

Le dernier recueil du poète marocain de langue française Khalil Hachimi Idrissi, La foi n’est convoquée que les jours de fête, se compose d’une série numérotée de textes très courts en vers libres, qui se lisent comme des flashes poétiques dont le thème fédérateur est «résumé» en gros dans le titre. C’est la forme actuelle la plus usitée, pour toucher un lectorat plus pressé et empressé que jamais.

A la lecture, ressort comme par hasard ce fameux vers très significatif de la sensibilité littéraire de l’auteur: «La suggestion est l’écrin des civilisations» (texte n° XXXIV), vers (il y en a effectivement d’autres dans le même esprit) en quoi nous voyons briller une clé possible de sa démarche rhétorique, la suggestion comme figure de style dominante, qui inscrit le recueil dans la veine symbolique.

Dynamique imaginaire
Dans ce sens, Khalil Hachimi Idrissi développe à travers un langage très personnel un tantinet fleuri, une vision critique de certaines manifestations (conjoncturelles) de la morale sociale telle qu’adoptée et vécue…

D’une écriture égale avec des images allusives hautes en couleur, conçues parfois à base d’une humeur contrariée, fleurant du moins l’amertume, sinon l’indignation, l’auteur est en passe de mettre au ban un mode de vie et de pensée peu orthodoxes, «paradoxaux», voire loufoques relativement aux principes et fondamentaux universels du vrai vivre-ensemble et de la vraie bonne conduite. Ainsi lit-on nombre de textes comme autant de stigmates ici implicites, là véhéments, que filigrane une juste colère contre «une loyauté apparente » et «les gestes de la trahison» d’une «sous-humanité triomphante»!

Certes, Khalili Hachimi Idrissi n’est pas un poète pessimiste sur toute la ligne, de même son «discours» n’a rien d’une sentence prosaïsée. Son recueil fait bien la place à des exploits créatifs d’une grande fraîcheur au niveau de l’expression. L’image de la femme, de l’enfant, la donne amoureuse, parfois un jeu d’allitérations ainsi que des métaphores originales émaillent son livre et occasionnent des bouffées d’oxygène connotatives d’une pensée et d’une sensibilité généreuses. Le rêve comme dynamique imaginaire magnifie les évocations mémorielles et redonne espoir à une écriture essentiellement fraternelle, que risque de noyer une continue grisaille «où le coeur trahi rend son âme à l’oubli».

Car «Ecrire», affirme bien le poète, c’est avant tout «tremper sa plume en soi»; et si «Le désamour impose sa loi d’airain», «La suggestion… (est) une grammaire raffinée qui sublime les esprits…loin des viles figures de la vulgarité». «Tout le reste est habitude», conclut-il.

Abderrahman Benhamza

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